J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE IH fondait avec lïnlér~t national de l'Italie. M. Emile Ollivier pouvait-il assurer, en 1869, que rEmpire confondait son avenir avec celui <le la démocratie libérale1 Pou,•ail-il assurer que lui-m~me, Emile Ollivier, aurait licence d'èlre le Cavour de la liberté française·/ Il y a dans ces rapprochements ingénieux el factices, je ne sais quoi de troublant : c'est la marque ou de la fausseté de l'esprit ou d'une habileté équivoque de la conscience rherchanl à se duper elle-même. Puis, M. Émile Ollivier avait vraiment trop peur de la Hévolulion ; il le disait trop. Comment fermer ainsi à ln France captive toute issue révolutionnaire, quand il ne savait pas, quand il ne pouvait pas savoir si l'issue conslilulionnelle el légale lui serait ouverte, cl si le libéralisme de l'Empire serait une solution ou une comédie? Il se livrait lui-même el répudiait devant le césarisme énigmatique el ambigu, le droit de la Hérnlulion. Ce qui est grave aussi, c'est que déjà à plus d'un signe se révèle un fond d'inconsistante étourderie. fi n'a pas une impatience fébrile du pouvoir, mais on ne sent pas en lui celle fermeté calme cl patiente qui sait faire ses conditions. Lorsque, en 186ï, \\·alewsky vient le pressentir cl lui demander d'accepter éventuellement le pouvoir pour une politique lib6rale, il refuse d'abord, puis il se décide ù accepter, el il est visible, par son récit môme, que lorsqu'il va aux Tuileries il est prèl à recevoir un portefeuille. C'est :\'apoléon qui ajourne. El pourtant, t cette date, avant les élections de 18ü9, avait-il la moindre chance de faire prévaloir une politique vraiment libérale? Enfin, cel homme, qui amnistie l'Empire el ses crimes, esl d'une sévérité implacable pour les républicains restés fid<'les à la protestation inlransigeanlc. L'homme qui s'engage dans des chemins aussi difficiles, l'homme qui inaugure une politique qui peut procéder d'une vue supérieure de l'esprit el d'un haut désintéressement, mais qui peul émaner aussi des impatiences de l'ambition, cet homme-là doit s'attendre à •'lre délesté, à être maudit par ses compagnons de la veille. Ils sont tentés de ne voir que vanité cl félonie là où il Yoil sans doute l'acceplalion d'un devoir supérieur. Il n'a pas le droit de leur en vouloir. Mt'me s'ils se trompent, surtout sïls se trompent, il doit respecter la sincéril~ de leur indignation el attendre du temps, des conséquences de son propre effort, la lumière de justice. Mais, parce que, aux élections de 1869, les électeurs de Paris s~ détournent de :\1. ,::mile Ollivier, il a un tel emportement de colère el de haine, une si violenlc , é, ol••• d'orgueil meurtri el de vanité blessée, quïl esl tenté, tout un soir (il le raconlc lui-milme) d'aller trouver Napoléon 111 el de lui dire : Je vous ai lt'ompé: la liberté n'esl pas faite pour ces hommes ; ils en sont indignes cl incapables. C'est le cri d'un esprit médiocre el d'une petite .\me ; cl quelle force aura le lendemain M. t~mile Ollivier pour imposer à l'Empire hésitant cl lassé la liberté légale, si lui-mt'me se reruse à comprendre les révoltes persistantes des consciences· républicaines? Quoi! il absout le 2 décembre, la violation du serment, l'égorgement prémédité de la liberté cl de la loi, la déporlalion el le

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