Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOll\E SOCIALISTE dc'(kil {•tant u11m;il dt'jà cm icilli, le Trésor au moi, de mai 1î89 avail d6voré ,r:na11c,·. ,oth fo1111ed'anlicipations, 00 millions des rcccllcs de 1ï00 rl 1î:.! millions à Yaloir ,ur les huil d(•rnicr:; mois de 1789. ~tais, malgré toul, la sitnalion financière en cllc-m~me n'était pas irroparalile. li sum:;ail de d1•manlh r au, deu, ordres prhfü·giés qui Ju,que-là 11cpayaicnl presque rien, un,• contribution annuelle de 80 millions, el d'obtenir du clergo qnïl aliéno.t c11Yiron r,oo millions de ses vastes domaines pour rembourser les anlicipalions cl rendre au 'l'ré,or royal une acli\'ité normale. C't•-t Je plan qrn' di•,; Je, première, , éunions des Etats-Généraux rcrommanclaienl lf'o ultra-modéré;;. c·csl en particulier Ir 1>lanélaboré par ~lalouct cl qu'il ~·épui,ait it faire acccplcr il la fois par le côté droit Cl par les r1•volutionnai1es du ,·<it6gauche. En soi, ce plan n'élail pas impralicahlc. li scmùlait qu'il pût étr1• arrl'plé par lrs privilégiés dont il labsail sub,bler la pri•ponùérance sodale. Quant à la bourgeoisie. le rétablissement de l'équilibre flnancier l(aranli»ail Je, Créancit•rs de l'Elal, Lous les renliers qui possédaient des tilrr, dans lï·normc delle de quatre milliards et demi conl1·,1cléepar la monarchie, contre la hanqucroule totale ou partielle. Si donc le plaa des ullramo,léré~, de ccu, qu·on peul appeler les révolulionnaires co11scrvalcms avail al,outi, c·esl i1 une assez modeste opéralion de finances cl comme à un redressement de comptabilité monarchique que se serait limitée la fié,•olulion. l)'o[t, ienl qu·clle a d'un ,i prodigicu, élan dépassé ce programme étroit'/ D'ot,, irnl 11u·(•llea été c111portéc :,i pui,,ammrnl au delà de la simple question huclgétain' <1u·l'l1earnil d'abord à ré:;ouclrc ·? Yoilit de, Elat,-Gênératl\ convoqués par la monarchie pour ramener l'ordre clans les fina11cc~,cl il ,wmblc, .:t ne regardf'r que les chiffres, qu'un assez mode,Le effort l' suffirait, srn, qu'aucune des bases de la sociélé féodale, nobiliaire, catholique cl monarchique soit ébranlée. l,;l ces mêmes Elals-Générau\ ,onl déchainer un mouYcmcnl presque incalculable et qui éhranlera le monde, ils YOnl entrer en lulle avec la noblesse el le clergé, abaisser d'abord et rrappcr cn-uile la monarchie elle-même, élevn au-dessus des privilèges el des pouYOirsdu passé ralfirmalion glorieuse cl orageusn des droits de l'homme cl du citoyen, ouvrir à la démocralie les grandes roule, de 11tisloirc, assurer la loutcpubsance de la classe bourgeoise cl préparer l'avènement du prolétariat. Quelle disproportion enlre les besoins financiers de la monarchie el le magnifique ébranlement révolutionnaire, el d'où vicnl que d'une crise budgétaire en apparence assez limitée sorte une crise sociale cl humaine aussi grandiose? Commenl la nuée qui n'assombrissait d'abord qu'un pan du ciel a-t-elle grandi soudain et envahi tout l'horizon, foudroyant les monts el les chènes, les hauts , clochers des églises et les tours des châteaux, éveillanl de ses grondements et de ses lueurs les peuples appesantis, el couvrant de ses 6clairs 'mullipliés tout un siècle d'histoire oragell$e? Ce n'est certes pas la résistance stupide des privilégiés qui surfil à e:t-

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