186 HISTOIRE SOCIALISTE n'est pas une politique, c'est une haine. M. de Gramont mentait quand il prétendait avoir, du premier jour au dernier, formulé la même revendication. Il mentait quand il déclarait que, dès le premier jour, il avait demandé au roi de Prusse l'équivalent de ce qu'il lui demandera dans la dernière phase du conflit, c'est-à-dire l'engagement personnel d'interdire, à l'avenir, tout renou,•ellement de la candidature. ~lais dans ce mensonge même, il était à demi sincère; car, en interrogeant sa pensée, il y trouvait, du début à la fin de ce drame diplomatique, le même orgueil haineux, le m<lmedessein d'infliger à la Prusse une blessure éclatante el envenimée. Et il sentait si bien qu'il ne sera il satisfait qu'à ce prix. qu'il s'imaginait presque arnir donné d'emblée à son désir la forme la plus brutale. Cet élal de conscience mauvais et trouble se traduisait par des exigences confuses el par des mots équivoques. D'une part, il affirme que le roi de Prusse n'a pas pu ignorer le dessein du prince, que celui-ci n'a pu se passer du consentement du roi, et d'autre part, il dicte au roi de Prusse le désaveu que j'ai déjà dit : • Le gouvPrnement du roi n'approuve pas l'acceptation du prince de Hohenzollern et lui donne l'ordre de revenir sur celle détermination, prise sans sa permission•· C'est à dire que M. de Gramont demandait au roi de Prusse de s'abaisser par un mensonge flagrant et dont lui-même d~montre d'abord l'évidence. Et que signifie cette initiative qu'il déclare, dans son livre, avoir, dès !es premiers jours, attendue du roi de Prusse'·> li n'y a pas de mol plus trouble. En aucun cas, le roi de Prusse ne pouvait avoir une initiative absolue, puisqu'il agirait à la demande de la France. El si, par ses conseils, il décidait le prince à retirer sa candidature, il y avait bien là une initiative du roi, initiative certaine, ml!me si elle n'était pas formellement reconnue. Au fopd, ce que M. de Gramont entend par là, c'est' que le roi de Prusse ne devait pas, pour ménager sa propre fierté et la susceptibilité de son peuple, mettre au premier plan le prince Léopold : il devait s'y porter lui-même pour subir en pleine lumière l'humiliation que le diplomate impérial lui réservait. El parce que ce délire couvait déjà sous son orgueil, M. de Gramont s'imagine que, dès le premier jour, il a déliré loul haut. Malgré tout, il ne peul pas produire un texte décisif. li n'a pas dit clairement à' Benedelli: « Même si le prince Léopold retire sa candidature, avec l'assentiment déclaré du roi de Prusse, cela ne suffira pas; il faut que le roi de Prusse signifie au monde que c'esl par son initiative, par un acte propre de sa volonté royale, que la candidature a été retirée. • Ce mandat, M. de Gramont n'a pas osé le donner en termes explicites à l'ambassadeur : el lorsque, plus tard, il essaiera de prouver la continuité absolue de son action diplomatique, il ne réussira à démontrer qu'une chose : c'est que sa pensée allait sans do.ule, dès les premiers jours, au-·delà de ses premières démarches officielles el qu'il guellail d'emblée. en une allente orgueilleuse el sournoise, l'occasion d'humilier son adversaire el de triompher avec pompe. Mais celle ambigu'ilé même permellait à
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