J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

-12 IIISTOmE SOC.1.\LISTE (_)ninrlrnsrignail que la sc-n·ilncl<" ne pn1l men<'I' ô la libc-rlé; que l'onci(•nrw monal'(·hif' fran«:.::li~crrntralis:alrirc rl opprcssiv(' avait préparé, non pas la tlt~rnocratir lihrr. mais des form('s nouvellrs de tyrannie; que la dictalurP ré\'olulionnairc cljocobinr n'a\·ail pas sau,·é la liberté, mais l'avait faussée, au contrairr, pour des générations, dans les rsprits cl dans les consciences. C'esl une grande controverse; la liberté peul-elle seulement êtrr con<p1ise par des moyens si nobics ri si purs, qu'elle soit toujours à trop haut prix pour la pauvre race humaine cl inabordable à son indignité? Mais, encore une roi•, quand la démocratie française après Sadowa avait à juger les événements cl'.\llcmagne, elle n'avait poiol 1l créer tout cxpri's pour les choses d'Allemagne une philosophie de l'histoire héroïquement puritaine el austère. Elle était len:ie d'appliquer à lï1isloirc allemande la 111t'mephilosophie, les mêmes règles du jugement qu'elle appliquait à l'histoire de tous les peLlples cl à la sienne propre. Or. elle acceptait l'histoire de la France avec la part de violence militaire, d'arbitraire monarchique, M dictature ré,-olutionnaire qui avait pr<'paré ou scell~ l'unité de la nation. Elle ne jugeait point la France à jamais incapable de démocratie el de liberté parce qu'une force de conquête el ~·absolutisme était aux racines mèmes de la nation. Toul récemment, les démocralés français s'étaient passionnés pour l'émandpalion de l'Italie cl pour l'unité italienne. El comment s'était faite cette unité? Est-ce que le peuple des divers Etals de l'Italie s'était spontanément soulevé conlre ses ma1lres '/ Est-ce qu'il avait créé partout des groupes de libertés locales" El l'Italie libre el unie avait-elle été formée par la fédération de ces libertés spontanées'/ C'était le rêve de Proudhon; mais les choses avaient suivi un autre cours, et Proudhon avait tenté en vain de détourner les sympathies de la FrancP. de celle libération italienne <1ui, accomplie par la monarchie piémontaise el aboulissanl à un Etat centralisé, lui apparaissait comme une dérision. Proudhon n'avait pas seulement fait appel à l'instinct de conservation de la Francû. Il n'avait pas dil seulement qu'à créer une Italie centralisée elle s'infligeait à clle-mt\me une terrible concurrence industrielle, militaire, maritime, el qu'il ne resterait plus qu'une.ombre de France. Il avait affirmé que, seules, la monarchie el l'oligarchie capitaliste profileraient de l'unité ccnlralistc. Qu'importe! avaient répondu Garibaldi el même à certaines heures Mazzini. Qu'importe! avaient répondu la plu parl des démocrates de France, le seul moyen d'arracher l'Italie à« l'oppression germanique ou gauloise », c'est de la constituer d'abord à l'étal de monarchie unitaire; il n'y a que la force monarchique de Victor- Emmanuel qui puisse grouper, coordonner les forces impuissantes el dispersées de révolution cl de libération. Sur le terrain nivelé, la démocratie fera ensni:.e son œuvre ... li est inutile de discuter en ce moment la part de chimère qui pouvait se mèler à ce fédéralisme proudhonien ou à la lactique des démocrates unitaires, ou, comme dil Proudhon, néo-jacobins. Ce qui esl cer-

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