J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

16-1 HISTOIRE SOCIALISTE ainsi? Depuis que la question est ouverte, M. de Bismarck ne cesse de s'y intéresser. El il n'est pas de ces chimériques el de ces esprits faux qui grossissent les possibilités des choses. Ce n'est pas sur une hypothèse encore fragile qu'il construit loul son système d'action. Mais il n'esl pas non plus de ces esprits mous qui ne se représentent les choses qu'en vagues contours; el il sait que le germe redoutable. peul avorter; mais il sail aussi tout ce qui peut sortir de ce germe obscur. L'affaire espagnole traine. Le maréchal Prim, en _quète d'un roi, essuie refus sur refus. Salazar, en septembre 1869, va de nou,·eau, par une démarche secrète, au château de la \\'ei,nburg, tenter l'ambition du prince Léopold. Prim, découragé, commence à ne plus espérer qu'en celte candidature Hohenzollern. li lente do se persuader que Napoléon ne protestera pas. Mais il se cache de lui, el il s'engage de plus en plus avec M. de Bismarck. Il donne à Salazar, en février 1870, des lellres pour le ministre prussien, pour le roi de Prusse. La combinaison se noue plus fortement. El les mémoires du roi de Roumanie nous apprennent que, le 15 mars 1870, se tient à Berlin une conférence donl M. Sybel aurait de la peine à démontrer qu'elle ne fut qu'un conseil de famille. Ce fut un grand conseil politique. Autour du roi, qui préside, prennent place le prince royal, le prince Antoine, son fils Léopold, M. de Bismarck, M. de Moltke, Roon, Schleinilz, Thile, Oelbruck. Et tous disent au jeune prince « que 9'esl un devoir patriotique d'accepter». L_uiseul, redoutant ou le péril, ou plutôt les embarras de celle aventure, se dérobe. Cependant, ni son père, ni M. de Bismarck ne perdent,toul espoir de le décider. Il y a donc là un dessein politique persévérammenl suivi. Mais quel peul-il êlre? Celle candidature ne peul avoir vraiment pour M. de Bismarck qu'un inlérill : amener la France à déclarer la guerre. li n'était certainement pas sensible au plaisir vaniteux de voir un Hohenzollern sur le trône d'Espagne. S'il avait encouragé le prince Charles à monter sur celui de Roumanie, ce n'était pas pour ajouter un joyau à la couronne monarchique de ses ma1lres, c'était pour avoir dans les affaires compliquées de l'Orient, où il avait besoin de pouvoir servir la Russie el de pouvoir l'inquiél;r, un moyen nouveau d'action. Mais à quoi lui servirait un Hohenzollern à Madrid? En cas de guerre avec la France, cela ne l'assurait point de l'alliance de l'Espagne. Les peuples ne se laissent pas conduire maintenant par des convenances purement dynastiques, el le nouveau roi, pour se faire accepter, aurait dû se faire« EspRgnql •· Verser le sang de l'Espagne pour pcrmellre à M. de Bismarcl< de passer la ligne du Mein lui eCHété malaisé. En loul cas, c'était un avantage bien aléatoire. Une seule chose était certaine : c'est que l'Empire français, qui n'avait pas encore dévoré Sadowa, s'opposerait mème par la guerre à la candidature Hohenzollern; il ne se laisserait pas enserrer par un nouvel « Empire de Charles-Quint ». Mais quoi! Etait-ce donc là pour M. de Bismarck une mAnœuvre habile?

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