J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 107 lâche à remplir. En défendant la France, j'ai défendu l'Allemagne. Vous l'avez compris, vous avez osé le dire. » Ainsi, Quinet s'clTorçail, après Sadowa, d'épurer le patriotisme français Cl le patriotisme allemaud de toute violence, de Ioule haine; cl c'est en proposant à la France cl à l'Allemagne un but commun el sublime: la conqu<lte de la liberté, qu'il espérait les détourner des belliqueuses décisions et les réconcilier à jamais. Lui-même donnait le bon exemple en abandonnant décidément toutes les rnvendications territoriales où un moment, en 1$40. il s'était complu, el en reconnaissant la nécessité profonde de l'unité allemand,•. Les plus illustres des républicains démocrates français firent sur eux-mêmes un effort analogue, el à mesure que les événements se développent ils s'élèvent à des vues plus sereines et plus larges. Malgré sa sévérité pour l'œuvre de ~J. de Bismarck, GaroierPagès conclut à une politique de paix. li déclare que si la France n'inquiète pas l'Allemagne, l'œuvre de M. de Bismarck se brisera, c'est-à-dire que l'Allemagne cherchera à réaliser son unité, non par la force prussienne, mais par la liberté allemande. Jules Fa,,,-e, après bien des oscillations, des lMonnemcnts, des contradictions, arrive enfin au point de pensée supérieur marqué par Quinet. Dans la question italienne, il avait toujours eu une opinion très nette; toujours il avait appelé de ses vœux l'unité complNe, la délivrance complète de l'Italie, la tin de la domination autrichienne el du pouvoir temporel. Chrétien philosophe, ce Lyonnais, à l'âme tourmentée et mystique, voyait dans la chute de l'État romain une victoire de la démocratie el du droit moderne, mais aussi un renouvellement du christianisme. Eri son discours du l" mars 1866, il dénonçait, comme M. Chesneloag, le matérialisme, mais il ajoutait que la domination temporelle du pap!l était un appel à la puissance de la matière, une diminution de l'esprit : « Le christianisme, messieurs, soyez-en sùrs, entre dans sa phase philosophique, il se fortifie par les lumières de la science. Au lieu de lui barrer le chemin du siècle, ouvrez-le lui largement, que le siècle el lui fassent ensemble un pacte d'alliance, qu'ils se réconcilienl I un avec l'autre ... Si c'est là votre foi, comme c'est la mienne. ne l'humiliez pas avec des formules qui pourraient lui donner le plus éclatant démenti. Craignez -d'offenser Dieu en disant que la doctrine éternelle peut !lire subordonnée aux aoerralions et aux passions contingentes de ses créatures. " Ainsi c'est avec l'unanimité de ses forces morales, c'est comme démocrate el comme libre -chrétien mystique qu'il travaillait à la libération italienne. Devant la question allemande il était au contrairP. plein de trouble et de contrariélé. Toul d'abord, quand la Prusse intervint au nom de l'Allemagne pour arracher au Danemark les populations allemandes des duchés, c'est contre la Prusse, eo avril 1006, <JU'il prend parti. Cédait-il surtout à la passion de la controverse cÔntre l'Empire el voulait-il à tout prix critiquer la politique d'abstention, de non interv,enlion que celui-ci avait pratiquée? En tout cas il est visible qu'il ne

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