Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

1!4 HISTOIRE SOCIALISTE cours de la Bièvre : tout le quartier Saint-Marcel protesta, el celle protestation, que je relève aux cahiers de Paris extra-muros donne une idée saisissante de la puissance industrielle de ce faubourg. « Quel élail le but de tous les règlements de Colbert? C'était d'écarter les mégissiers, les tanneurs, les teinturiers et autres du centre de la ville de Paris el de leur donner, en même temps, un asile fixe et commode dans un faubourg où, jouissant des privilèges de bourgeois de Paris, ils pusseut faire fleurir des branches de commerce dont on sentait toute l'importance. Pour cela il fallait trouver un local. Ce fut Je faubourg Saint-Marcel qui fut choisi, et la propriété de la rivière de Bièvre, qui leur fut concédée par le gouvernement, avec autorisation la plus ample et la plus étendue pour conserver non seulement les eaux, mais encore pour recueillir toutes celles y affluentes. Les tanneurs, teinturiers et mégissiers, ensuite formés en corps d'intéressés avec trois syndics, pris dans chacune des communautés, ont joui, pendant des siècles, de toute la protection du gouvernement. .. Des dépenses énormes, toujours à la charge des intéressés, ont été la suite de cette autorisation : que u·ont pas coùlé les sources qui arouent à la rivière de Bièvre, pour être recueillies et pour en obtenir le cours qu'elle a aujourd'hui! Que ne coùtent pas annuellement les frais de gardes qui y sont établis, de curages qu'il faut répéter chaque année, pour que le cours de celle rivière ne soit pas obstrué par le limon, que ses eaux savonneuses et marécageuses déposent dans le fond de son Jil! • Toutes ces dépenses ne se comparent pas encore avec les établissements qui existent att faubourg Saint-Mal"cel. Toutes les maisons y sont construites pour les différents commerces. Sans la rivière, tous ces édifices deviennent des corps décharnés el stériles pour leurs propriétaires el pour l'État. T,·ente mille hommes y habitent et y vivent, parce qu'ils y travailleut, y consomment, y payent et font valoir les droits du Roi. L"induslrie s'y per• pélue et s·y régénère sans cesse. • Évidemment, pour ce peuple de rudes travailleurs, vivant dans l'odeur forte des peaux ou essuyant à leur lablier multicolore Jeurs mains bario• lées de teinture, la frêle et coùteuse aristocratie devait être objet de dédain ou de colère. Il y avait, dans l'industrie de la tannerie et de la teinture peu de grands patrons, puisqu'aujourd'hui encore, malgré la concentration capitaliste, le moyen et Je petit patronat se sonl maintenus au bord de la Bièvre et que la tannerie surtout esl encore une industrie peu concentrée. Ces maitres travaillaient donc le plus sou vent avec leurs ouvriers et, tous ensemble, s'élevaient avec la fierté et la rudesse du travail opprimé ou exploité contre le système nobiliaire et monarchique. Surtout la pesante fiscalité royale, alourdie précisément du privilège qui exonérait les nobles, exaspérait lous les producteurs de l'industrie du cuir Depuis 1760 elle portait, avec une impatience croissante, Je droil de marque sur les cuirs.

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