168 HISTOIRE SOCIALISTE c'élail jeter une pauvre. plante débile dans une fontaine de pétrification. En fait, tous les souvenirs du passé remontèrent, el ce n'est pas sur l'Empire Jibérnl que se prononça le pays: il se prononça pour l'Empire ou contre l'Empire. C'était ce qu'avaient voulu les hommes de l'absolutisme. En consentant, quoique avec répugnance, à celle procédure plébiscitaire, M. Emile Ollivier avait acceplé d'être dupe. Au lendemain de celle épreuve, il n'avait plus qu'une ombre d'autorité. Or, il aurait eu besoin, pour conduire dans les voies de la paix la politique extérieure, d'un immense pouvoir, et d'une entière liberté d'action. Il ne suffisait pas en effet d'avoir avec la Prusse une tactique de ménagements et de prudence, il ne suffirait pas de dire, comme M. Emile Ollivier inlerwievé par un journal allemand: « li n'y a pas de question allemande. » La question allemande subsistait toujours, el elle ne pou,•ait être résolue que par une déclaration de la France ;cceplanl l'idée de l'unité allemande, el laissant au,-, Allemands Loule liberté de régler eux-mêmes leur destinée. C'est en vain que le ministère du 2 janvier; pour marquer ses intentions pacifiques, avait proposé aux puissances el notamment à la Prusse, dès le mois de février, une limitation des armements. Ce n'était el ne pouvait èlre qu'une parade, car la vraie, la redoulable question demeurait toujours. Après celle r6duction simullanée des armements, la France prrmeltrait-elle la constitution de l'unité allemande? La Prusse refusa de laisser touch_er à son institution militaire, el par là encore elle signifia à l'Europe el à la France qu'elle ne renonça il pas à son dessein sur l'Allemagne. La France el la Prusse étaient donc portées vers la guerre comme par le couranl d'une eau lente. lourde et sombre, qui ne se hâlait pas, qui ne bouillonnait pas, mais qui pouvait soudain se précipiter et s'ensanglanter. Le plébiscite, qui fut un triomphe pour l'Empire, aggrava doublement 1~ péril. D'abord il releva l'audace des pat'lisans de l'absolutisme sans apaiser leurs inquiétudes. C'était un jeu dangereux d'être obligé de risquer tout l'Empire en ces vastes consullalions pour corriger ou réprimer les imprudences des brouillons libéraux. Le plus sùr moyen d'en finir ave_cles velléités libérales ne seraitil pas de ré:ablir le prestige national de l'Empire discuté depuis Sadowa? el l'on ùevi11equelles imprudences, quels entrainements pouvaient naitre de celle secrète pensée. Et puis, ~I. Emile Ollivier et sa politique n'étaient plus qu'une épave. Comment a-t-il pu (c'est là qu'est sa responsabilité effrayante) garder le semblant de pouvoir quand il n'en avait pas, quand il ne pouvait pas se flatter d'en avoir la réalité? Comme~!, en 1·estant au ministère, a-t-il endormi la vigilance du pays·> Le signe de sa défaite, ou mieux de sa déchéance, c'est qu'il ail accepté que M. de Gramont remplaçât M. Daru au ministère des affaires étrangères. M. Daru s'était retiré en avril, pour ne pas s'associer à la politique du plébiscite. Qui donc appela au ministère M. de Gramont? li était l'homme de la coterie clérica\e el belliqueuse. IJepuis des années ambassadeur à Vienne, il
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