Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

jj() JIISTOlnG SOCIALISTE Ce nr sera pas la rkhe noblesse, la haute noblesse de Cour qui sera en majoritt' dans l'assemblée des nobles: les nobles pauvres cl fiers, les hobereau, aigris. les anciens officiers de peu de forlune el de peu de crédil ferool rn pins d'un point la loi, ou inspireronl au cahier de la noblesse je ne sais quel e•pril de protesta lion el de liberté grondeuse. c·esl le r~snllal dos colères de l'opinion contre la noblesse de cour pensionnér rl avide. C'esl aussi l'c1Telde; rancu ncs de la reine contre l'entourage, ari•tocralique cl princier du comte d'Artois, son ennemi. Si je note ces détails trop minutieux. scmble-l-il, pour une large esquisse sommaire c·esl parce qu'à l'origine des llévolulions bien des faits prennent une importance exceptionnelle: un pli imperceptible à l'intérieur ùu germe se développe en conséquences inallcndues et cerlainemcnl le Tiers-Etal, dans le, premières semaines si critiques de la Révolution, n'aurait pas eu l'appui de la minorilé de la noblesse sans ces particularités de la procédure élecloralc appliquée aux nobles. Bonne leçon aux prolétaires de ne négliger aucun clétail, aucun élémcnl d'aclion, même indirecte et lointaine. Pour le clergé, les chapitres, corps el communautés ecclésiastiques clc"aienl choisir parmi leurs membres un certain nombre de délégués, qui les représenlcraienl à l'assemblée générale. De même les ecclésiastiques ré- ;idanl dans les, illes du bailliage devaient se réunir chez le curé de la paroisse oü ils élaienl domiciliés et procéder là au choi~ de délégués. Donc pour les corps ecclésiastiques et pour celle catégorie des ecclésiastiques urbains, c'est la procédure électorale à deu~ degrés. Au contraire, tous les bénéficiers el tous les ecclésiastiques engagés dans les ordres el ne résidanl pas dans les villes élaienl convoqués, directemcnl el personnellement, à l'assemblée génér;11l'du bailliage. Si l'on se rappelle que tous les curés avaient un bénéfice cl el que beaucoup de vicaires résidaicnl dans les campagnes, on verra que le système électoral qui ne donnait aux chapitres de chanoines qu'un délégué pour dix chanoines el qui ne donnail aul communautés religieuses, aux moines el au~ nonnes, qu'un délégué par communauté, favorisait largcmcnl la plèbe ecclésiastique, les curés el desservants qui avaicnl chacun leur suffrage direct. Ici encore le mouvement d'opinion du siècle, très ,évère pour le moine parasite, très bienveillanl au pauvre curé méprisé des grand; seigneurs d'Eglise, a eu son contre-coup sur la procédure élecloralede lî80 cl parconséqucnl sur la marche première de la Révolution. . Dès maintenant, nous pou,ons pressentir que le clergé, dans la première période de la Révolu lion, ne fera pas bloc et finira môme, sous l'action du clergé inférieur, par se rallier au Tiers-Etat. C'esl à ces dislocations, à ces failles de la classe ennemie que s'annoncenl les grandes commotions sociales:

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