J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IIISTOIR8 SOCIALISTE 175 pas. Il surfirait alors de marquer avec prudence rt formeté la résislanre de la France, et de faire appel à l'opinion européenne: la candidature Hohenzollern serait relirée. C'élait un succès pour la diplomatie française, c·élait aussi, si on n'abusait pas le lendemain de ce succès diplomatique, une ,·ictoirc pour la paix. Ou bien ~I. de Bismarck, comnw il était probable, avait mesuré toutes les conséquences de son acte. Il savait qnïl allait irriter jusqu'au connit les susre1)llbilités françaises. li avait donc espéré que la France, perdant tout sangfroid, assumerait (en apparence du moins) le rùle ,ragresseur. Dans ce cas surtout, il fallait jouer serr~. t'vitrr tout geste rl'emporkmcnl et toute parole de provocation; donner enfin à la protestation françai•e une forme si mesurée, si sage, que M. de Bismarck ne pourrait passer outre sans être manifestement, aux yeux de !"Europe el de l'Allemagne elle-mt'me, le provocateur. l"ne chance très favorable servait la politique fran~aise. L'intrigue avait été é••entée avant que la mine rot fait explosion. La candidature Hohenzollern avait été ébruitée d'abord, bientôt avouée. avant que les Corlès lui eussent donné l'investiture de la volùnté nationale. Pour négocier avec sang-froid, pour déjouer par une tranquille fernwlé le piège de )1. de llismarck, il suffisait d'obtenir du gouvernement espagnol qurlques jours de délai. Et comment celui-ci, vggut'menl troublé di·jà par le pressentiment d'une crise, aurnit-il rnfusé à la Frnnce, à l'Europe, au monde, quelques jours de répit et de rfnexion ·? Qu'il consenlll SPulement /J ne pas brusquer la ccnvocation des Cortès. à ne les rfunir qut• lorsque l'inci,lenl diplomatique aurait été réglé entre la France el la Prusse. On a dit tel M. Daru lui-m~rne, dans son rappo1 l pour la Commission d·cnquete de l'Assemblée nationale) que la France n'aurait d0 s·adresscr qu·à l'Espagne, considérer la question comme exclusivement espagnol,•. C'était impossible. Il n\'st pas au pouvoir m~me de la diplomatie de substituer la fiction à la r~alitè des choses. li n'était pas possd.>le d'ignorer ou de parattre ignorer que le coup venait de Berlin. Mais il était possible d'obtenir de l'Espagne un suffisant délai pour que la question ptll èlre examinée de sangfroid et discutée avec calme. M. de llismarck, ~I. de )lollke, le n,inistre de la guerrt' Roon étaient en vacances : ils élaient lous les trois à la campagne; ils y golll•ient, en ces jours d'été ardent, la fraicheur des ombrages, el ils couvraient ainsi d'un air d'innocence rustique la sombre inlrigue pleine d'horreur el de meurtre qui se développai!. Oh! la touchante idylle! M. Sybel, historien oflicieux el voué par deslination à une naîveté immense, invoque au bénéfice des maitres M ln Prusse n•tle sorte d'alibi champêtre. S'ils avaient eu de noirs desseins, s'ils avaient pu souptonnPr que la modeste et inoffensive affaire' de famille indisposerait ••iolPmmenl la France el éclaterait en un elTrO)able drame. ils seraienl restés à 13erlin pour surveiller leurs fourneaux de chimie. Mais non. El M. Sybel abuse lourdement de notre candeur. La meilleure condition de succès, c'élait le secret. M. de Bismarck

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