HISTOIRE SOCIALISTE 63 réduit à la comballre par des moyens obliques, à ruser entre deux poliliques contradicloires. De là le double jeu qu'il avait joué en J8(i6, et que ~l. Thiers, quoiqu'il ne pût connailre Jous les documents, notamment cc traité a,·ec l'Autriche dont J"i parlé plus haut, analysait el di•non,:ait ""rc une force pénétrante. L'l;:mpire avait laissé faire la Prusse dan, la qurslion des duchés danoi•. Il n·a,·ait fait aucun effo,·t sérieux pour rmpèd1er le conflit cnlre la Prusse cl l'.lutrichc, el, pour Mjoucr ainsi la politique de )1. de Bismarck, surtout il n'a,·ail pas insisté auprès de l'Italie pour qu'elle gardüt la neulralité el n'allaiblil point l'Autriche par une di\'ersion qui allait faire le succès de l'armée prussienne. Par là, .\'apoléon avait fait le jeu de )1. de 13ismarck cl de la Prusse, mais il ne croyait pas à la victoire de celle-ci. li pensa il ou qu'elle serait vaincue par l'Autriche ou, du moins, que les forces des deux pays s'équilibreraient, s'épuiseraient en une lulle incerlaine. Dans le premier ra•, :\apoléon était délivn< du cauchemar de l'Allemagne pru~sicnne, sans a"oir été cond,imné à dSSa\'ouer lui-nu'me et à eomballrc directement le principe des nalionalilés. Au contraire, recc,·ant des mains de l'.\ulriche la \'énétie cl la remettant aux llaliens il aurait arparn encore à la badauderie curopéenue comme le gardien cl le rPprésentanl du droil des nalions. El il aurait \'Cillé à ce que, en Allemagne, entre l'Aulriehr vietorieuse el la Prusse vaincue, il s<• fil un lei pariage des inllucnces qu'aucune force dominante el direclricc ne donnàl au peuple allemand la cohésion cl le mou,·cmcnl; ainsi la suprématie fran,:aise sur les diètes allunandes élait rétablie el l'limpi,·e cumulai! les bén,·ficcs de Jeux politiques contraires. li arnil, dans les allaires d'Italie, le prestige rh·olulionnairc de la politique des nationalités. li avait, dans les affaires d'Allemagne, le profit de la politique traditionnelle de morcelle•nent, de division, d'équilibre impuissant et inerte qui assurait la suprématie de la France. Calcul compliqué el immoral, mais surtout calcul enfantin qui mellail Ioule la diplomatie de l'Empire, tous ses desseins à la merci d'une vicloire de la Prusse. Ce jeu louche el puéril, M. Thiers l'a,ait très bicr, discerné; el quand il le précisai! a,·ec une discrdion •tui n'enlevait rien à la clarté, il a,·ail contre le ministre d'l,tal, )I. l\ouher, la force éclatante de la , érilé el de l'évidence. li a\'ait raison aussi contre lui lorsqu'il réfutait les allégations frivoles de l'orateur impérial assurant que les événements (le JSG6 avaicnl diminué la force offensive de l'Allemagne. Cc n'était plus la vaste Confédération germanique de ï0.000.000 d'hommes: l'.\llemagnc était coupée en trois morceaux : la Confédéralion du :'\on!, les f:tats du Sud, l'Autriche alleman,]c. )1. Thiers n'avait pas eu de peine à démontrer que l'ancienne Confédératiun a\'ait bien du mal à se trou,er prèle pour une aclion défensive, à plus forte raison pour une action offcnsi,c', et quo l'Allemagne nouvelle, plus contractée, plus ramassée sous la main do la Prusse, aurait une bien plus grande vigueur d'allaque. L'argutie était vraiment misérable. Si l'Empire avait eu, s'il avait pu
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