Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

Histoire Socialiste ( 1789= l 900) SOUSLADIRECTIODNE JEAN JAURÈS T0:?1,t:E .l:°' La Constituante (1789=1791) PAR JEAN JAURÈS Nombreu ec; illustrations d'après des documents de chaque époque. PAltTS Pl'lll.lCATltl'.'<i'S .1 ur E~ HOUFF ET C'' ,-

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Histoire Socialiste T011E l" La Constituante Fondazione Alfred Lewin Bïblioteca Gino Bianco Fonda Nicola Chfaromonte

Histoire Socialiste ( 1789= 1900) SOUSLA DIRECTIONDE JEAN JAURÈS TO::M:E I" La Constituante (1789=1791) PAR JEAN JAURÈS Nombreuses illustrations d'après des documents de chaque époque. JULES ROU FF ET c;•, 1::oITEURS

7 "' Histoire Socialiste 1789-1900 sous la direction de JEAN JAURÈS PAR JEAN JAURÈS (Constituante; Législative; Convention jusqu'au 9 Thermidor); GABRIELDEVILLE (Du 9 Thermidor au 18 Brumaire); BROUSSE (Du 18 Brumaire à Iéna/; HENRI TUROT (D'Iéna à la Restauration/; ~ ( La Restauration ; FOURNIÈRE et ROUANET {Le regne de Louis-Philippe); MILLERAND et GEORGESRENARD La République de 1848; ANDLER et HERR Le Second Empire ; JEAN JAURÈS {La Guerre franco-allemande); DUBREUILH (La Commune. ; JOHNLABUSQUIÈRE (La Troisieme République 11871-1885); GÈRAULT-RICHARD 1885-1900; JEAN JAURÈS (Conclusion: le Bilan social du XIX< siecle,. JULES ROUFF et C", l::diteurs, Cloitre-Saint-Honoré, Paris. (Tous droits réservés).

Histoire Socialiste IXTRODUCT!Oi.\ c·c,l ,111point <k \'llC' Cla .. ,t,, qn,· 11ou, \OUion,; raronter .1Ll penph', illl\ 01, ri,•r:.--, illl\ pa) :-an~. Il'.. èYt'·11enH"nbqui ~1• clévt1loppPnl il~ r;:,..~) l la ti11 du l t• ,i,•d,·. :\uth ,·,ir1-i<leron• la lléw,lul 'ln frw1çai-e comme un faiL imme ·,c rl ,1'111wad Hirabl,· f<:conùilé; mah clic n'e,;t pa,, it no, ienx, un la l ùcllllllif d,1nt lï1btoi1,· n'aurait en-nill• qu'à ,li·rouler ,an, fin 1,,, con,,•1111Pnccs.J~1 l:nolufü,11 lra11,;ai,e a J·rq.arc indirl'Cl•·mcnt l'a\'ènerncnt du prolda ial. Eli,· a n:ali:-t·ll'.,.<ku\ Cùndiliun... t.,.:--t•11ti,\1lt•:_,.; du ~ocialisrnl', la ùemot.:rati.P t•l 1,: ra1,italbnw. ~tab elle a élé, en ,on fu111I,J'a\'1'nrmenl poliliquè de la cla,"' hO\Jr3"t•oi,,.. Peu à i,t·u lt: mouvt•m,·nl l·cu11,,111iqur f•l puliliqu1!, la srand1• indu:--tric, b aoi"anre de la da,,c OUHière qui gran<lit en n<,1111,rc et r11 amb1liun, le malai-" ,J,, pai-au- t:l'l'u•l-- 1,ar la roncurren,:e et lnw,lb par la ft:odalilè inol11,trielle t•l marchaml,!, le trouhl,· 111or,tlde la huur~,-,11,io' intdlcclnt·llt- qu·1111e :::ol'il'll• merl'antile et hrutal1• otTt•n-.en toute:-:. --e:, 'délfrates~c~, tout prq,ar,· u11e11011\'ellc ri,•~ :,oriat.•, une rtom\'elle et l'ltb profontle Rcvolulion uù 1,,:; prulélaires :-ai-iront l•· puun,ir pour lra11,lormer la prnpriélo t'l la rnoralill'. C't·sl donc la 111archeet 1" j<'Udes classe, ,ocialc, ,!o-pub 171',l que n~u, , c,u,lri-rns retracer à gran,b trait:;. Il est toujours un peu arhil1·air,, ,to-rnarqucr ùes limites, !11•:;divbions trandranlcs dan, IP pro3re, ininlcrrumpu el nuath'é tle la ,·i•'· l'ourlant, on peul, a\'ec une ,ulfi,:rnlc l'\actituùc, dt'.'ol,nêu,~r t ob J>t:rioilt's ùa11 rhbto,re d la cla~::cbournèoi:;;c et ùc la cl~!:tl 111olètaricnue depuis un ,iedc. Dabul'ù ùe 17i>U à iSl~, la hour~•·ui,ie révolutionnaire lriomphl' el s'installe. Elit- ulilbe contre J'ab,olutismc royal el contre le, nobl,,, la force ùe, 1,rulëtairl'~, mais Ct;U\•Ci, 111alJ,rré leur µroùiHiCW)l' acli\'Îlt:, mal,:;rc le rôle tleci,il qu'ils jout·nl en ct·rtai11cs journ,··c,, Jtt! ,ont qu'une pub,ance ,ubordonncc, une sorte d'appoiul hi,tori<1ue. Ils i11spircnt parfub au\ po,,cùanb huurgeob une verilalJle lt•rreur : mai:; au funù ib trarnillt•nl pour eu\; ib n'uut pas une cunceptiou de la sociclc raùicalciuenl ùlllerente : le commu-

4 IIISTOIT\E SOCIALISTE nisme de Dabeur cl de ses rares disci1iles ne ful qu'une cOn\'ulsion sublime, Je spasme suprême de la cri,e ré\'olulion11airc a,-ui1l l'apaisement du Consulat cl du Premier Empire. ~lème en 1ï03 el 1ï()4 les prolétaires étaient confondu~ dans le Tiers Etal: ils n·a,·aienl ni une claire con,dcnce de classe ni le désir ou la notion d'une autre forme de propriété. lis n'allaient guère au delà de la paune 1i,•11,éede Rvbespierre : une démocratie politiquement svu,·erai11e, mais éco11omiq11emenl stationnaire, faite de pelils propriétaire, parsans cl de pelile bourgeoi-ie artisane. La merveilleuse sè,·e de vie du :;ociali,me, créateur de richesse, de beauté et de joie, n'était point en eu,: au, jours terribles, ils brùlaienl d'une flamme sèche, flamme de colère el d'envie. lis ignoraient la séduction, la puissante doureur d'un idéal nouwau. Pourlanl la société bourgeobe comm,•ncc it peine à s·apaisrr cl à se fher, el déjà la pensée sociali,le s·cssaie. ,\près Babeuf, vvici de 1800 à 18'18, Fourier, Saint-Simon, Proudhon, Louis Diane. Yoici, sous Louis-Philippe, les soulè\'emenls ouvriers de Lyon el de Paris. A peine la Hé\'olulion bourgeoise est-elle dèfinilivemenl victorieuse, les prnlélaire, se dcmanùenl: D'où yienl notre souffrance el quelle Révolution nouvelle faudra-L-il accomplir·> Dans le flol de la Révolution bourgeoise, d'abord bouillonnant et trouble, plus calme mainlenanl el plus clair, ils mirent leur pauvre visage exténué. et ils sonl pris d'épou\'ante .• \lais, avant 1818, malgré la multiplicité de, systèmes socialistes el des révoltes ouvrières, la domination bourgeoise est encore intacte. La bourgeoisie ne croit pas possible que le pouvoir lui écha1ipe el que la propriété se lransrorme. Elle a, ~ous Louis-Philippe, la force de lutter à la fois contre les nobles el les prèlres, et contre les ouvriers. Elle écrase les soulè,·ements légitimi>Les de l'Ouest, comme les révoltes prolétariennes des grandes yilles affamées. Elle croit naïvement, avec l'orgueil de Guizot, qu'elle est l'aboulis,emcnl de l'histoire, qu'elle a des Litres historiques el philosophiques au pouvoir définilir, qu'elle résume J'efîorl séculaire de la France el qu'elle est J'e.,pression sociale de la raison. Les prolétaires de leur côté, malgré les soubre,auls de la misère el de la faim, ne sont pas de, révolutionnaires conscients. lis enlre\'oienl à peine la possibilité d'trn ordre nouveau. C'est surtout dans la classe « intellectuelle • que les « utopies • socialistes recrutent d·abord des adeJlle:;. EL d'ailleurs les systèmes socialistes sont très forlemenl imprégnés ou ùe pensée capitaliste, comme celui de Saint-Simon, ou de pensée petite-bourgeoise, comme celui de Proudhon. Il a fallu la crise révolutionnaire de 1818 pour que la classe ouvrière prll conscience d'ellemêmc, pour qu'elle opéràl, suivant le mol de Proudhon, sa scission définitive ayec les autres éléments sociaux. ELencore la deuxième période, celle qui va de Février 1848 à Mai 1871, du gouvernemeul provisoire à la répression sanglante de la Commune, est-elle trouble el incertaine. Déjà, ii esl vrai, le socialisme s'affirme comme une force

HISTOIRE SOCIALISTE h el comme une idée; Je prolélarial s'affirme comme une clas,e. La Révolution ouvrière se dresse si menaçante conlre l'ordre hourgroi, que les classes diri gcanles coalisent contre elle loules les pub,anc(•, de la bourgeobic cl les propriétaires paysans affolés par le spectre ronge. ~lais il y a r,wore indéci-ion et confusion dans les doctrines socialisles: en 18\8, le communisme de Cabet, le muluellisme de Proudhon, l'étatisme de Louis Blanc se hrurlrnt dése-p,·- · rément, el le moule de pensée où doit prendre forme la furet>ounière r,l inconsistant et inachevé: les théoriciens se disputent le métal en fusion (jlli sort de la fournaise, et pendant qu'ils se querrllenl, la rl-action, conrluile par l'homme de Décembre, brise tous les moules ébauchés et rPfroi,lil le mêlai. Sous la Commune mlime, blanquisles, maf\istes, proudhoniens impriment ;\ la pensée ounière des directions divergentes : nul ne peut 1lii'r qnel itléal socialiste eùt appliqué la Commune victorieuse. En outre, il y a trouble el mélange dans le mouvement mèmc comme dans la pensée. En Hl\8, la Révolution est préparée par la (lémocratir radicale des petits bourgeois autant et plus peul-être que par le sociali,me ouvrier, et au, journées de Juin la démocratie bourgeoise couche sur Ir payé ardent de Paris les prolétaires. En 1871 aussi, c·cst d'un ,oulhcmcnl de la bourgeoisie commerçante irritée par la loi des échéances cl par la durrlé des hobereaux de Versailles, c'est aussi de re.xaspéralion patriotique et de, défiances républicaines de Paris que le mou l'emcn t de la Commune est sorti. Le prolétariat socialiste n'a pas lardé à mellre sa marque révolutionnaire sur cette confusion el ~larx a eu raison de dire, en ce s,'ns, dans sa forte et systématique élude sur la Commune que, par elle, la clas;e ouvrière a pour la première lois pris possession du pouvoir. C'est un fait nom·eau et rrune incalculable portée; mais le prolétariat a profité d'une sorte de ,urprise; il élail, dan, la capitale isolée el surexcitée, la force la mieux organisée et la plus ai~uë; mais il n'était pas encore en étal d'entrainer el d'as,imiler la France; celle-ci appartenait aux prêtres, aux grands propriétaires fonciers et (1 la bourgeobie ùont ~I. Thiers était le cher. La Commune a été comme une pointe rougie au feu, qui se brise contre un gros bloc réfractaire. ~lais de 18'.8 à 1871, le progrès prolétarien est immense. En 18i8 la participation du prolétariat au pouvoir est presque fictive: Louis Blanc et l'ouvrier Albert sont paraly;és au gouvernement provisoire ; et une bourgeoisie perfide organise contre eux la tricherie des ateliers nationaux. Les socialistes discutent platoniquemcnl au Luxembourg, ils abdiquent et se résignent à n'être qu'une impuissante Académie. N'ayant pas la force d'agir, ils dissertent. Puis, quand la classe ouvrière trompée se soulève en Juin, elle est écrasée avant d'avoir pu une minule loucher au pouvoir. En 1871 les fils des combattants de Juin ont tenu le pouvoir; ils l'ont exercé; ils n'ont pas été l'émeute, ils ont él6 la Révolution. Les prolétaires ainsi haussés au gouvernement ont pu en être précipités; Ils n'en ont pas moins donné aux nouvelles générations ouvrière~ un haut

0 IIIS'l'ùll\E SOCIALISTE signal d ,•-pi-rance (JUi a été comprb. La Commune clôt la seconde période où le :,ociali,111,•,affirme con11nr uJW forer de premier ordre, confuse encore rt cornubh r. mab c·e:st birn elle, nu--:-i, c·e5l bien la Commune qui a rendu po:-<lil1• la 11l"riodt! noUVl'lle.relie où nuu:--!-Ommestous engagéset où le '."-Oriali•111cprocvd,• mélhodiqt11•111Pnl il l'orga11isalion totale de la classt ounii•re, ', la fOnquèle murale des pa~:,;ansra:-::;uré~a,u r~illicrncnl ùc la bourc-Poi:-,ieinlPllcducllc désl"nclrnnléc du pouvoir bourgeois, et à la pri,e de po•,e-,ion complNc du pournir pour dt', formes nouvelles de propriété el dï,Iéal. ~lainlcnanl lu confusion n·c,t plus à craindre. li l' a dans la cla,s,• 011nièrc cl le parti snciali•lc unité rie pensé,•. ~lalgré les chocs des g1·011pe, el les ri\·alilé, rnperfiridl,•:,, 10111,.,Ir, fore,·• prnlélariennes sont unie-, au fond, par une 111,'medol"\r,nc t•l p ,ur u1w mème action. Si demain !,· pro!, - ta rial ,t·mparail du poli\ oir tout e11lirr, il rn pourrait <l"emblée faire un u•a!.\"cdélini el décisif. li ~ a11rail il co11p ,ùr dr, ronOils de tendances. 1,,., un:, YOudraic:nftortifièret pon:--,,r an plu::-}1aut l'at'lion C(•nlralcdf' la ru111munaulé, les aulrt\::- Yout!raicnl t::--:'Urt•r au, group,.. ~ locau'\ rie trayaill,·urs la 1,lu~ lm·gl\ aulonomi1\ p<1:-~ibl1•. PoUi.'rl•gkr le:'! rnpport, nouv("au, cl1• la nation, de:--Fl'dt•ration~ pïofe~:;ionnelh:--.d.,rs commurn.~5, dr"i.groupes lor1un, dl'• indiYi,lu•, pour fond"r à la foi; la parfait,, lihert(, in,livitluclle cl la solidarité sociale, lJOUrdu11111fo•rrme j11rillicJUal\u, innornhrahles combi11abon~ de la propriété ,.,cfal<• et de !"action des indiviilu•, un immense etforl de pensec sera né<~e~:-aire;t dans Ct·llecomple,ité il y aura des rlé:-arcor1.ls.\Jab, malgré tout, c·e,L un commun e-pril qui meut aujour<lïrni !,•;;rnriali,; ·,. Ir, 1,rolt·t· 1 i11·~; le S-üriali,nw n·P~l plu..:d. bpPr~é rn :-f'ct,•s hn'.'-lilcsel impui:--:-anl<•s. Il e•l de plus en plu• un,' grall(le unité ,i,ante el qui 111!1ltiplie,,·s 1,ri~cs :;ur la ,ie. c·c:-l dt~lui mai11ll 1 nanl que toutes les grandPs forc,·s hurn;:Iinc~.le tra,t.lil, la P"n... {•1•, la ~riPn<'(\ l'art. la r11lig-io11 nt•nlf\ entendue co111mela prise de po,-1•,-ion de runinr, par !"humanité, allendenl leur rrnouvellemenl el 11'11•1"'•Or. Cornmrnt, à Ira ver:; qucll,., c1bes, par quels rlforb ùes homnws et qu,•lle é\'Olulion des chos,·, le prolétariat a-L-il gran!li ju:l<Jtt"au r&le di·d,if ,1uïl ,a jouer demain? c·e~l ce qu,~nou:, tons, milila11t~ ~ociali-..te~, non~ 11011~ proposons dP, raconter. :Sou;; ,arnns qne les coud ilions économiqtw,, la fnr111~ùt> la proùuction el ùe la propriélé rnnl le fond mè1111ù•e l"histoire. 0·' 1111'11w que pour la plupart des individus humain, l'rs,enliel de la ,ie, c'c,t le nH'lier, de mi·me que le mélil'r, qui c•l la fonne économique de racthilé indhiduelle, délerrnine le plu, sou,ent les habitudes, les pen,ées. les donl,•ur,, l,•:; joies, les rè,·e, même des homrnes, d" mème, à cha,1uc période de lï,bloire, la structure éconorniquc de la Sodété détermine les formes 11oliliq11e.sle, s mœurs ;-ociale,, et même la direction générale de la pensée. Aussi nou, awli( 1uerons~ nous·, à chaque époque de ce récit, à déco11vrir les f011demenls écouomiques de la 1ie humaine. Nous lâcherons de sui He le mom·ement de la propl'iélé, et'

IIISTOlllE SOCf.\ LISTE 7 J'éynlulion n1ê1ne de la ledrnique in,Ju,tri,·11,. el a;,ricolu. El, :t ::,and, tl'ilib, comme il con\"icnl dans un lahlrau fnrr(•nu•nl ".-i')(l)1nairf', nou-- 11arqu~ro11:-.. lïnlluence de l'élal économique sur lr•s ""nwri,1•1111 nts, les lillcratur,•,, les :-pt/>m,•-. 1lais nous n'oublions pas, )lar, lui-n hn,· lrnp ,nuYCul rap,·ti,-é par cl('..; i11terprNr~élrnil..;, n'a jctmai!';ouhlit'\ 11111• c·e-.t :-ur tlt•-. ho111n1es 11u'agi~.;.1•nlle:--forrr•:-é. conomiqn,·~- Or Ir:--hmnme-. 011 1111d(•ypr,\f:, pr0,ligiri1H" de pa--ions et dïclèe~; el la complication pre-que rnlinie ,1,. la yj,. lrnmain<' rn•se lai~... P pa..;réduire brutalf'mcnt. méraniqtH'lllf'lll,ü unt• fnrr1111J, 1 ûco11omique. De plu,, hien que l'homme vive aYanl t•,ul de J'humanit,', hi,.n 11uïl ,uhi,-e smtoul lïnflucnre enveloppante et ronlinue ùu milieu ,-,cial, il vil ans"i. par lrs ~rn, el par l'e~pril, dans un mili1!11 plu-; ,-:blP. <Jnie..:tl'univcr..; mènw. Sans doute, la lumière m,'me de, étoiles les plu, loi11tai11,,, d 1,,, plu, étrangères au ~y;;;,lènwhumain n'én•ille, dan~ l'imadnalion dn priNP, qu,\ d,•-. rèYe:<conformes à la ,rn-ihilité géni·rale de ,on trmp, rt au ,ecrl'l profo,"I ùe la, ic ,ocialc, comme c'est de l'humidité cachée cle la l•'rre que 1,, rayo11cl,• lune forme le brouillard ll1ger qui fiuttP sur la orairir. En cr "'n-. m,•me lt'; vibrations stellaires, si hautes el •i indifTérPnles <Ju'ell,•sparais-.·nl, sont harn1oni:--ét\s el appropriées par le ~~-sl+'mi' ~ocial el par les forcP"' Cc,111omif1ue~ qui le cléterminrnt. Gœlhc, entranl un jour clan, une manufacture, ful prb cle décoùt pour ses vèlenwnts qui e,igPaiPul nn -i formidahle appareil cle pNclurtion. El 1,ourlanl. ,ans cc premi,'r e-,or in<lu-triel de la hour:.r,•oi-i,' all,•- mande, le vieux monde germanique, somnolent el morc,·lé, n·aurail pu ni éprouver ni comprèndre ces magniO'jur; impaticnres ,1,, Yi,, qui funl éclater l'ilmf•ch')Fau-..t. ~!ab qul'i que soil le rapport de l'âme humain,•, en sPs rè\"es mênw le:; p!u::;audac-icu, ou Ir" plu..; --ublil~, avec le syslt'me économiqw~ Pt social, elle va au delà du milieu humain, clans l'immrn,e milieu cosmique. ~~l le contacl de l'uni,·er, fail vibrer en elle ùes fore,., mystérirn,,., t•l profond,•,, forces ck l'éternelle vie mou\'anlc• qui précéda les ,oriel<',, humaines <'l qui les dépa,,em. Donc aulanl il serait vain Pl faux de nier lu dépenclanc,, ,1,, la pensée el du rêH m,'mr il l\•ganl du sy-t•'me économique el des forme, précises de la production, autanl il serait puéril et gros-ier cl'e.,pliquer sommairement le mouveruenl de la pe1H e humaine par la seule évolution des fnrmi·s économiques. Très souvent l'espril de l'homme s'appuie sur le ,y,tème social pour le dépasser el lui résister; cnlre J'e,pril individuel el le pouvoir sùcial il y a ainsi loul à la fois solidarilé el conflil. c·e,l le système de; oalions el des monarchies modernes, à demi émancipée, de l'liglise, qui a permis la libre science des Kepler el des Galilée; mais une fois en posse-,ion de la vérilé, l'c,- pril ne relève plus ni du prince, ni de la société, ni de l'humanité; c'esl la vérilé elle-mème, a\'ec son ordonnunce et son enchalnemcnl, qui devient, si

111::,TOl!lE SOCIALISTE J•· pub dire, le milièU irumétlial ile l'esprit, et bien que KPpl,-r el Galilée aient appu~C leur~ oh:-t•n-;,1tiun::; cl l1 1 1ir:--tra\'au, d'astronome:., au, fond,•nu•nls de J"I:lal modn111• 1 il, IH'r,·lP,o.tit 1nl plu,, apr~s leurs ol>:-cn·ation"' ou leur::;calculs, , 1 ,e d'eu,-n,.'me, el d,• l'unh·cr,. Le monde social où il, a,aicnl pris leur Ji 111l tl'appui t•l h·ur t•lan :,·ou Y rail, cl leur pt•n:.,ét' Ill' conuai-.:--ailplus d'aulrc:, I, b que Ill:-, lui, m,'>nw::, cle lïrnmt•n...ilé ::iclérale. li nou, pl.lira. à l1,,,~rs l'éYolulion à ùemi mécanique de, fu1111t·, éconon,i,1uès et ,oria!t-,, d,• lahc ,,·nlir toujours celle haute ùi3nilè ùe l'e-plil lilm•, alfranchi ùc l'humanité elle-m,'rn,• par l'élernPl uniler:;. l.h plu, inlran,i- ..:1•;111b de~ th, >ri1·irn... manhk-- ne ::aurait•nl uuus lè rt.'(U-<11•h,·r. )lar,. Pn utH.·pl1gc allmir.tble, a déclaré que ju:--quïci ks ::ociéll'"'l1unhlÎJ1t•s 11·a,ai1•11l ,•IL' ~ouvcrn(·t'' qw• par la falalill', µar l'av1'U1!:le muuYPIIH'Ul. des ron11,·s Cco~ nomi11ues; k:-. inslitulion,, 1.,.. hJt:-e... n'ont pa, dC l'œu, n• cnn,ci{ nle de lï1u111me librt~, mab lt> I"Cf1Pt de lïncun--i'it•nle Yic ~ociulc tians le Cf.'fYt!au humain. Xous ne ::-0111111c-:- ,·11con 1 • '."dun \Jan, que <lans la prchi~loire. L11i:-- luirc humain,· n,· co111n11•ncera\l'l'ilahl,·mt'nl que !or-que l'hunun~, èdw1•1.i;111l ••nlln à la l~ra1111it1 d1•:-,, force, 1w·un... 1•i,·ntc:-. 1 guuYcrncta 1,ar !-a lah-011 1•l :,a ,vJ,,nté la proùuclion l'lle-m,·1111· .. \!or,, -on e,pril ne subira plu, le de-puti--rncdes fonnc~ ëcunomiqut:--, ..:t•:tt:' t>l diri:;l:c:-.par lui, cl c·c,t d'un rc..r,1nJ lihrc el immétlial <Juïl conlcnq,l,•ra l'u11hers. ~l.1n enlrcyoil ùonc unè periotl,• de plo'iue lilJ,•rlè inldkeiul'IIC où la pcn,éc humaine, n'étant J)IUs déformée par les ,cn·itmk, éco11,m1i11w·-,ne ùéfonnPra p,b le 1110111!1•. )lab à ruup ,ùr )J;ir, ne t011l,•,le pas que ùéjit, dnus le, ténèbr,•s ùc la pcriode in- <·011..J'it•11lc, dt' haub C:-i{ll'ib~e ~ui,·nt ël,•,·és à la liberlC; par PU\ l'humanité ~t• prt'parc cl :--·i.lnno1wc. ·e~t à nvu, ù,__. r•·cu•·illir t•c:,, premit'•rl!~manir~:--lalions de la , ie de re::-pril: t:llf•s nou~ pernH'lll 1 nl de pre..;,entirla gra11ùcvie ar- ,J,•nlc cl lili,·c de lïiurnanilè co111munbl1• qui, affranchie de loul scr\'a;.;,•, ,appropril'ra !'uni\ cr, par la -cicni:~, !action el lt• r,\\e. c·c,l commt• le p1c111i<:rf isson qui darh la fo1èl humaine némeut t•ncore que quelqu,•s fcuill,•s mais qui annonce Je:; graud, ,ourni•s prurhain, el les ,a,le, ébranlc11wnb . .\u,,i ntJlrc inlt'rprélalion de l'hi-loire ,era-t-elle à la fois malériali,le ,,w,· ~larx cl 111i-li1111<' anc )lio'h,•kl. c·e,t hicn la vie écono111i,1uequi a élé le font! cl le rc-sorl de l'hbloirc humaine, mais à tra\'er:; la ,uccc:;- ,ion ùes formes sociale,, l"ho111111t•, forrc peu-ante, a-pire à la pleine vie ùe la pen-èe, à la communion ardènl<' ù,• l't!-J)ril inquiet, a,iùe d'umté, cl du mi,- tèricnx uni\crs. Le grantl mi-tique ù'.\lc,anùric ùisail: « Les hautes rngucs de la mer ont ,oult!\ é ma bar<JUt'el j'ai pu YOir le soleil levanl à lïnslanl même où il ,,,rtait ùe, Ilot, . ., Dt• mêm,•, les ,·aslrs flots montants ùe la Révolution écorwmique :,Oulè,·eronl la harquc humaine pour que l'homme, pauvre pèeheur la"é ù'u11 long lra, ail nocturne, ,a lue ùe plus haut la première JJointe d'aurore, la pr,•rnière lueur ùe re,pril granùissanl qui va se lever sur JlOUS,

HISTOIRE SOCIALISTE 0 El nous ne dédaigneron, pas non plu,, mali;ré notre interprétation économique de~ grands phénomènes humain,, la ,aI,•ur morale de l'histoire. C!'rtes, nous savons que les beau, mot, <le lil,erté ,·t cl'lrnmanité ont trop souwnt couvert, depuis un siècle, un ré<dme ù'e.,µloitatiun et d oppr,.,,ion. La Hèvolution françabe a proclamé les Uroits de I'ho11111w,mai, I,•, cla,,r, pos- ,édantcs ont compris sous ce mol les droits de la liourgrùbie et du caµilal. Elles ont proclamé que le, hommes ,··Laient libre, 1111a11l1els po,,, ..d,int, n·arnienl sur les non-possédants d'autre moyen de dominal!•rn que la propriNé elle-même, mai:; la propriété c'est la for,:e souveraine, qui dispo,e cl,• toutes les autres. Le fond de la société bourgeoise est donc un mon,trueu, boï,me } de classe compliqué d'hypocrisie. \lais il y a eu d,•:; heures où la llérnlution nabsante confondait avec l'intérêt de la llourgeoisie révolutionnaire lïntér,'L de l'humanité, et un enthousiasme humain uaiment admirahle a plu, d'une fois empli les cœur:;. De même dans l!':Sinnombrable:; cun0ih 1lél'hal11é,p:ir l'anarchie llou1·0:eoise,ùans les lulles ùes partis el des cla,,e,, on Labondé Ir, c,emple:; de fierté, de Yaillance cl de courage. ;-.;ous,alu!'rons toujour, a\·ec un égal respect, les héros de la volonté, el nou, élernnt au-rle,sus de, nu'•II'·!', sanglantes, nous glorifierons à la fois les républicains bourgeoi,s proscrit:; en 18',1 par le coup d'Etat triomphant et les admirables combattants prolétarieni lomhés en juin 1848. Mais qui nous en voudra d'être surtout allentifs au, vertu, militante, de ce prolétariat accablé qui depuis un siècle a si souyenl donné sa vie pour un idéal ~ncore ohscur? Ce n'est pas seulement par la force cles cho,es que s·arcomplira la Révolution SociaJA: c'est par la force des homme,, par l'énrrc;ie dt~s con,rirnrP:oe-t ctr~ volonté:-.. L'hbloire ne di~prn,rrajamab le::h..ommes de la vaillance el dt' la noblesse individuelles. El le nh,•au moral de la socirto! communi:;te cle demain ;rra marqué par la hauteur morale 11e, con-cience, individueu,,,. ,Ian, la clas,e militante d'aujourd'hui. Proposer en e,emple tou, le,s comI,attant, héroïque,, qui depui, un ~iècle ont eu la pa,,ion de lïfü•e el le sublim1· mépris de la mort, c'est. donc faire œuYre rérnlulionnair,•. :'iou; ne sourions pas des homme,; de la llérnlution qui lisaient l<'s Vies de Plutar• que; à coup sû.r les beau, élans d'énergie intérieure qu'ils suscitaient ainsi en eux changeaient. peu de chose à la marche de, hénement,. )lai, du moin,. il:; re,taient dehout clan:; la tempi'te, ils ne montraient pas. sous l'éclair des grands orages, de, figures décompo,t'e, par la peur. El si la pa,,ion 1Ie l,t gloiri• animait en eu, la pa"ion de la liberté. ou le conrai:e du comllat, nul n·osera leur en faire grief. Ainsi non, es;aieron, dans celle histoire sociali,tc• qui va rie la llévoluliou ' hotirgeoise il la 1,ériode préparatoire de la llévolulion prolétarienne, de ne rien retrancher de ce qui fait la vie humaine. :-Ions tàcberon, de comprendrt el de traduire l'évolution économique fondamentale qui i:ouyerne les sociétés. l'ardente aspiration de l'esprit ver, la v,'rilé totale. el la nohJ,. ,•,altation d~ LlY, 2, - UbTOiRE SOCJi\LISTE,

10 HISTOIRE SOCIALISTE la conscience individuelle défiant la souffrance, la tyrannie cl la mort. C'est en pou,,ant à bout le mouvement économique que le prolétariat s'affranchira cl deviendra J'lwmanilé. li faut donc quïl prenne une conscience nelle, dans J'hi,loire, el du mou,·ement économique et de la <:rancl<'urhumaine. Au risque de surprendre un moment nos lecteurs par le di,parate de ces grands uoms, c·e,t sous la triple in-piralion de )larx, de )lichelf'l t'l de Plutarc1ue que nous voudrions écrire cette modeste histoire, où chacun de, militants qui y collabor,•nl me lra sa nuance de pen,ée, où tous mettront la m,'me doctrine essenlitll~ el la même foi. I

Il 1 'i I'" 1 J; L 'i 11 f: 1 \ LI .._T 1· Fondaztone Alfred U ~lfl Btblioteca Gino Bianco

LA CONSTITUA~TE CAUSES DE L.\ BÉ\'OLLTIO:\' Sous l'ancien ré!:'ime, la nation était domirlt•e par les nobl,•,, l'É.c:li-e et le roi. Les nobles avaient perdu peu à peu par le dé, eloppenwnl rle la monarchie françabe leur pub~ance du rno) en-âge; ib n 'l•laicnl plu~dP qua::;i- svuvt•rains, et les plus hauts d'entre eu,, jad:s ,·a,sau, rehelle,-, n'/•laiPnt que les pre-- nriers des cour-tbans. ~lais ils jouissaient encore ùe privih·,.:e, très élevcs. Bien que singulièrement réduite et refoulée par la ju,tic,. rople, la justice seigneuriale sub,blait encore: les juc:es des grand, llefs arnknt l'té dl-po,,édcs les premiers au profit ùcs jngP:, ruyatn; mais dans les petit:, fir.f:;, dan, 1,•s petits domaines nobles, les juges :,cigneuriau, rendaient l'nrore la justice. Il e,t n;ii <Jueùans les eau,,·, qui n 'intéres,aient pas dirt·ctenwnt les droits féoclam ,b ,e bornaient à faire les premièrt', information~ et à con,tatrr lPs délits. ~lais cela ménw était important. D'ailleurs, ils ju~1•aienl au fond dans toutes les causes inlères,ant les ùroits lcc,ùau,, et c,·u,--ci ètail'nt ,i varies, ,i cumple,es, ils tenaient par tant ùe petites racines à tout le sistèmP de la propriéte et des échanges que le juge seigneurial avait en ri'alitè un pouvoir très étrndu. Qu'on se figure les juge, de pai\ d'aujourd'hui ayant, clan, rt•rlain,·s cati·gories de litiges, le, attributions de nos tribunaux de première instance rt on aura une iclt-e sen,ihle111ent e~acte de cc qu'étaient à la veille de la !\évolution les juges seigneuriaux. L'humble vie rurale, avec ses inciùenb quotiùiens, ses menus et irritants conflits, était presque tout enti,•r-e ,ous leur dèpenùance et par ,uite sc,us la di·penùance des :-cign,·urs qui les nommaient. CeU\•Ci prononçai<'rit donc en toute ~011vcrai11t1sluér les litig-es féùdau, où eu,-mt·mP~ élait~nLinlt'·re-;sés:cl c 6t gra,·e a celte souveraineté ùe Justice {]lit' les 1101,lc,u11tpu, surtout tians le uernier tiers du x,·m• siècle dt'puuiller les habitant,; des rnmpagne, ùes biens des " communautés •• de ce que nous appelons aujourd'hui les Iliens eolnmunaux. On voit par là combien la monarchie français~ amit été (•goï-le et imprévùyante. Elle avait dépo,,éùé les nobles de leurs grande:; justices : elle avait abattu les hautes juridictions fcodales qui s'oppo,-aient au, progrès du poU1oir royal, et en cela elle avait sen·i lïnlérét général dé la nation autant que sun propre intérêt : mais elle n·avait sup!Jrimè la ju-ticc seigneuriale qu·en haut, où elle gênait le pouvoir royal: elle l'avait laissée subsister tout en bas, au ras du sol, la où die opprimait et étouffait la vie rurale. La monarchie, en refoulant la justice ft<odale, avait songe à se défendre el à s'agrandir; elle n'mail pas ,ongé à défendre le pai,au el celui-ci, sous

i4 HISTOIRE SOCIALISTE l'étreinte immédiate de la justice srîgneuri~tlrlanguh~sailcomme une moisson paune sous les nœuùs multipliés d'une plante vorace. C'rst la main de la Rérolulion qui arrachera les dernières racines de la ju;Lice féodale. Les nobles jouissaient en outre du plus précieux privilrge en matière d'impôt : ils ne payaient pas la taille, impôt direct qui frappait la terre, ou du moins ils n'en payaient qu'une partie, la taille d'exploitation qui pesait c11 réalilé sur leurs fermiers, el la capilalion les frappait à peine. L'impôt n'était pas seulement une charge; il était considéré comme un signe de roture et tous les nobles, tous les anoblis, mettaient leur orgueil it ne pas payer. lis étaient soumis ,1 un seul impôt, l'impôt du vingtième sur le revenu qui s'appliquait à tous les sujets du roi sans distinction. ~lais on sait par les témoignages les plus précis que les grands nobles el les princes du sang éludaient en fail cet impôt sur le rcYenu par des déclarations menteuses qu'aucun collecteur d'impôt ni aucun contrôleur généra: des finances n·osüit contester. Ainsi, l'Église étant exemptée aussi, c'est sur le peuple des campagnes, c'est sur les petits propriétaires pay,ans, c'est sur les bourgeob non anoblis, c·est sur les fermiers petits et grands, c·esl rnr les métayers obligés, au témoignage d'Arthur Young, de pa) er pour le compte du propriétaire ou la moitié ou sou\'cnl le tout de Iïmpôl, que pesait toute la fiscalité royale, plus lourde tous les jours. Enfin les nohles, dominant le paysm1 par la justice seigneuriale, l'exploitant par l ·ur pri,ilt•ge fiscal, l'assujetlissüient el le ruinaient encore par d'innombrables droits féodaux. Düns le système féodal, les terres des n<>bles, les terres possédées à fief ne pouYaienl être vendues ü de non nobles. Elk!s ne pouvaient élre aliénées. Quand les seignems, pour peupler la contrée dominée el protégée par eux, ou pour développer la cultu:·e, cédaient des terres à des roturiers, ils gardaient sur ces terres mêmes leur droit ùe suzeraineté et de propriété. Le cessionnaire n'était pas propriétaire du sol; il Je tenait à cens: il él,1it obligé de payer au seigneur tous les ans, une rente fixe el perpétuelle, dont jümais il ne pouyail s'~fTranchir. Ou s'il la cédait à son tour, c'est le nouyeau tenancier, accepté par le seigneur, qui devait payer le cens. Ainsi le cens étüit à la fois un revenu permanent, éternel pour le seigneur el un signe toujours rcnou1·clé ùe sa propriété inaliénable. Cette rente perpétuelle était indivisible; la terre ainsi cédée ne pouvait être morcelée. te vius cette rente était imprescriptible. ~·lême si pendant vingt, trente, cinquante ans ou pendant des siècles, elle n'avait pas été payée, le seigneur élilil toujours en droit de la réclamer et de réclamer tout !'arrérage. Ainsi, beaucoup de cultivateurs, beaucoup de trarnilleurs du sol ne pouvaient arriver à la pleine propriété el à la pleine indépendance. Le droit féodül pesüit sur.leur terre comme l'ombre d'un nuage immobile el éternel qu'aucun vent jumais ne balaie. OuJ plutôt, c'est le vent de la Révolution qui balaiera le nuage.

UISTOII\E SOCIALISTE 1;; )lais il s'en faut que Ir rrns fùt la S('u]r,ma11if1•,tation du droil fcorlal. En principe, les censitaires ne détiennent la terre 'JUP par la permission du seiµ-neur el aux conditions fi,écs par lui. )li•mr J.,, hahitants de, Yillages que jadis le ,eigneur 1>rotégeacontre le, incursion,!],•, pillarcb ('[les, iolencc, de::;hommes d'urme:5s:onl ~uppo.::ésrrùc\"ahlt'~au ~Pigrn·ur d<' !Pur .... (·cu1itl•, d•• knr e,istencr, c!e leur activité, el le nohlc• pr,010,,· 1111li(•11i•ficscur pr<'squr tout(':; leur:; actions: il met --ur toute leur YiP "'il m;,11·,1wd~e ~uzrrninrt(·. Ainsi il y a une variété ,•,traordinaire de droits ft-nctau,. Ilien ,•nt,·111lu, ih ne pèsent pas tous :sur les 111êmc•tsrrrcs : ils son l dh·rr- suivant le, n''!ion:;, mais très souvent plusieurs d'entre eux se réuni--cnt pour accabler les m,'nH•s hommes. Outre le cens, il y a le droit de lods et vente,, qui r-t pa,l 1 par la terre cen~ive toutes les fois qu'elle change de main. Ce droit. qui 1i'élail point pa,,; dans le )lidi, mais seulement dans les pays coutumiers, est l'équirnl,•nt (!,, notre droil actuel de mutation. Seul!•ment, comme l"observe Boiteau, Ir droit de mutation est perçu aujourd'hui par l'État au profil de l'État. Sous l'ancien ri·gimc, il élail 1wrçu sur toute une calégorie de terres, les terres censi,·e,, 1•ar le, seigneurs el pour les seigneur;. Bailly, dont lrs calculs semblent il e,l nai assez incertains, évalue it 36 millions le produit annuel que les noble, retiraient ries lods el ventes. li). a le droit de tcrra,:re ou champart {campi pars, porlion du champ). C'csl une portion des fruits clue au seigneur par la terre cc11si,·r. Tandis qth' le cens ètail une rl'deYancc fi,e el sou,·enl en arµ-ent, le cha111parl était une redern11re en nalure el proportionnée ü la récolte. c,,u,• proportion c\"ailleurs était variable suil·,rnt lc's ,·,•~ions : elle att,·ignail parfois un cinquième de la récolte, et n'etail jamais moindre 11111111 vi11;:tiè111e.Quand le champart était pré!e,érnr la rerullt' cks a1hre, fruiti,·r,. il ':-'appt-laila parcit~re; quand il était prélrn~ ,ur la viµ-1w, il ~·aprwlt!it J,, cari,ot. Pas une des productions de la terre {-auf ,elle, <Jui n'étai,,nt point connues, comme les pommes de terre, il l'époque où les ro11trnts féuctau, lu1T11l rédigés) n"éclu,ppail aux prises des seigneurs. De plu-, les habitants des ca111pagnes étaient assujellis au, plus onéreuses servitudes. Ils étaient tenus il des corvées personnelles, soul'enl humiliantes. lb u, pouvaient, en bien des points, s'affranchir des hanalilés seiu:1wuriale,. LP noble était propriétaire du moulin, du four, du pressoir, du taureau pour ,aillir !rs géni:<,es, el lPSpay,ans étaient obligé,, moyennant redevance, d i n•courir. Le seigneur vendangeait le premier; c'est après lui et a\"Cc :'a permi-,ion que les paysans vendangeaient les vignes de leurs terres censives. Le seigneur en vendangeant le premier, se protégeait contre le grappillac:r cl la maraude qui sévi,senl d'autant plus sur le Yignoble que la vendange est plus avancée. De plus, et surtout, il s'assurait ainsi, hors de toute concurrence et à moindres frais, les vendangeurs el vendangeuses.

I ... 111$TOIIIE SOCI.\LISTE .\in-i. rn,lirecl,•111,•111.il 1lbp()-ail ùe la main-,rœune libre. Le:, manouvrier~. le:--t-alariés dt'Scampaµrn'~,l1•-., :--11nplr..; journali(•rs qui nllcndaicnl i111patiemme11tJ"heur,• de la r,•collr pour e:ae:11<'rqurlqu,•s bonnes journée,, 11,• pournut s·otrrir d"ahord ,1u·a11,d,rnrur. nr pomaienl hau,,er leurs pri<. Et rarlillcc de i"l'xploitali()11fi'•odalr ur pesait pas seulcnwnl,rrr Ir pay,au r1•11~itaire:il attc-i~nail au~--i I,•~ plu'.'< humhJr, prolf'lairr~ ruraux. U1•mème qu,·. par le, ban:--dt•~,·rndan~•·:--.le ~ri!.:m'urpou,·ail réiluirf' au minimum ,p:, frai~ de main-d·œuyre, il pou,ïlil rnc()rl', par la rornbinai"-on du han (le-. Yrll• <la11g1•:--. el du h:.u1Yin 1 nwltr,• au plu~ haut If' pri\ clt' ~a rt'•roll,~. En nrlu du droit de ham iu, Jr ,,,iu:rwur a,·ail ~cul, p<•ndanl un moi- ou quarante jorrr,, le ,lroil d,• nndr<' ,r,n ,i11.. \in-i, 111•nùanl<Jtiaranlr jours, 1•l arr moment oil la rt'rolle dr ranni·c prfr{d,.•nl~ (>[ail le plus souvcul ~pui-é!', J,• "'ie;ueur r,ournil rn'cr à ,nn profil un•' rareté artificicllr. La prétt•rHlur inirénuité patriarral<• ,les féo•lau, rernurail, autant qu'il ()(•pendait d'elle, à toutf', le- rout•rif'S nwrrantilcs, à loul<'s les manœun<', 111011opoleu,t'>rlu capilali-me honr.,roi, d"aujourd'hui. Le droil ri,·, han, de vrndanges el 1<'droit ctr han,·in ,p1i donnrnt au ~Pignrur unP il\a1wr furcét.\ el un monopole temporaire ,nnt l'•·~uivah'nl d'un roup d,• Ilour-e. 1;e,ploitation dr, noh)p, 1·l,1it it la foi, ,·iol,•nle el calrulatrice, hrutale rl finaude. El elle ennloppait loulf' la ,ic rurale ,·omme un r,·,l'au mulliplP f'l pr•~ant. Qu'c,11parcourt• la lble d•·~ 1lroils f(•11dau, 1lrt•,,ée parTorqu1•,illr, elon Yerra que rien n'érhappe. ~ltnw ,ur lt•s lnrr, communalr-, lt•, lruu1w,1u,, ,•n pais routumier, ne peuwnt patlrc ~an, arl]uitter le droit de hlairér, 1,,, ~rii:ru•ur, prét1•111Jrnlqu,, Jp, 1'omm1111,w,ont été 1aùis conc(•fltls par t•u, romm,, le:.,lPrre:,c,1 11--ive~. Jl..;, ~onl I<'"' ◄"Onqw·ranb1 tll toulP vir. tnute arliYill• n·••--t ù leurs reu, 1111'undémemhr,·mcnl 1!r J1•11rconq11, 1l1'. Il n·esl !Ji1' un arlr-di' la, iP rurah• (JUi n'ol11ig-t 1 le:--pay..an'-i à paw•rmw rançon. Je m,1 horne à ,·ilflr ... an, autr,• nmunrntaire le druil d'a,,i:--•' :--urlfl:-- aniniau\ st•rvantau lahoura!!c, Ir droit 11Ps bac5 srigneuriau\ pour pa,... t'I' lt•~ ri\'ièrc,, lt• ,Jroit de l,•i1J,,donl ,ont frappées les marchan11i,Ps sur IPs halle, el marchb, J,, droit fi,, police "'iµ:neurial,• sur Je, petits rlwmins, le droit de p(•rhe da11, Je, ri\'ièrr,, Ir droil de pontonnagP sur les pl'lils cours d'eau, Je droil ùe crt•u-rr dpg fontaines et d'anrt1nager des élan!(, qui ne se peul r\f'r<·1r qu·aYPC 1a permb--ion du ~f'Î%.!ll<'t1r el moyt•nnanl rf'<lt'\'i.UlCC, le droit rlc gar,•nne, le noble ,,•111pom·anl avoir fi,., furet,, le droit de rolombier qui lhrait au, pi,:-,•on• du -,•i!!n<'ur J,, i-:rain du paysan, le droit de fl•u, de fouae:e el rJ,, rh,·min,•,. qui frapp•• ,rune -orle 11'impôl sur la propriété Mtic lout~:, les nrai,011, d11 \'illaµ:t•, J,, droit ile pulvéra!!e ~ur les troupeau, en roule oui de lt1 PrOY<.'rH't) aux mouliu.;nr:-; cl'.\uyrrµrw ou t\ll\ fabrique:; de drap~ du Lan;::u doc, ,oult'nnt la pou-,ii•rr d1•, rhemins, le droil d'étalonnage, de miuai,;e, de st•,térar.w, ,raurra!!e ;ur le, marchés, enfin le plus délesté de tous, le droit e,clu-if ùe cha--,•.

IIJST(IJI\J<: ~llf:I \LISTE 17 ~tir to11lt""' Ir~ l< 1rrr~ qui rt>lr,11Î1·1it i1·,·11, Pt 1111' 1 111'.par la t,·n,·11r qoïl~ ill"'J i1;1i1·111...111 l11111(·,11·, l1•n1•:--,1.. l,t 1, _io11, 1 ._• :".. 1· , ... -.; •11l ,1, J, 'e 1·l ....... ~ ' ~,._,,\o- ,{V l 1'""' ~ ,...,~.,...,. LF TE"fl"S /: \ \·s ,';"!;./ ,{; 1.f!l,x1ehn '/Jl/J• t, ,.,,,,·,/, \ 1. I ib rha~..,·nl :--t•ul,. LP, paysui~ nt1 JH'll\'t'nl ahatt1·1• !,• ~ihit•1· pullulant qui ùc,01·1• ku1:-- rèrollt•:--; ib nt• JH'U\·t 1nl fa11L'11t.•r 11•111·, p111int·'."111u'i1 1'11t•11r,• indiqucc par le ,,.ii:neur t'l <J11a111l !•, 1wr1lri, Ill' n-q111•11Lplu, d,• perir ,1111,la faux. lis soul m,·rnc oùlit-ti•, dt' labS<•r au milku 11<' lt'ur, 1116 dt's r,•r113cs LIV. J. - lll">fOIRP. s1,t;U,Ll..,TI.

18 JTJSTOIIII> SOCIALISTE pour le gihirr. Le rapporleur de la Con,til11anlr (•n1luail it JO millions par :rnnér lr dommage ain~i causé par le srignrurial plaisir clc la chasse aux cul• livateur~. Ainsi sur Ioule force nalurrlle, sm loul ce qui vri::i•le, se meul, respire, Ir clroil féodal a (•lrndu ses pri•es : sur rean drs rivi~rr, poisson,iruses, sur le fru qui rougroie dans Ir lom el c11il Ir pau,·rc pain mt'•lé <famine el d'orgr, sm lr vrnl qui !ail loul'ller les moulins à hlé, sur le vin qui jaillit du pressoir, rnr le gihicr 1sourmand qui rnrl drs lor<'l, ou des hauls herbages pour ravagrr lrs polagers cl IN champs. Lr pays,u1 nr peul faire un pas sur les chemins, franchir l'élroile 1'ivièrc sur 1111 ponl de bois lrrmblanl, achelrr an march(• dn village une aune cle drap ou nnr paire clr sahols sans rcnronlrrr la ffoclalilé rapacr cl La,,uine; cl s'il veul rusPr awc elle ou si~plcmenl se dèlrnclrr conlrc clr nouveaux abus, 1111 autre gibier, crlui cles gens de juslicc altachés au juge sci!(1irurial, clercs impurlenls, huissiers faméliques, altaqnc à brllrs (l('nls cc qui lui reste de recolle et de comage. Comme on de, inr les colères qui s'accumulent! cl comme les paysans doivent /'lrc prNs à un soul/>,,rmcnl presque unanime! li ne leur manque qu'une chose : la confianrr en soi. rrspoir de se lihérrr. ~fais bicnlôl les premiers coups ile tonnerre de la né,·olulion, frappant d'épouvante les hauls pouvoirs dorés qui mainliennenl le privilège, <'Yeilleronl l'espérancr paysanne. Elle secouera le long sommeil séculaire el sr dressera avec un cri lcrriblc, répondant par le farouche éclair de ses yeux aux lueurs d'orage cl de liberté c1uiviennent de Paris. )1ais si la puissance féodale des nohlrs e:;t enwloppanlc el malfaisante, si elle hlessc le paysan en Lous les points de sa vie rl l'irrile là m~mc où rllc ne l'opprime pas, il faul bien se garder de croire qu'elle soil, à la veille de la RéYolulion, la force principale d'oppression. Si lrs nobles n'avaient eu. en Ji89, que ce qui leur reslail dr droit féodal, ils n·auraicnl pas pc,é sur la société lran~aise cl sur le travail agricole d'un poids aussi écrasant. En lait, la féodalité avail élé frappée à morl par la monarchie avant d'être achevée par la Révolution. La noblesse avail dù ahandonncr aux rois presque Loule sa souvrrainrlé. Elle avail dû abandonner aux bourgeois mrichis par l'industrie et le commrrce une part notable de sa propriélé. La pclile cl moyenne noblesse, toute celle qui ne s'élail pas soutenue par les grandes charges, les emplois de cour, les pensions, les s1iéculalions de finance, élait à pru pri's ruinée; entre ses revenus stationnaires el l'cnlralncment croissant de la déprnse, elle ava1L perdu l'équilibre. Le marquis ùc Douillé conslalt, dans ses mémoires que les manufacturiers cl les financiers avaient acquis beaucoup de terres nobles. Les droi1s féodaux vexaient el hurniliairnl les culliYaleurs : ils leur labaic11l hcauwup de mal en entravant leur activité; ils les afOigeaienl en

IIISTOII\E SOCT.\LISTE j() lcnr /\tnnt lr ,l•11linw11tvif ri plci11,1.. la Jnopri..t,·•. )lai, ils 1-;,pporlaii•11al ux nohlP~ hrauroup nwin~ quJls 11C' cotHaient au pa~'.'i. BorH'Prf, darh ,rs luudllPU\ 01n1snlles, rn dl·mo,ür(• aYcC l·Yitlf'rH·rdi\ au:--aYa11l la llt'•volnlinn. Ll' rcns, qui étnit Il' droil Ir pin, d,•r11lul'l !r ]lin, fo111lan11•ntnil',tail Ir,,, ,ouvf'nl modique; C<Jr<•'(•tait unr renlf' fi\f' ~tipult"•r Pit fit•-.; ,iècl,•~ otl l'ar~Prü :1Yail unr haulr ,alrur. Lr llroil cl(• rhamparl qui pri·IPvail unr parl di-L<'rmini·r dr la rrrollc Nait. fa où il sN,·1ulait. plu, ,,11,.r,.11,au pay,an. ~lai, Ir plus lourd ,cmhlr avoir ~t(, cr droit dr lod, rl, ,•111,,,,qui, i1 chaqur mutation, pr{'Jt,,·aitun :-.hièmr-ou un dnquil'mc tlP la Yalpm•,1,, la trrrP. Xou-.,avon-.; di'ji1 <lil (]li!' Bailly r(•valuail à 30 million:<. li c-l rlo1w fort po--iJIIP 'I"" l'rnscmhlc drs droil:< ff·o,Jau, nr d(,pas-,U pas une c1•11lain,•ri,· million,, rl ,ion ~c rapJ)'('llr qu'.\rlhur Young, par dr, ralruls lrès pr(•ri,, fh,• i1 un pru plus dr cinq milliarrl,, c•n iîi'!l, le produit hrut nnnur•I d,• la lrrrr rlr Franr,• rt à Jirè,; dr rku, milliards cl demi Ir produit nrl, cr n'r,t pas 1,, préi<'wmrnl f(•nclal de c,•nl millions, si déleslablP cl archaïque cp1ïl fùl. qui pouvail (•cra'-('rla nation. Sïl n'y a\'ail ru dan:-la ~oci(•té fran,:ai~r clu '\\ïlle 5i~clc rraulrf'virr qur le rrslr f,klwu, d'un sy,L,'me surnnn(·, rllr n'aurait pas ru hrsoin pour se !(u(•rir d,• la méthode rh·olulionnairr. Il rùl él(- farilc par rxrmplr ck procéder à un rarhal graùud rlrs droits fi·odaux rli1 la libération progrc,siYC rlr, pay!->an;;;. Il c,istail déjà dïnnomhrahlr, propriNrs ai:rirolrs, p,rmptr, rlr toul droil frorlal; rt la proprii·lo inrlustrirllr hourgroisr, la proprio'l(· nwhili,'rr. rnmmr l'appcllr r,prr-srmrnl Barna,·r, ,r ron,tit11ail rl rroi,,ail tous lrs jour, en d,•hor, rlc toute pri,r fénclalr. c·r,L rlnnc la plPinr rl ,implr JirOpriété, clé!(agér clr loutr sr•n itudP anci<'nnr et dr Loule rc,triction ou cornplicalion surannée qui cll'\'Pnail le t)'JIC dominnnl, cl, on prut dirr, 1,, type 11ormal rie la propriHc' en France. Cc qui rr,lail dans no, institutions cl nos rnœur, rie féorlalilé n'élail di•jà plus qu·une ~urYi,ance: la C(~ntrali-.alion 1onarchiqur avnil joué à l'(•gnrd clr la puissance frodalc un rôlr ré\'olutionnairc, rl il 1i'étail naimenl pas besoin d'une révolution nouvelle pour arracher 1,•s dernières radicellrs, ,i épuirnntes et gènanlrs qn'rllr, fu,,,•nl, du vieil arhre féorlal clonl Louis XI, Richrlieu, Louis X1'\ a,ai,1 nt lranrhé lrs raci11e~ maîlrrs:-rs. ~tais la noblesse jouail un double relie et ellr élail fune,lc en l'un comme en l'autre. Elle ne se hornail pas à maintenir, dan,; la nouvelle société monarchique, centralisée cl artivc, un clétestnhlc résidu féodal. Elle corrompail el ùélournail du bien public la nouYelle crntrafüation roi ale. Si les rois de France av;iirnt pu agir rn rll'i10rs dr la noblesse el conlre elle, sïls avaient pu Nre simplement les rois de la bourgeoisie et des paysans, s'ils avaient usé de celle Jiherté d'action pour arral'iwr ùr, ca111pagnr, les derniers vestiges de la féodalité cl pour a,,uret· à la bourgeobic industrielle,

20 JIJSTOII\E SOCIALIS1'E rommrrçanlr rt t'(\nti 1 \rr ta ~(•cnrilé dam:. IP tr;1vail,la ~crnpu1<"uscob~crvtttion dt•~ contrat, puhlks rt 11n1' gr.:tion (\<•0110111r rt ~('vl:rc dr~ ,lcnirrs de r Etal, il r,t fMl probable 11ur la Hi"•,olution dr· 178() 1i'rùl poinl êi'laté. (Ju·on ~f' figure Jrs roi-:.{!(\ Francr a11 xn1e rt au xn11e ~ièclrs ayant l'rspriL ,rrronomir de Fr,,,kric t l rt (1,, ,nn p,'rr, la frrnwlé dr Jo,rph Il cl'Autriehc, ,le r.uslaYr clr Su/>d,· i'l du roi ,1,· Porluf(al i'Onlrc les nohlr!\ rl Ir:; moines. Qu·on imnt!'inr notre a11riPn11P111011ar,·hira, vec sa forer ~t'·rulairc rl son prrstigc prP::;qur :--acrt', jouant <l.in:-- la France mo<lrrnP un rôlr modrrnc, clic aurait probahlemcut ronduil notre pa) - jusqu·au ~ruil de la llévolution prolétarienne. Elle ;.crail clrvenuc )11onar('hie capitaliste cl bourgeoise, cl n·aurail di,paru qu'awc la clcrnii're clrs autoriti•s, celle du Capital. .,lais la royauté franç,1i,e n·a pas eu rrlte forer clc conception el de renouvellement: et ~an, doute clic en Nait hi,toriquemenl incapahlc. Elle était trop ,·i,•illr rt trop liée au, antiques pubsanc••s pour saccon,- modcr aux temps nouveau,. Le roi de France élaiL firr d·,,1re Ir premier des noble,, le noble· ,les nobles. JI abatlaiL les tc'li's de:; grands feudataires révoltés, mais il ,n-ail hf,tr. pour sarnurrr rl pent-ôtrc pour légitimer pleinement rn victoi,·e, dl' reformer une cour noble anlour lie lui. La victoire cle la monarchie, si elle eût ahouti ü la di,parilion de la noblesse, etll sen,hlé ;\ no~ rois rn,-mhnN une llfrlH\rnre rl JH'csc1ue un scandalr. N'auraienl~i1~ pth éti"· dr~ pan·,~nth !->'ilsa,,ii,•1ll <li·raciné crt arbrP de nolJlcssc clc,nLle pou,·oir royal avait i"·U·, it l'origine, la plus haute branche? On po11\·ailhie11fa,·orbt'r l'inclu:-lriP b1H1rgrois<1aippeler dans Ir~ ministères dr, commis hourrsrois, mai, ln nohle,,c devail rester non seulement comme un fnsturu, dclcor. mais comn,e un rayonnement de la puissance roy,,lc clle-mè111r. Le Hoi Soleil rnulail 1·éOéd1ir sa gloi,·r "'" nrmoirie, des vieilles familles, et on rk, in~. à hirn <If':; mol~ fif• Lo11i~X\ï 1 q11r Ir roi ~rrrurirr lt1i~ml'rnt 1 con-.:icJérail a $Uppr(•-.:.:iond1•::p:,r;h iU·~r..;, <1,• noliJr...,.c comme tllH' clirninulio11 lie !-Onpropr<' patrimoine :'o:al. l)p plu-.. ln Fr;1nre, en raismt 111t1rès médiocre accueil à la Jlérornw, avail r(''.":-rn6 IC'slien~ clf• sa rno11archic rl de l'Église -eatholiqur. Lrs rois dr F11111rr 11·r1ai,·nt p;1, plus dbpos(•~ à ~r lah-~rrdomrsliqul'r par l'Égli~r fp1r ()ilr les 1101111•,; niais ~k ml·rnc <JIIÏls ~f' pl.ih•aicnl à réperculrr leur édal <1,111, leul' füli•l(• miroi1· de noble,~e. ib sr plaisaient à cmprunler une sortç clc maj,•,té surnaturelle cl de' tit,·c clivin au Dieu donL l'Églisn perpétuait la parolr : livrer la noblrsse cl l'Église aux coups de la bourgeoisie cl ùe la penstlr libre, c·c,ot été, pom 110srois, éteindre toutes les gloires c1ui leur vcnaicn l clc la terre el du ciel. Aussi furent-ils ronùamnés ü une poliliqur incc1'Laine cl contradictoire. D'une part, ils refoulaient le pom oi,· de la nohlcsse cl contenaient le pouYoir de l'Église autant q uïl leur parai:"ail néce~sairc it ln grandeur cl ;\ la liberté du pouvoir royal. D'autre part, ils n'osaient demander ni à la noblesse, ni à

I lll"TIIIHE sor.1 \LISTE 21

IIISTOII\E SOCTALISTE J"l~glisf, lrs sat'rifkcs par IP,gul'ls lrs paysms cl les bourgeois cussc11l été invü1cihlcnw11lallaché::: à 1amonarchie. 11, a,airnl délrnil le système du moyrn âge, cl ils avaient ainsi ouvert les ,oies il loult's les forc,•s de mouvement de la bourgeoisie, de lï11duslric, du commerce el dr la prnséc, mais ils 11epouvêicnl suivre jusqu'au boul ers fon·es de mou,cmcnl libérées il clrmi ou précipitées par eux : cl ils devairnt ~·nttardt\r el périr en ce détestable (< ancirn régime », compromis équî- ,oque de féodalité cl de modernité, où l'esprit de l'l~glise el l'esprit de Volt.aire. la ccnlrnlisalion monarchique cl la dispersion féodale, l'aclivilé capitaliste el la routine corporative se heurt.aient en un chaos d'impuissance. J~, noblesse, pendant deux siècles, a merveilleusement prolllti de celle incohérence, de ces contradictions, pour exploiter il fond l'État moderne el la royauté clic-même. . A"peine vaincue par celle-ci, comme puissance féodale, elle a pris sa revanche en s'allachant à la monarchie centralisée pour en absorber Loule la sève. Pendant toute celle période, la noblesse a rejeté ta sohriélé de vie du régime féodal cl elle n'a pas voulu porter sa part des charges de l'Élal moderne. Elle a conlrib\ié largement il la dépense: elle n'a contribué nullcmcnl à la rccelle. El de ce budget royal qu'elle n'alimentait pas, clic ne parvc11ail jamais à se rassasier. Qu'on parcoure les derniers budgets de l'ancien régime cl on verra la part énorme consommée par les nobles. Les 2:Smillions de la maison du roi servent il entretenir dans les palais royaux la noblesse parasite. Sur les 31 millions deslinés au service des pensions, les princes du sang, les nobles, les créatures des nobles, d'Almaviva cl Figaro absorbent presque loul. Dans les hauls emplois de gouverneur clc province, emplois de pararlc rendus à peu près vains par la puissance des inténdanls, la grande noblesse se fait des traitements de ccnl mille livres. Dans le budget de la guerre les 12.000 ofGciers, tous nobles, coùlenl 46 millions de livres, les 1:i.;.000 soldats ne coùlenl que <14 millions. Plus de la moitié du budget de la gurrre esl ainsi dévorée par la noblesse. Elle détourne vers clic 80 millions au moins sur un budget ordinaire de 400 millions, un cinquième. Et ce qu'il y a peul-être de plus grave, c'est que pour couvrir cc gaspillage el masquer ces scandaleuses faveurs, la monarchie complai~anlc cl exploitée recourt à des artifices de complabililé : le chiflre des pensions est toujou 1-s flottant, inconnu même de la Chambre des Comptes, et sur la lbtc des souscripteurs aux emprunts publics sonlinscrilsdes privilégiés qui n'ont pas versé une seule livrcmaisqui rcrrvronlen guise depension les arrérages d'un prêt fictif. Ainsi la noblesse n'est pas seulement pillarde: elle introduit le désordre el le faux dans le grand Elal moderne qui ne peul fonctionner qu'à force de précision et de loyauté. C'est elle aussi qui est responsable pour une large part des eutralnemenls d'arbitraire el des irrégularités qui vicièrent, sous la Ré-

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