Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

86 HISTOIRE SOCI.\I.ISTE Jeurs ouvriers. En vain les OU\'riers fonl-ils appel devant le roi lui-môme de J"édil el clcs décisions prises. Le Parlement de Paris, prenant en main la dNcnse de la bourgeoisie, inlcrvienl à son tour en faveur des mallrcs i,nprimeur~, cl un 6dil roi al clc 1514 accable encore les ouvriers. ~l.tis ceux-ci, a\'ec une force de résistance extraordinaire, se coalisenl, Liennenl des assemblées, fonl « bande commune •, el tcnlcnl de s·opµoser à l'cnregislrcmenl de l'édit. Leur requille colleclive esl d"un bel accent de proleslalion el de douleur. Elle contient bien des revendications • réactionnaires •, car elle demande la limitation élroilc du nombre des apprentis, cl elle insisle pour que les ouvrier,, au lieu d'aller prendre leurs repas hors de la mai~on du maitre, continuent à êlre nourris par lui el chez lui. Les ouvriers auraient enlravé ainsi cl le développemcnl de l'induslrie el leur propre émancipalion. ,\lais en revanche, quelle force, quelle véhémence cl quelle sincérité dans la plainte des compagnons contre le régime d'exploilation sans frein el de travail mal payé auquel ils sonl soumis! c·esl une des premières protestalions où commence à vibrer l'esprit de classe. • Si l'on a jamais, disent-ils, remarqué en aucuns étals el métiers les maîtres el supérieurs lâcher, par infinis moyens, de subjuguer, assujellir el traiter avec Loule rigueur el servitude les compagnons el domestiques de leur vocation, cela a élé pratiqué de loul temps el à présent en !"art d'imprimerie. En laquelle les libraires el imprimeurs {el nolammenl de la ville de Lyon) onl loujours recherché toutes voies obliques el dressé Lous leurs engins, pour opprimer el vilement asservir le, compagnons. • El pourtant ce sont les travailleurs qui ont acquis aux maitres « el leur acquièrent journellement de grandes el hono, abl~s richesses, au prix de leur sueur et industrie merveilleuse, et même plus souvent de leur sang •· Car si les compagnons• peuvent suffire aux fatigues extrêmes de leur étal si violent, ils n'en rapportent en leur vieillesse, chargés de femmes el d'enfants, pour tout loyer el récom1iense, que pauvreté, goulle el autres maladies causées par les travaux incroyables qu'ils ont été contraints d'endurer ... Chacun a pu voir par toute la France el ailleurs plusieurs libraires el mallres imprimeurs parvenir à de grandes richesses et facullés; aussi l'on ne voit que trop d'exemples de pauvres compagnons imprimeurs réduits après une longue servitude en une nécessité calamiteuse et indigne, après avoir consommé leur âge, jeunesse el industrie au dit état. Aux compagnons, il ne reste qu'une vie pénible el comme fièvre conlinue; les librnires, avec un grand repos de corps el d'esprit, douhlent et triplent quelquefois leur argent au bout de l'année. Les compagnons de Paris se plaignent justement d'être sujets à rendre pour tout le jour 2,630 Ceuilles. A plus forte raison, ceux de Lyon ont malière de se douloir el désespérer, élant aslreinls à rendre chaque jour 3,350 feuilles, ce qui surpasse Loule créance. Ainsi, les lypogaaphes lyonnais

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==