J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

94 IIISTOIRE SOCl/\LlSTE nécessaire avec la Prusse. mais qu; alarmaient, comme une menace équivoque cl exaspérante, le senlimcnt national de l'Allemagne. Il déclarait que la victoire de 1861\avait" épuisé pour des si~clcs l'ambition dr la Prusse"; il ajoutait que si clic s'avisait de tendre la main vers le Zuiderzée, l'Angleterre et la France lui feraient comprendre « que le temps des folles ambitions était passé "· Il ~ludait ainsi la question plus directe et plu• pressante : Que ferez-vous si la Confédération du ;\"ord franchit le Rhin• Ou il n'y donnait que des réponses enveloppées. La France n'était pas jalouse de la croissance des autres !~tais, quand celle croissance i-lait conforme au vœu drs peuples; mais elle ne souffrirait rien qui fut contraire h 8'S inlérêt., el à sa dignité. Formules vagues el mrna~antr·s, sans habileté comme sans franchise. Comment l'Empire, se réservant de pratiquer à l'occasion la politique de ~I. Thiers contre l'unité allemande aurait-il pu en dénoncer la contradiction cl lrs dangers·> Quant à l'Italie, la politique impériale, condamnée à ménager le parti clérical, SP confondai~ dans la question romaine aver,~la politique de)(. Thiers. L'insolence de M. Rouher signifiant à J'llalie qu'elle ,frnlrerail « jamais •> à Rome, faisait écho aux insolences de M. Thiers dénonçant comme un délire l'unité italienne. Grande est la responsabilité de M. Thiers. Son chauvinisme à courte vue et sa pensée surannée, son conservatisme européen, têtu, étroit et infatué sonl pour beaucoup dans les désastres de la France cl dans le régime d'universelle défiance cl de militarisme exaspéré où l'Europe s'épuise depuis quarante ans. Il a contribué beaucoup à créer, à entretenir en Allemagne l'inquiétude el le soupçon qui ont rendu ou nécessaire, ou au moins possible la guerre de 18ï0. Il a contribué beaucoup à détourner de nous l'Italie. El si l'unité italienne el l'unité allemande, qui devaienl s·accomplir avec nous ou contre nous, se sonl accomplies contre nous, M. Thiers en esl, pour une part, responsable. Il n'avait pas le pouvoir. mais il était le plus grand, le plus illustre parlementaire el il représentait la tradition libérale; une partie de la bourgeoisie parlait el pensait par lui. Si l'Empire avait compris, s'il avait entrevu un jour la folie de sa politique ambigui·, Loule grosse de désastres, s·,J av.ail été tenté de rcconnallrc la pleine liberté de l'Allemagne aspirant à l'unit<', s'il a,•ait compris aussi qu'il n'avail pas le droit de s'opposer à l'unité italienne, cl que Home pouvait devenir la capitale de l'ltalie sans que la liberté personnelle el l'indépendance religieuse du pape fussenl menacées, oui, si l'Empire incertain, disco:dant, tiraillé, el si inconsistant qu'il était capable de clairvoyance presque autant que d'aveuglement, avait eu un jour, une heure, la pensée, le courage de braver les clameurs des rodomonts el les fureurs des cléricaûx, el s'il avait tendu la main de la France, loyale et grande ouverte, à la nation allemande, à la nation italienne, la politique rétrograde cl les déclamations contre-révolutionnaires de ~l. Thiers lui auraienl rendu ce geste plus difficile el plus périlleux. l lélas ! plus lard, trop tard, M. Thiers sera bien obligé de reconnaitre, sinon

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