J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

; HISTOIRE SOCIALISTE 95 par les mol~, du moins en fail, que sa politique élait mau,·aisc. Oh! il ne l'a jamais avoué, car il élail infaillible. ~lais enfin, président de la RépuLliquc aprüs la guerre, il conslalail bien que la France « la noble blessée », malgré ses désastres, malgré les mutilations subies, complait encore dans le monde. li dépendait d·elle, de sa 5agessc, de sa prudente fierté, <letenir, mème en face de l'Allemagne unie, de l'llalie unie, son role de grande nalion. (Ju·eul-ce été si elle n'aYail pas aliéné d'elle l'Italie el l'Allemagne elsi elle avail gardé, aYec sa noble idée ré,•olutionnaire de la liberté des peuples, l'inlégrilé de son lerriloirc, Loule sa force nalionalc cl toute sa force morale? !Je même, M. Thiers, président de la République était obligé de résister a,·ec force aui. forcenés du cléricalisme qui, au lendemain de la calastrophe nalionale exigeaienl que la France, encore chancelante, arrachât Rome à lïlalie. Yoilà trente-cinq ans que les lialiens sont à Rome. La liberté du catholicisme, la hberlé de la papauté a-t-elle été compromise'? El c'est pour la sauvegarder que M. Thiers faisait violence au peuple italien; c'est pour préserver d'un péril chimérique l'Eglise du Syllabus que lui, l'homme de la Hévolulion, le palriole français, il écartait de nous Ioule possibilité d'alliance italienne au moment même où il animait contre nous toutes les défiances et lûules les col/>res de l'Allemagne. Ah! oui, la faute de M. Thiers fut lourde, el peul-être ne lui a-l-il manqué que le pouvoir pour porter devant l'histoire la responsabilité déclarée des désaslres de la patrie. Est-ce à dire que celte longue aberration contre-révolulionnaire lui enlève d'avance tout le bénHicc de la courageuse et clairvoyante opposition qu'il fera, en juiUel 1870, à la déclaralion de guerre? l'ion, cerles: les choses humaines sont d'une exlrême complicalion. Les effets d'un système faux, d'une conception fausse, ne se développent pas toujours jusqu'à l'extrême conséquence. Dee forces contraires les neulralisenl el des occasions soudaines permeltenl d'échapper aux suiles les plus funestes d'une grande faute initiale et d'une erreur essentielle. M. Thiers voyait faux l'ensemble du mouvement européen : el si sa pensée avail produit des éffels d·une soudaineté explosive, il aurait conduil la France à un désastre immédial. Mais il élail assez sensé pour chercher à gagner du temps : cl comme il n'était pas au pouvoir ses imprudences étaient à long terme. Or, autant il se trompai! sur la direction générale des événements, autant il avait le sèns rapide des circonstances, des possibililés présentes, des dangers ;,récis el parliculiers. Celte prudence de délai! et d'occasion, cette habilelé de l'heure permetlenl parfois d'éluder la désaslreusc logique des syslèmes faux. El à force d'ajourner, par instinct d'imm~diale sagesse, les applications d'une lhéorie funeste, on arrive praliqucmenl à se déprendre de celle-ci. Qui sait si M. Thiers, arrivé au pouvoir avant le connil de la France ctde l'Allemagne, n'aurait point, par d'habiles délais el en éludanl le jeu de M. de Bismarck, donné à la France el à lui-mêmP le temps de reconnaîlre qu'elle pouvait sans péril accepterl'unité allemande? Qui sail si la suite du temps n'aurait pas suggéré, pour les rapports

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==