J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 9<J diplomatie européenne, il esl joué, dupé, bafoué. li a cru qu'il interviendrait comme Dieu pour Îlxer, entre l'Autriche cl la Pru;se la destinée ineerlaine, cl la Prusse le raille avec une déférence afTcclée. Le César n'est plus qu'un Arlequin à la Jalle faussée que la Pru,se salue dï1om,nagcs décevants. Cel homme avait dit qu'il ferait la France plus haute: il l'a humiliée. La croi~sance prussienne rsl faite <le la dé,·adencr française. 0 le niais, qui ayant sus<"ilé. puis Iigotté l'llalie, l'a ohlig-ée à recourir aux bons offices de la Prusse!. Comme un soldat qui emporte dans son casque lrs fruits qu'il a lui-m~mc cueillis à l'arbre el ceux qu'il a ,olés dans l'armoire du paysan, le Prussien emporte le fruit de sa propre victoire el le fruit des victoires italiennes cueillies par Xapoléon. Le César n'est plus qu'un saltimbanque déchu, il esl tombé de la corde el il a déchiré en lombanl la gloire française dont il s'é'lail revèlu. Ainsi. au cœu1· des ré1,ublicains, bouillonnaient les colères, les haines, les m~pris; quel miracle si la grande idée de l'unité allemande n·en élail pas d'abord éclaoouss/>,·' Et i'Ourla11l ils se contiennent ou se sur'"eillr11t, el peu à peu ils dégag-enl la nation allenrnnde, l'unite allemande de tout cri amalgame. El c'est à une politique de paix, d'amitié démocratique el fraternelle qu'ils concluent. Ah! ce ne ful pas sans lulle ! Quinet, à la nouvelle de Sadowa, a tressailli. Sa vieille prédiction lui revient en mémoire: celle de 1831, celle que j'ai cil, e, bien vieille e11efTeLdéjà, mais qui esl devenue la vérité m~me; el il écrit fiévreusement à ses amis:« Voyez, j'avais vu jusle. C'est la Prusse mainlenanl qui mène l'Allemagne cl elle va la mener contre nous. L'Empire a infligé à la France le plus eflroyable désastre; el voilà ce que deviennent les peuples qui s'abandonnent. La servitude n'est pas un lit de repos, c'est un lit de mort. 0 France, relève-toi, nt"meurs pas! )) Mais à l'Allemagne, mème prussiannisée, même redoutée, va-l-il lancer l'aveugle anathème? va-l-il, en jetant la pierre à ce peuple casqué. s'exposer à meurtrir le front où onl vécu tant de pensées 1 Xon, mais dans son écrit de 186ï, France el Allemagne, il essaie de dégager des événements, non pour un peuple, mais pour tous, la leçon morale. li invite la France, l'Allemagne, l'Europe a dépasser la période équivoque el trouble où la force el le droil sont si étrangement mêlés qu'on hésite à flétrir b force parce qu'il y a en elle u1îe parcelle· de droil cl à glorifier le droit parce qu'il esl souillé de violence, c'esl-à-dire d'injustice. Par la Prusse, par l'audace el la brulalilé de la Prusse, l'Allemagne est faile, l'unité allemande est faite. Ce que n'avait pu la seule force de la pensée el du droit, la glaive el l'astuce l'ont :(ccompli, car Quinet ne ruse pas, ne chicane pas avec la réalité; c'esl bien l'unité allemande complète qui esl d~s maintenant un fait. li n'y a pas de ligue du Mein qui tienne; au-delà des passagères combinaisons, lo~le la grandeur de I 1Allemagnc unie apparait.'Mais quoi! celle victoire de la Prusse n'est-elle donc que la victoire de la force? et est-ce bien la caste des hobereaux qui a vaincu'! Quinel entrevoit d'autres possibilités: « L'empire allemand esl fait. .. Je croirais volontiers

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