J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCfALJSTE 187 M. Benedetti d'interpréter sa mission dans un esprit de modération et de prudence. Dans les termes où il la comprenait, il avait, quand il arriva à Ems, des chances J'abouti1-. Sans doute, tout ce qui pourrait ressembler à un désaveu de soi-même serait infinimenldéplaisanl au roi. Mais il ne pouvait pas ignorer que Loule l'Europe considérait ou comme une provocation à la France ou comme une imprudence la candidature Hohenzollern. Ceux même qui déploraient el qui blâmaient le langage comminatoire de M. de Gramont désiraient que la funeste candidature de guerre f0t écarMe. La maintenir c'était, pour le roi de Prusse. assumer la responsabilité d'un conniL terrible. et que toutes les puissances européennes, dans des sentiments très variés. redoutaient presque également. Le roi de Prusse savait, sans aucun doute, que l'Anglelerre.Jllultipliail les démarches pour apaiser les esprits, pour obt.:nir, avec moins de véhémence dans les protestations françaises, le retrait de la candidature prussienne. Le tsar lui-mème faisait tenir au roi de Prusse, par une lettre, des conseils de modération. Guillaume aurait beau répéter qu'il n'y avait là qu'une affaire de famille; on accepterait volonliers celle explication si la candidature était retirée; on n'y verrait, si elle était maintenue, qu'un tour hypocrite pour détourner de soi la responsabilité apparente d"une guerre qu'on déchainerait en effet. Il était impossible au roi de braver l'opinion européenne, et il accorderait sans doute une satisfaction de fond par le retrait de la candidature si oo ménageait dans la forme ou ~o dignité ou son amour-propre. M. Benedetti était arrivé à Ems le 8 juillet à 11 he1ires du soir. Le roi lui envoya, le 9, M. de \\'erther pour lui dire qu'il le re~evrail clans la journée, entre 3 _el4 heures. li avait voulu savoir d'abord ce que M. Benedetti venait demander et en quels termes. Voici comment, par un télégramme du \1 juillet, 8 heures du soir, M. Benedetti rendait compte de son entretien avec le roi : "Le Roi m'a fait demander à l'heure quïl m'avait indiquée. M'inspirant des considérations dévelo1>pécs dans ,•otre dépêche el de celles quoi m'a suggérées notre entretien, j'ai fait appel à la sagesse el au cœur de Sa ~Jajeslé pour la déterminer à conseiller au prince de Hohenzollern de revenir sur son acceptation. Con6rmant ce que m'avait dit M. de \Verlher, le Hoi m'a appris qu'il avail autorisé le prince Uopold à accueillir la proposition du cabinet de Madrid; mais, comme vous l'aviez prévu, il a longuement insisté sur ce poinl, c'est qu'il avail été saisi el qu'il élail intervenu comme chef de fumille el nullcm~nl comme sou,crain, et que son gouvernement étail resté complélement étranger à celle négociation. J'ai fail remarquer que l'opinion publique ne se rendrait pas compte de celte distinction, el qu'elle ne voyait, dans le prince de llohen1ollern, qu·un membre de la maison régnante en Prusse. Le Roi esl entré dans d'autres considérations qu'il serait trop long de vous transmettre par le télégraphe, eLdont je vou~ rendrai compte dans un rapport. li m'a assuré, d'ail-

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