6(j II!STOIRE SOCIALISTE monarchie de Savoie a cherché dans l'idoo de l'unité italienne un moyeo d'agrandissement; la monarchie des llohenzollcrn a cherché dans l'idée de l'unité allemande un moyen de puissance. Cc n'est pas assez ùirc : la démocratie révolutionnaire aussi, en Italie, avec ~lauini cl (;aribaldi, a voulu e,ploiler l'unité italienne pour ses desseins cl la réaliser à son profil: le parti libéral, en Prusse, a rèvé aussi de donner à la libcrlé politique la force cl l'élan do l'unilé nalioualc. ~lais qu'est-cc à dire, sinon que !'idée d'unité élail une grande force, une force substantielle cl "ivanlc, puisque taules les am bilions el les idées cherchaient à s'en approprier la \'Crlu et la sève, puisque la monarchie el la démocratie tentaient de greffer sur cc tronc robuste leurs chances d'avenir., Aussi, quant au lendemain de Sadowa, )1. Thiers rcnou"elail son opposition à la pleine unité italienne cl à la pleine unité allemande, quand il conseillait à la France d'appliquer au monde moderne, boulcvcrsi· cl rrnou,dé par la R(JVolulion, la politique de füchelieu cl de )lazarin. il se mcllail, lui. l'homme de la Rérnlulion, en dehors de la Hé,·olulion, c'est-à-dire de la "ie. C'était un funeste anachronisme qui ne pouvait qu'égorcr notre pays en des avcnlur·es de contre-d:volulion. C'est en min que~!. Thiers, pour sauver sa thèse surannée, multiplie les équivoques cl les sophismes. li rappelle que jamais dans le passé la politique française n'a élé guidée par une pensée de propagaude. Elle n'a pas songé depuis le"'' siècle jusqu'à la Ré\'olulion à porlcr au dehors des principes, des croyances: elle n'a pas l'U <l'aulre souci que d'assw·c1· <c l'équilibre européen» en s'alliant contre loule puissance ùominalri<·e cl menaçante aux puissances menacées. François l" n'a pas fait de la politique chrétienne. quand il s'est allié au Turc pour comballre la ~laison d'Autriche : il a fail de la politique francaisc cl par là mèmc de la politique européenne. Richelieu et Mazarin, des cardinaux, n'ont pas fait au dehors de la politique catholique: ils onl soutenu en Europe, contre la )laison d',\utriche, ces protestants qu'ils comballaient cl écrasaienl en France. De m,'me les hommes les plus sages el les plus clairvoyants de la la Hévolnlion ont lcnlé de limiter la guerre de prop_agande, el Danton préparait les négocialions qui, en délachanl la Prusse de la coalition europé.-unc, sauvaient l'indépendance de la France el l'équilibre futur de l'Europe. Pou,·quoi la France nouvelle, sous prétexte qu'elle esl une démocratie centralisée, grouperait-elle les multiples Étals de l'Italie el de l'Allemagne en deux nations puissantes qu( seraieol un danger el pour elle el pour l'Europe·> Oui, c'était un sophisme, cl un triple sophisme. Que la France s'interdit toute guerre de propagande, qu'elle rcnonçàl à susciter au dehors par la force des armes des inslilulions conformes aux siennes, c'élail la sagesse même. L'expé• ri~nce même de la Ré\'olution avait démontré que la liberté se perd en devenant conquérante el que la propagànde révolutionnaire aboulil à l'universelle dictature. Le respect de la liberté des autres nations, le souci de sa propre liberté,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==