112 richrs,e, de pûnséc, d'esprit, si ar,ienle à la fois cl si éblouissante qu'on pourrait presque raconter son histoire en négligeant celle des rois: mais dans ccllP-ardenle vie, Paris ne sï;olail pas de la nalion : il ne se séparait pas de la France. La pensée de ses philosophes, de ses écrivains, de ses économistes, excilail au loin, en chac1uc grande ville manul'aclurière el marchande, la pcn,ée d'une 1Jour0 coisic c,.Lhousiasle cl studieuse. ~!ème des liens nouveaux de Paris à la terre se nouaient. Dans l'entresol où ddibéraicnl Quesnay el ses disciples, la régénération de la vie rurale el de la production agricole étaient passionnémenl étudiées. Les économistes avaient compris que l'agriculture devait êlre lëcondée par la libre circulation des produits cl par une large application des capitaux à la terre. Par là leur conception terrienne se rattachait à la grande théorie bourgeoise du liure travail el du libre mouvement; el, malgré une apparente hostilité contra l'industrie, elle faisait corps avec le capitalisme moderne. Ainsi Paris, que son tourbillon de pensée, de luxe el de finance semblait sépar·er des campagnes, devenait, au contraire, comme la capitale des grandes plaines à blé : il jelail au loin, dans les sillons, l'ardente semence d'une richesse agricole nouvelle. El que lui manquera-l-il pour ne faire qu'un avec la france? la [lévolulion. Or, la bourgeoisie parisienne, comme celle de Bordeaux, de Nantes, de Marseille, de Lyon, du Dauphiné, el de. toule la France, s'acheminait irrésistiblement, par sa crobsance économique, à des destinées révolulionruires. J'ai déjà parlé du grand peuple des rentiers presque tout enlier concentré à Par·is el qui rncllra au service de la Rérolulion, contre la royauté banqueroutière, tanl de force el d'âpreté. Mais dans l'industrie aussi el dans le commerce l'essor èlail grand . .,Jirabeau, dans unCl cles premières séances de la Consliluanle, disait : • Paris n'a jan,ais élé, n·esl pas el ne sera jamais une ville de commerce. • Celle parole surprend un peu el on ne la comprendrait pas si l'on ignorait que ~lirabeau, à ce moment, réfulail les délégués de Saint-Domingue qui demandaient, pour leur lie, une représenlalion très étendue aux Etals Généraux à raison de son commerce. « A ce compte, disait Mirabeau, el avec celle mesure, Paris o·aurail que lrès peu de représenlanls. » li comparait, évi- .qemmenl, le commerce de Paris à celui de Saint-Domingue el il voulail dire 11ue Paris o·avail pas, comme Saint-Domingue, le commerce par grandes masses. L'ile produisait el exporlail en quanlilés énormes du ,ucre, du cacao, elc. Paris n'avait rien qui ressemblât à une production el à une exportation par massfs de produit,. Sa production élail exlrômemenl variée el morcelée : elle portai L sur un nombre de produits lrès considérable; el la puissance d'cxportalion ùe la grande ville élail cerlainemènl lrès inférieure à sa puissance ùe consommalion. Sa population, depuis deux siècles, avail grandi
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