98 HISTOIRE SOCIALIS'rE clans le mo11,c1î1<'ntallemand. M. de Co\'our avait gouverné avec son Parlement, avec l'opinion, avec la nation. Il n'y avait pas eu, entre lui el la Chambre, le long conflit conslilulionnel qui a précédé, en Prusse, la crise de 1866; bien mieux. il a,·ait pour coopérateurs secrets. les ,·épublicains, les révolutionnaires de lïtalic. Il les clésa"ouail, parfois même les b1·ulalisait, mais de leur consentement, et le peuple italien n'était pas dupe du manège; il savait qu'il allait à l'unité avec toutes ses forces: celles de la monarchie, celles de la Révolution; l'Italie unie se débrouillerait ensuite. Au contraire. l't\pre souci de réaliser l'unité allemande, sous la discipline c1·une monarchie autoritaire, avait induit M. de Bismarck à violenter le Parlement prussien. Entre les libéraux el lui, il y avait eu désaccord profond sur les moyens de réaliser l'unité allemande, ill. de Bisma,ck voulait recourir à la force militaire, le Parlement croyait à l'efficacité d'une propagande allemande de libéralisme el de démocratie. Le succès avail glorifié la lactique de ill. de Bismarck, mais humilié la moitié de l'âme des libéraux: leur patriotisme allemand élail exalté el se réjouissait, leur libéralisme était meurtri; el les républicains français s'exagéraient encore l'amertume de celle demi-défaite des nationaux-libéraux. De là, contre l'œuvre prussienne el bismarckienne, un surcroit de défia11cP.el d'hostilité. El quelle occasion pour eux de discréditer, d'abaisser l'Empire, el de quel héroïsme de pensée il aurait fallu qu'ils fussent capables, de quelle abnégation surhumaine pour résister d'emblée à la tentation d'accabler le César équivoque sous le poids de ses déconvenues! Ce n'est pas seulement au nom de « l'ordre social » menacé qu'il avait trailreusemenl assailli la République, opprimé la liberté, fusillé ou Mporlé ou bâillonné les citoyens les meilleurs. Il avait abusé contre la France de son vieil instinct de gloire, des souvenirs enivrants de primauté qui troublaient encore les consciences les plus sobres, des promesses de grandeurs que le nom seul de Napoléon suggérait aux ilmes. Ah! la race maudite, qui avait coupé en deux l'âme de la France révolutionnaire el qui avait tourné contre la passion de la liberlé la passion de la grandeur. Depuis des années, « le Bonaparte» avait pu jouèr ce jeu perfide. Qui pouvait s'opposer à son enlreprisede Crimée? Il allail.humilier ces Russes, ces Cosaques qui élaienl pour les républicains le symbole môme de la conlre-révolulion européenne. Qui pOU\'ail lui faire grief de sa campagne d'Italie•! son seul crime fut de s'arrêter cl d'arrêter le peuple italien avant qu'il ail pris Venise, avant qu'il ail p,·is Home. iltalgl'é tout, Magenta el Solférino avaient, mOme sous l'ombre du César louche, bataillé pour la démocratie, pour la liberté, pour l'avenir. L'aventurier ne laissera-l-il donc pas lomherson masque? El quand donc pourrai-on le souffleter au visage sans que la main hésite devant une caricature de Révolu lion? Or, voici que lui, l'homme des nationalités, il laisse écraser la pet ile cl vaillante nation danoise. Voici que lui, l'homme du prestige et de la force, il laisse grandir, non pas l'Allemagne mais une Prusse casquée el bottée qui foule les liberlés allemandes. Voici ·que lui, qui se nattait de mener la
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