HIS'fOlR.E SOCIALISTE 51 un recours à la nationalité allemande; c'était le droit de la nation qui était invoqué, el un plébiscite allemand consacrerait l'œuvrr de la Prusse. De plus, M. de Bismarck marquait ainsi à la France Ioule la force el toute l'audace de sa résolu lion, puisqu'il ne craignait pas, lui, le champion de la prérogative royale, de mettre en mournment les énergies populaires, d'associer à son jeu le suffrage universel, c'est-à-dire la Hévolution. El pour que )1 BenedeLli ne rot point incrédule à celle tactique inattendue, il essayait de lui persuader que dans la lutte contre le Parlement prussien il avait suivi non sa pensée propre mais celle du Roi, dans l'unique dessein d'appliquer la confiance du roi enfin conquise à la régénération nalionafo de l'Allemagne. Aussi bien, M. de Bismarck ne trichait pas. li savait que pour accomplir son œuvre téméraire, il avait besoin d'une force immense. Celle force, il ne la trouverait que dans la sympathie de la nation allemande. Cette sympathie, il ne pouvait la conquérir qu'en donnant à Loule la nation allemande une part de droit, qu'en l'associant à la grande œuvre. Il n'y avait là, pour lui, à aucun degré, reconnaissance du droit démocratique, mais seulement de la force révolutionnaire. Plus tard, bien plus tard, dans sa retraite morose, quand il dictera ses Pensées el Souvenirs, il dira. sous une formr méprisante, qu'il a dû donner le suffrage universel pour faire aboutir l'unité allemande, comme il y a des diligen~cs qui paient une redevance aux brigands pour avoir le droit de passer. El sans doute, même à l'heure émouvante oü il préparait l'unité allemande et la grandeur prussienne, cel appel à la nation el au suffrage universel ne fut pour lui, comme il l'avouait à Hencdelli, qu'un «expédient», un moyen de combat contre l'Autriche, un moyen d'intimidation contre les puissances hostiles ou incertaines qui seraient tentées d'intervenir. Malgré tout, cependant, il rst probable qu'il n'outrageait pas alors dans son esprit, au moins à ce degré, la force reconnue nécessaire. En tout cas, il était obligé d'y recourir. c·esl lui , qui remettait la force de Révolution, glacée depuis des années, dans le courant de la vie allemande, pour que le courant p1ll emporter l'obstacle. Celle force, il savait bien, quelles qu'aient pu ètre plus lard ses fanfaronnades rétrospectives, qu'il ne l'éluderait plus, quïl ne la supprimerait plus; mais il se préoccupait, à l'heure même oü il allait la meure en branle, de la limiter cl subordonner. En ce point, les témoignages de Benedetti sont du plus Yif intérèt. Cc qu'il proposait à la Diète de Francfort, c'était la convocation d'une Assemblée nationale cl populaire qui rcviserail le pacte fédérol. )lais quel usage ferait de son pouvoir celle assemblée·? Ne serait-elle poinl tentée de faire œuvre révolutionnaire, c'est-à-dire de subordonner Lous les pouvoirs existants, y compris la monarchie prussienne, à la souveraineté de la nation·? A vrai dire, le danger était à peu près théorique, car il était presque certain que l'Autriche conseillerait à la IJièle de ne point so prêter à cc plan de revision. Dès lors c'était la guerre contre l'.\utrichc, et si la Prusse était victorieuse
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==