106 HISTOIRE SOCIALISTE pour les peuples? La liberté. C'est elle qui, en les enveloppant, dissipera les prt'jugl-s, !Ps ombrages qui les séparent encore. « Des deux cotés du Hhin, les peuples se sont entre-déchirés parce quïls ne se coonaissaicnt pas; parce quïls ont ôté systématiquement aveuglés les uns su,· les au Ires. pa,·cc q11'il5se sont formé des chimères qui ne profîlaienl qu'à la commune servitude. " Qu'ils se voirnl enfio tels qu'ils sont; qu'ils ouvrent les yeux. lis s'61onnrronl de !Purs anciennes disputes. Ils se verront liés au même char de lumi~re. Ils apercc-vronl devanl eux même œuvre, même carrière, n\èmc but; demander la liberté pour la France, c'est donc la doo,ander pour l'Allemagne el rl-ciproquement. Comment serait-ce blesser l'une que de réclamer pour l'autre des garanlit.~sdans la vigilancP dP l'cspril public'! " Le sommeil de l'uoe llc peul profiler à l'autre, bien moins encore l'ignorance el la nuit. Car il esl r,·rlain que si, 1ar l'anéantissement croissant de l'esprit public, l'obscurité se faisailsurla FrancP,,OUsurl'Allemagne,ou sur Ioules deux à la fois, ces deux grandes nations couvertes de leurs grandes armées marchant dans la nuit cote à côte ne pourraient manquer de s'entrechoquer tôl ou lard. « Ce serait bien en vain que nous leur crierions alors dans les ténèbres : Soyez amis, vivez en frères! Vos déchiremenls ne profilent qu'à vos maitres. Xos voix ne seraient entendues de personne. Trop de gens auraient intérêt à les étouffer. La nuil s'épaisissanl, des deux côtés du Rhin, dans la conscience el dans l'inlelhger,ce, ce choc que vous len_ez à bon droil pour monstrueux, qui vous fait horreur, que pourtant il faut pré,•oir si nous ,·oulons l'éviter, se pro• duirail infailliblement un jour, au gré de l'ambition de quelques hommes, pour la honl<·el la ruine des deux peuples. La civilisation européenne, qui a besoin de tous les deui.;, reculerait pour un lemps qu'il serait impossible de marque!'. " Oui, monsieur (cl en cela vous ·serez sùremenl de mon avis), plus les armées contemporaines, que chaque Etal mel aujoul'd'hui en ligne, sont colossales, plus il esl nécessaire que les peuples voient clair dans la destination de ces armées. li faut quïls sachenl ce que l'on_ veut faire de ces prodigieux engins de destruction. Les voilà avec des forces militaires qu'ils n'onl jamais eues à ce degré, avec des bras de géants qu'ils lendenl au hasard dans l'espace. Ayant ces bras de géants, ne serait-ce pas une pitié s'ils gardaient des esprits d'enfants, des tilles d'enfants, san~ s'inquiéter de savoir oü, comment, contre qui, à quels projets doivent servir leurs forces déchainées'/ Avouons-le; ce serait pis qu'un retour à la barbarie. Ce serait retomber de la virilité à l'enfance. " Travaillons donc, monsieur, en commun, à réclamer des deux cotés du Rhin la liberté el la lumière, puisque c'est le seul moyen d'empêcher que deux grandes nations ne se heurtent el ne se brisent, au milieu des ténèbres, dans la main ,le leurs chers. li o'esl aujourd'hui, pour aucun de nous, une plus noble
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