Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

111S'l'OIRE SOCIALISTE vos lois de liberté! si nous ne travaillons pas demain, nous mourrons! • Oui, il ,emble que les prolétaires vont recueillir ces par-oies el les tourner contre la bourgeoisie. ~lais quoi! il ne s'agit pour :'.i:rckerque d'une polémique contre les propriétaires fonciers. Là où l'on avait cru voir quelque lueur de socialisme, il n·y a que la lutte du capitalisme industriel, commercial el financier contre la pui ssai:ce agrarienne . .-\u fon,1, à travers toutes ces déclarations p,eudo-rérnlu tionnaires, ce que l'CUl obtenir :S:rcker, c·eRl que les propriétaires fonciers ne pui!'l'scnl plus librement exporter leur bit'. El pourquoi ~eckcr, en empri-onnanl le blé en France, veut-il en abaisser le pri\? Est-ce pour assorer en eITct à toute la cla,;,c pauvre, une subsiRtance plus aisée el plus de bicn-tltre? C'est surtout, Nerkrr ne le dissimule pas, pour que les industriels c·t manufacturiers frar·çai, n·aient pas leurs frais de maind' œuue surcharges du haut I rh des ! lés. Il fa11laYoir le !1!6 à bon nrarché pour al'oir à bon marché les ouvriers des manufactures. c·e,l cc que dil il J"al'ticle Blé le diclio·.naire clc Savary; c'est le fond ae rœuHC de :'.i:etkPr, el tout cet étalage sentimental, toute celle rél'ollc appal'ente n'a d'autre but que de permettre aux industriels français de lutter sur les marchés étrangers contre les proù uils concurrents, el d"allirer en France IJ,,aucoup de numéraire. li n ·y a là qu·une grande opération d'in - dust1·ie el de banque ,•nveloppée d"humanité. Au dh-huiliètnc siècle, ra;:ricu llure éta'l liure-échangiste, dans l'e•poir de 1endre ses grains plus cher, ,i elle pou, ail les porter à la fois sur les marchés du dehors el sur ceux dn dedans. Lïndu,trie au contraire cl la Danque, en prohibant la sortie des IJ!é, vuu!aienl alJaisscr le coût de la main-d·œuHe ou,-rière, el nous avons vu le philanthrope Réveillon faire imprudemment écho à celle pensée. Plus tard, au temps des luttes de M. Méline el cle M. Léon Say, l'agricu llure sera prolcclionnble, pour Ycndre son blé plu~ cher; et l'industrie sera libre-cchangbte pour l'acheter meilleur marché. Les deux adversaires auront ch,1ng6 de position, mais ce sera la m~me tulle; et n"serail aussi 0 puéril ct·attribuer une valeur socialiste au, propos pe5ants de lleckcr contre les propriétaires fonciers, qu'aux boutade, de li. lléline contre la finance, ou de 11. Léon Say contre le monopole terrien. M. Léon Say ayant dil un jour à M. .\léline: • Le protectiunniswe, c'esl le socialisme des riches"; M. ;\léline piqué répondit : « Le libre-échange, c'est l'anarchisme des millionnaires. » Cela amusait la galerie socialiste. Mais ce n'est pas ce qui mettait en mouvement la classe prolétarienne. De même dans la controverse entre Necker el ra!Jbé Bauùeau, c'!ecker ayant dil aux physiocrates: « Votre liberté économique, c'est la tyrannie du propriétaire " l'abbé Daudeau pouvait répondre el répondit en effet en substance: • Votre attaque à la propriété, c'est le communisme des banquiers. • Où ôtait en tout cela l'aiguillon pour les prolétaires? li est bien vrai que dès le xvUI' siècle, un communisme moderne el mili-

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