J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

(i2 IIISTOIR8 SOCI.\LISTE l'autre, la que,lion d'Orient <'l celle d'Italie; nous n'aurons pas trop de toutes nos forces réunies pour ,'Ire victorieux sur le Hhin; la campagne de 1866 a surabondamment Jémonlré les dangers d'une lulle engagée des deux côtés des Alprs. )) Cel averlissemenl recloulaulc cl lumineux devait èlre inutile. Ce que ~I. Benedelli conseillait à l'empereur c·csl-à-dire une politique nelle, c·esl précisément ce que celui-ci ne pouvait former. En \'ain l'ambassadeur signi(iail-il à son gouvernement que sïl n'abandonnait pas Ioule arrière-pensée de résistance à l'unité allemande en mouvement cl s'il ne rassurait pas pleinement l'Allemagne, c·esl loul on grand peuple passionné el déchainé qu'il aura il à comballre : l'Empire, après les déplorables lenlalives sur la Belgique cl le Luxembourg, pouvait bien renoncer à d'immédiates compensations P,l à de sordides conquèles. li n·ayail pas assez de force morale pour accepter définitivement la grandeur de l'Allemagne unie. Quand M. Houber disait : « Qu'importe que la France ne grandisse pas en étendue, si elle grandit en hauteur•; c'était une parole vide, car la France ne pouvait grandir en hauteur que par la liberté, par la démocratie monlanle el hardie; el c'est à une contrefaçon i~ominieuse de souveraineté qu'elle élail condamnée par le régime impérial. L'Empire allendait donc avec une sourde rancune; il guellail les événements, cl il y avait pour lui une sorte d'impossibilité physique à prononcer les paroles décisives dont l'accent dissipe les défiances cl pré,•ienl les malentendus. li élail djfficile aux opposants, aux libéraux el aux républicains de meure de la sincérité dans l'équivoque impériale el de la lumière dans le chaos. Le plus illustre chef de l'opposition parlementaire el libérale, M. Thiers,• élail le plus étrange amalgame de bon sens el de préjugés. Il démêlait avec une admirable clairvoyance les faiblesses, les contradictions, les duplicités de la politique extérieure de l'Empire. li lui avait prédit qu'en secondant l'unité italienne, il préparait el encourageait l'unité allemande. Comment, après a,·oir reconnu le droit de l'llalie une, pourrait-il con lester le droit de l'Allemagne une·> Comment, après arnir aidé la monarchie de Sa~oie à unifier l'Italie, ferait-il obstacle à la monarchie des Hohen1.ollern uniftanl l'Allemagne? El si l'Empfre, avec une audacieuse el généreuse cônséquence, avait accepté l'unité allemande comme l'uoilé italienne, s'il nait compris el proclamé qu'il pouvait y avoir en Europe nue Allemagne el une Italie comme il y avait une France, l'objection de M. Thiers n'elll point porté. Mais comme l'Empire, coopérant à l'unité italienne, non sans restriction d'ailleurs, n'osait pas avouer el accepter l'unité allemande, il élail voué à la plus triste incohérence. li élail voué aussi à la duplicité ~l au mensonge; car il avait trop proclamé le principe des nalionalilés; il avait créé bien mieux-, au profil de 111alie, un précédent trop éclalanl d'unité nationale pour pouvoir, sans scandale el reniement de soi-même, s'opposer ouvertement à l'unité allemande. Il élail donc

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==