J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

38 IIISTOIRE SOCIALISTE mtlme el livré, par la volonlé débile du souverain, aux influences les plus contraires. Tandis qu'au nom de !'Empereur, Benedetti demandail Lanlôl les provinces rhénanes, lanlôl la 13elgique, !'Empereur songeait qu'il allait ainsi courir de grands risques et qo'il se désavouerait lui-même en comballanl en Allemagne ou en chicanant celle politique des nationalités qu'il avait partiellement servie en llalie. Dès le mois de juin, le prince Napoléon avait signalé à !'Empereur celle contradiction el toul le péril de son altitude: « On doil s'attendre à cc que M. de Bismarck, si la France le menace dans le dos, pour sa dernière carte, se présente non plus en Prussien, mais en Allemand, el soulève les passions de toute l'Allcmagn" _~nproclamant la Constilulion impériale du Parlement révolutionnaire de 184\J. Dans quelle situation nous placera-t-il ainsi? Comment justifierions-nous alors une guerre contre la Prusse el conlre toute l'Allemagne? Au nom de l'équilibre européen, !'Empereur marcherail contre un peuple qui ne veut rien nous prendre el qui veulseulcmenl, dans ses limites propres, s'organiser à son gré. L'Empereur tirera-l-il l'épée pour une guerre contre le principe des nalionalilés, contre les idées libérales, conlre la volonté de l'Allemagne de se donner une Conslilution selon ses vœux ·? En l'année 1792 aussi, la coalition se forma el le duc de 13runswick lança son fameux manifeste au nom de l'équilibre européen, el pour détruire la Constitution révolutionnaire que la France s'élail donnée ... Quiconque désire voir !'Empereur se faire en Europe le représentant de la réac! ion européenne el cléricale, doit le pousser à une alliance avec le cadavre autrichien el à une guerre contre la Prusse, l'Allemagne el l'Italie. » L'Empereur n'entendit pas d'abord ce langage, el se laissa enlratn~r aux déplorables démarches de juillel el août. Mais, en seplembre, il renon·ça à la politique des annexions el, par la circulaire du 16 décembre, signée par le minislre La Valelle, il signifia au monde qu'il prenait décidémenl son parti de la croissance de la Prusse el de l'organisa lion de la nation allemande. Il conslalail que la France n"élait point affaiblie, qu'elle o·avait plus à redouter les coalitions européennes sous lesquelles au commencement du siècle elle avait succombé, que l'Union des trois grandes Cours du Nord élail brisée, que l'Aulricbe, écartée par la Prusse de la Confédération allemande, restait une grande puissance qu'aucun inlérêl désormais ne séparait de la France, que les Etats des bords du Rhin, prol~gés maintenant par la force de l'union allemande, n'auraienl plus ni crainte ni défiance, el qu~ dtesrelations sympathiques pouvaient s'établir entre la France et eux; qu'ainsi la France pourrait continuer en paix son évolution nationale. « La Prusse agrandie, libre désormais de toute solidarité, assure l'indépendance de l'A,llemagoe. La France n'en doit prendre aucun ombrage. Fière de son admirable unité, de sa nationalité indeslructible, elle ne saurait combattre ou regreller l'œuvrc d'assimilation qui vient de s'accomplir el subordonner à des sentimenL~jaloux les principes de nationalité qu'elle représente el prore88C à l'égard des peuples. Le sentiment national de l'Allemagne salisrail, ses inquié-

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