HISTOIRE SOCIALISTE 177 Ce fut une tempête d'acclamations, loule la droite absolutiste donnait à plein souffle dans ce clairon; toute la masse informe. el loche du centre, qui ne s'élail ralliée à un semblant d'Empire libéral qur par courtisanerie morne envers le maitre el par peur de perdre l'investiture officielle, croyant acclamer la pensée de !'Empereur, débordait d'enthousiasme national; seule, la gauche, offusquée par l'audace prussienne, mais attachée à l'idée de la paix, gardait un silence embarrassé el triste. Au dehors, des vents de folie se décha1naienl. Est-ce à dire que la diplomatie impériale a été emportée par un mouvement irrésistible de l'opinion? C'est ce que plaidèrent, dès le lendemain du désastre, lrs avocats de l'Empire ellondré. Certes, 111.Fernand Giraudeau a pu accumule,· les citations qui prouvent que, contre la candidature llohenzollern, tous les partis furent unauimes 1 Le Temps, du 5 juillet, disait: « De Ioules les conditions imaginables, ce serait la plus désagréable el la plus gènante pour le gou"ernemeul français el la plus réellement inquiétante pour la silualion europé,'nne de la France. Si un prince prussien était placé sur le trône d'Espagne, ce n'est pas jusqu'à Henri IV seulement, c'est jusqu'à François l" que nous nous trouve,·ions ramenés en arrière. Qu'était-ce, en efîet, que l'empire de Charles-Quint, si ce n'est l'Allemagne, l'Italie el l'Espagne enlaçant la France el l'isolant·? El qui ne sent que l'avènement d'un prince prussien éqüivaudrait à cet étal de choses, avec celle difîéreuce, plutôt désavantageuse, que le principal poids de la puissance rivale se trouverait au ;\lord,, oü notre frontière est la plu,; exposée, au lieu de se trouver au Midi? • Le républicain Ténol écrivait dans le Siècle de cc même jour, 6 juillet. « La France, enlacée sur loules ses fro1llièri's par la Pl'Usse 011 par les nations soumises à son innuencc, se lrou,·erait réduite à un isolement pareil à celui qui motiva, jadis, les longues luttes de notre ancienne monarchie contre la maison d'Autriche. La situation serait, à beaucoup d'égards, plus grave qu'au lendemain des traités de 1815. » Et François-\ïctor llugo lançait, dans le Rappel, une note véhémente, presque belliqueuse. « Les Hohenzollern en sonl "enus à ce point d'audace qu'ils osent méditer ce monstrueux projel de domination universelle qu'ont vainement rêvé Charles-Quint, Louis XIV, Napoléon. li ne leur suffit plu~ d'avoir conquis l'Allemagne, ils aspirent à dominer l'Europe. Ce sera, pour nolre époque, une éternelle humiliation que ce projet ait élé, nous ne disons pas entrepris, mais seulement conçu ! • Ah! oui! M. de Bismarck avait bien su ce qu ïl faisait. Il avait, en psychologue avisé, bien calculé la puissance du ressort qu'il mettait en jeu! La réaction de sentiment national en France étail si vive que les esprits perdaient toute mesure, car il ne suffisait pas vraiment qu'un Hohenzollern règnâl à llladrid pour qu'en plein dix-neuvième siècle, en un lemps où les intérêts et les passions des peuples ne se soumettaient guère aux convenances dynastiques, l'Empire de
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