J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

IIJSTOIIIE !:iût.:1.\Lli::i'Jt,; lient pns compte de tous l•s éléments du problème. li voit juste quand il annonre que )1. de Bismarck, apr~s nvoir revendiqué les duchés pour l'Allemagne et au nom du droit des populations alleman~es, les annexera à la Prusse. ~lais il ne ,·econnall point assez que le conOit a une origine allemande, quo toute l'Allemagne s'est passionnée pour la liberté des populations allemandes, tyrannisées par la monarchie danoise, el il oublie que meme quand )1. de Bismarck dénature celle cause allemande par la violence prussienne, il surfirait d'une inler,·ention diplomatique un peu pressante pour que l'Allemagne loul enti,'rr se senlll blessée. c·esl la fatalité de ce drame ambigu que la Prusse, mème quand elle fait violence à l'Allemagne, sert une profonde passion allemande, et si la France, l'Angleterre, la Russie demandaient des comptes à la Prusse, loul.c l'Allemagne ,·errait dans la Prusse, mème égolsle el brutale, le représentant de l'indépendance rl de la puissance allemandes. Quelques mois plus tard, le 2 mars 1866, quand Jules Favre intervient de nouveau dans les affaires allemandes, il se débat contre les dirficullés du problème, el il n'aboutit pas à une solution claire et précise, mais il commence à en mieux reconnaître la complexité. L'Autriche el la Prusse ont conclu à Gaslein, le 14 aoOl 1865, un accord d'ailleurs provisoire, où elles se sont partagé• les dépouilles» du Danemark, je veux dire les duchés. La Prusse a la partie septentrionale, le Slesvig, l'Autriche a la partie méridionale, le Holstein. Mais il est visible dès lors que pour la Prusse ce n'est qu'une étape, el dans celle convention même elle se ménage les moyens d'assurer sa domination sur l'ensemble des duchés. Elle prélude par là à sa prochaine grandeur, à l'unification totale de l'Allemagne sous l'hégémonie des Hohenzollern. Or, devant ce fait immense, la pensée de Jules Favre se dérobe à demi. Ni il n'ose conseiller à la France d'accepter sans récrimination el sans peur celle unité allemande, même prussienne; ni il n'ose lui conseiller de l'empêcher par la guerre. li reproche à l'Empire de ne pas marquer assez haut sa sympathie pour le Danemark vaincu el spolié; mais il ne veul pas que la France s'engage à fond contre la Prusse. li s'épouvante à la pensée que l'unité allemande pourra être consliluée el manœuvrée par la Piusse; mais il comprend bien que Ioule intervention de la France n'aura d'autre eOel que de hâler le groupement des forces allemandes sous la discipline prussienne. Il veul que la France, par une politique de paix, par la répudiation de Ioule conquête, rassure l'Allemagne; mais la paix ne surfil pas aux pal riotes allemands; ils ne veulent pas la tenir de la seule sagesse, de la seule tolérance de l'étranger. Ils veulent qu'elle soit garantie par la force de l'Allemagne elle-même, el, celle force. l'Allemagne ne peul la trouver que par l'unité. Or, celle unité allemande,• elle fait peur à Jules Favre, même si elle se réalise par la liberté, et il semble qu'il veuille soustraire l'Allemagne à la Prusse, non pas seulement pour qu'elle soit plus libre, mais aussi pour qu'elle 10il moins forte. Dangereuse défiance qui enlevait à la politique de pais du grand orateur tout&

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==