HISTOIRE SOCI.\LIS'l'I,; 185 termes. Pour expliquer par quelle raison il porta la question non à ~ladrid, mais à Berlin, il s'autorise d'une suggestion du maréchal Prim lui-m~me : " Comment sortir de là? disait celui-ci à noire ambassadeur, je ne vois qu'un moyen: que le prince me di~e qu'il rencontre des ol,star.lcs au consentement du roi. el alors, au lieu d'insister. je lui facilite sa retraite.• Et ~I. de Gramont ajoute : • C'était précisément ce moyen que nous al/1ons chercher à Ems. n'ayant pu le trouver à Berlin. • Qu'est-ce à dire, sinon que l"essenliel ~lait d'obtenir le désistement du prince? ~I. de Gramont esl obligé d'en convenir expressément: « J'avoue que le 8 juillet, à une heure du malin, au moment où le 1/>lt'grammc de ~ladrid venait de m'arriver. j'eus la pensée de faire intervenir le prince de Hohenzollern. cl, dans mon désir d'éloigner u11conflit donlje pressentais Ioule fa gravité, je télégraphiai au comte Benedetti ces mols, en lui en, oyant la dépêche de Madrid : • Dites-le au roi, el au besoin aile: le dire au prina luimlme. » Ce n·csl donr pas à celle minute, /'initiative du roi ,le Prusse qni élail indispensable, puisque celle initiative des démarches aupri•s du prince, c'est le gouvernement de !'Empereur qui songeait à la prendre. )1. de (;romonl, il est vrai, revint sur celte décision:« J·a,•ais lorl. La candidature llohenzollern n'avait pas élé posée sans le concours du roi de Prusse,c'élail nne candidature prussienne el c'était comme lelle que la France la repou~sail. Posée par le roi, c"était au roi seul que devait s'adresser M. Benedetti. Je m"élais laissé entrainer par un désir bien naturel de ne négliger rien de ce qui pom•ait faciliter une solution pacifique. )fais à peine ma dépêche fut-elle parlle que j'en compris les inconvénients, el, après avoir pris les ordres de !'Empereur, j'expédiai le lendemain le télégramme suivant: « Il ne faut pas voir le prince de l lohenzollern, !'Empereur ne veut faire aucune démarche auprès de lui. " Etranges minutes d'histoire où la pensée oscillante d'un homme médiocre el infatué porte toute la destinée d'un peuple! EL qui sait c1uelles influences secrètes s'exercent en ce moment précis sur l'esprit de )1. de Gramont'! Mais enfin, il avait consenti un instant à une intervention directe Je la France auprès du prince Léopold, el quand il regrella celte défaillance passagère de son orgueil, il décida bien qu'aucune démarche ne serait faite auprès du prince; que M. Benedelli ne s'adresserait pas au roi de Prusse; mai~ si celui-ci, pressé pur nous, obtenait du prince Léopold quïl se désislAt, ce désistement ne nous suffirait-il point, même si le prince, ménageant l'amour-propre du roi par une fiction qui ne tromperait personne, paraissait prendre l'initiative du retrait? M. Benedetti avait donc le droit dïnterpréler en ce sens les instructions de son ministre, el pourtant il esl vrai qu'il y a dans tous les propos, dans toutes les. démarches de M. de Gramont, une arrière-pensée d'humilier la Prusse. La solution ne vaudra pas pleinement pour lui si elle ,n'est pa~ tout à fait amère pour la Prusse. Ce n'est pas une négociation, c·esl une revanche; ce
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