J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 103 par le Tugendbund, pat· la Société <le la \'ertu ! De gr,\ce, pour vous, mille fois plus encore que pour nous. ~pargnez au Nord cet avenir! » Je ne• sais si l'avenir a réalisé l'inquiet pressentiment de Quinet. Si les inslitulions de l'Allemagn<' ne sont que mensonge. ce n·esl pas au sens que prévoyait el redoutait Quinet. li élail hanté à ce moment par la manœuvre <lu 19 janvier, par l'essai d' " Empire libéral » par où le césarisme essayait de se renouveler. El cr qui l'exaspérait comme la pire des hontes el le pire des dangers, c'était la ruse du <lcspotisme se masquant une fois de plus de liberté. Demain, par un nouvel appel au peuple, pa,· un nou,·eau plébiscite, le maitre faussera encore la souverainet6 nationale. En Allemagne, la monarchie impériale n'a pas eu celle hypocrisie. Elle n'a pas invoqu6 le principe de la souveraineté du peuple po~r domestiquer le peuple. Elle a hautement proclamé son droil historique, antérieur el supérieur. Mais ce qui fausse la vio allemande, ce qui fait qu'elle est aussi à sa façon duperie el mensonge, c'est qu'on ne sait jamais si la part de pouvoir el de contrôle octroyée de haut à la nation e,l un expédient passager destiné à mieux assurer la domination éternelle des llohenzollern, ou le principe el le germe d'un développement démocratique plus vaste. C'est un lourd amalgame de monarchie, de féodalisme, <ledémocratie subordonnée el de parlemenlarimc à demi illusoire; une sorte de choas figé dont aucun frisson de liberté n'ébranle la confuse el pesante hiérarchie. Par là la force de l'unité allemande, qui pouvait beaucoup pour le progri·s du monde, reste comme Uhe menace ambiguë. El, en ce sens, Quinet avail raison de s'inquiéter. ~lais celle inquiétude même el ce souci marquent qu'il hait pris son parti de la définitive unité allemande, puisqu'il essayait d'avance d'en déchiffrer le St'ns. Devant la grandiose ~t redoutable formation de l'.\llemagne, il md la France en garde tout à la fois contre la bouderie haineuse el jalouse el contre la nalve confiance. L'.\llemagne n'a pas oublié que pendant des siècles, le Français ful l'ennemi, l'envahisseur, le Jémembreur. Le ressentiment durera longtemps encore. Ceux qui, pour atténuer les conséquences de Sadowa, el pour Jonner le change à l'opinion troublée, déclarent que l'Allemagne sern une barrière cpntre l'ambition russe el une protection pour la France, ceux-là se moquent. ,, Ne jouons pas, je vous prie, avec nous-mèmes. :\'on, l'.Allcmagnc ne se coosliluc pas pour nous. i\'on,elle ne se tourne pas contre les Russes. El pourquoi? Pour une raison très simple. Quand un homme a reçu une blessurn profonde sur une partie du corps, il croil nalurellemenl que c'est de ce côlé qu'il ,·a être assailli de nouveau. On ne voit le péril que du côté où on l'a déjà éprouvé une fois. Au contraire, on ne le redoute pas là où il ne s'est jamais fait sentir. Or, la Russie élanl l'alliée de l'Allemagne depuis plus d'un siècle, ayant mèlé son sang au sang allemand dans les grandes guerres dont le sou,enir dominait tout, le Russe, ainsi, ne paraît pas un danger aux yeux des Allemands. Où voient-ils donc le côté menaçant pour eux? l\'e vous y trompez pas, ils le voient

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==