1()0 HISTOIRE SOCIALISTE qu·en beaucoup de choses, il ira contre le but de ses auteurs. lis ont cru servir les intérNs d'une aristocratie féodole; ne soyez point surpris s'il arrive le contraire .. \ucune nationalité ne s'est développée sans que l'industrie n'ait grandi avec elle, el l'industrie en croissant a pour premier eflel de limiter el d'abaisser l'aristocratie. L'Allemagne n'échappera pas à celle règle qui est jusqu'ici sans exception. Les parties éparses du grand tout teutonique se rapproC;henl el se fondent, la richesse générole augmentera, la puissance héréditaire des grandes familles en sera diminuée. Le parti féodal se sera blessé par ses armes ». C'est la ferme el nette prévision du prodigieux développement économique el industriel de l'Allemagne unir.ée, el des changements politiques el sociaux, lents peul-être, mais certains. qui en résulteront. El puis, il est permis de penser que le despotisme prussien ne parviendra pas« à extirper de la race allemande les besoins de l'esprit ». Elle restera donc l'Allemagne pensante. Certes, la pensée allemande a subi une sérieuse défaite, puisque ce n'est pas elle qui, par sa vertu propre el par les moyens qu'elle suggérait, a unir.é l'Allemagne. Mais dans celle défaite elle reste une grande force glorieuse. L'orgueil de la race germanique, c'est qu'elle prétend représenter toute une civilisation, un ensemble de doctrines el de méthodes, une science, une philosophie. Abdiquer sa pensée serait pour elle abdiquer sa victoire, ce serait aussi renier la Réforme, qui est sa force. • Cel Empire est protestant, c'est assez dire qu'il ne peul recommencer le passé sous la forme de l'arbitraire des etals catholiques. Par exemple il ne peul graviter autour de la papau).é el la refaire de ses mains. Combien de libertés ne sera-t-il pas obligé de laisser vivre : liberté de conscience, liberté de penser, c'est-à-dire Ioules celles dont s'honore le plus l'homme moderne. Le droit divin ne sera qu'une prétention chez les protestants. li ne peul y être un principe. Voilà les raisons dont se bercent le~ libéraux, les démocrates allemands. Cela explique pourquoi ils acceptent si aisément leur défaite. " El qui peul prévoir ce que produira, dans une Allemagne industrialisée el moins aristocratique, la force persistante de la pensée'? Quinet n'a pas prévu explicitement, el sans doute il n'etH point souhaité la fortune de l'idée socialiste. Il semble ignorer jusqu'au nom de Lassalle el de Marx. Mais il a bien vu que sur l'Allemagne prussienne, militaire el féodale, des formes nouvelles surgiraient par où se continuerait la victoire de l'esprit. Est,.ce Il dire qu'il glorifie ou seulement qu'il amnistie la violence de la Prusse? Non, mais iJ ne peul lui appliquer des règles de jugement plus s•vère qu'au reste du monde. On dirait m0me que cet esprit hautain, qui d'habitude ne veut pas faire crédit à la nature, se résigne à voir une espérance de justice el de progrès ré~ssir par des moyens ·de force. • L'Allemagne se donne dès les premiers pas un grand démenti. Karl lui avait appris à chercher la liberté el la prospérité dans une fédération d'Etats sur laquelle il revenait sans cesse. Celle vue du penseur allemand esl renversée par ce qui vient d'arriver en Allemagne;
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