J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

116 HISTOIRE SOCIALISTE de la paix mais récriminalions contre l'œuvrc d'unilé. li déplore toujours que la France n'ail pas pris parti d~s le début pour le Danemark contre la Prusse. li s'obstine à retourner le poignard dans la blessure de l'Empire en répétant que Sadowa a été un désaslre pour la France; cl après avoir ainsi envenimé les plaies, empoisonné les cœurs el les esprits, il conclut à écarter toul ce qui pourrait rréer de la défiance entre l'Allemagne el la France. Peu à peu, cependant, il démêle ce que cette politique a de contradictoire el de dangereux. l1 comprend qu'à force de reprocher à l'Empire sa tolérance à l'égard de M. de llisnrnr~1, dans le passé, il l'exhorte à prendre sa rc,·anchc d'une humiliation prétendue. Il entrevoil que !'Empereur négocie des accords avec l'Autriche pour pou,·oir déclarer plus sûrement la guerre à la Prusse, el il se demande si, par ses récriminations implacables, il ne fera pas le jeu du parti de la guerre qui cherche ,, rélablir par une aventure le prèstige du pouvoir personnel menacé à la fois par les mécomptes au dehors et par les rnveodications de la démocratie au dedans. c·est ainsi qu'il arrive enfin, dans les a(laires d'.\llemagnc, à un jugement plus large el plus sain qu'il formule avec quelques hésitations encore cl quelques résen•es embarrassées dans ses grands discours du 4 juillet cl du Sjuillet 1868. Pour que la France puisse vouer toul son effort à l'œuvre de démocratie et de liberlè, pour qu'elle ne succombe pas à un militarisme qui serail une menace cl un accahlcmeol pour les libertés cil'iles, il imporle que la paix soit assurée en Europe. El t·ommenl le serait-elle si la France avait le dessein de s'opposer à la volonlé <l'unité que manifesle si persévérammcnl la nation allemande., Il ,·a si loin dans celle assurance, dans ce système de paix qu·,1 ,·eul que la France, même seule, mt'me sans attendre la résolulion conforme des autres peuples, dépose les armes. Mais, encore une fois, comment le pourrait-clic si elle jugeait avec aigreur, si elle ressentait avec colère les faits accomplis? C'est pourquoi Jules Favre s'appliqu~ à moolrer que les événements ont parfois des conséquences inattendues, cl il relire ainsi, par cette sorlc de re.clification providentielle, cc qu'il avait dit $ur les choses d'Allemagne: « Je crois que l'homme, dans son eflorl, est toujours dominé par une puissance mysléricuse et souveraine dont il lui est impossible de comprendre les desseins, et que souvent la prudence la plus consommée, le courage le plus viril, les résolutions les mieux combinées, conduisent la faible créature que nous sommes à des résultats qu'elle n'avait pas prévus, el que souvent aussi le bien natl de ce qui paraissait dei,oir consacrer à jamais le mal conlre lequel elle proies/ail. Ehl bien, ces réflexions que vous me pardonne: me paraissent s'appliquer très exactement aux événements qui se sont accomplis en 18ü6. Il esl certain que l'influence de la Prusse a considérablement grandi cl que la oôlrc n'a pas subi la même progression. « ~lais csl-ce qu'il n'y avail pas une sorte de ratalité dans ce résultat'? Je parlais tout à l'heure ùu Slesvig, el vous vous rappelez le mot célèbre de lord Palmerston:« On n'enflamme que ce qui est inflammable•·

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==