Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOlf\E SOCIALISTE limitation légale de la jouruée de travail ni le minimum de salaires. Aussi les griefs dos maître, ouvrier, s'échappaient en plain les passionnées el er1 révolte, instinctives sans se fixer e11formules réformatrices. Seule la bourgeoisie 6Lait prêle à faire la loi, el le néanl des revendications des arlisans dans,le cahier des Etals-Généraux atteste que même à Lyon la bourgeoisie seule étail prête pour une grande action révolutionnaire, mère d"une nouvelle légalité. Comme à Nantes, comme à Dordeaux, comme à Marseille, à Lyon aussi, malgré l'agitation de la petite fabrique, c·esl la puissance bourgeoise qui est vraiment dirigeante: c'est bien une Ilévolulion bourgeoise qui se prépare. Dans le Dauphiné, la situation est plus nette encore : el on y peul faire une applicalion précise de la conception marxiste qui dérive les mouvements politiques des mouvements économiques. ~lichelel qui a si souvent de meryeilleuses et profondes intuitions el qui démêle, en elîet, les causes économiques cachées des grands faits hisloric1ues, ici n·a pas vu clairement el s·esl contenté d'à peu près.« Le Dauphiné, dil-il ne ressemblaitguère à la France. JI avait certains bonheurs qui le mellaienl fort à parl. Le premier, c'esl que sa vieille nobles,e (/"écarlate des ge11ti/.,/w1,m,es) avait eu le bon espril de s·exterminer dans le, guerres; nulle ne prodigua Lanl son sang .•A Monllhéry, sur cenl gentil,hommes tués, cinquante étaient des Dauphinois. Et cela ne se refit pas. Le, anobli, pesait très peu. Un monde de petits nolJliaux labourant l'épée au cô Lé, nombre d'honorables bourgeois qui se croyaient bien plus que nobles, composaient un niveau commun rapproché de l'égalité. Le paysan, vaillant el fier, se stimanl, portail la tête haute. • Et il ajoute que ·les communautés rurales des hautes montagnes, administrées comme de petites républiques, donnaient, de leurs sommets glacés, des exemples de liberté. 'l'oul cela est vague el en partie faux. Si dès i7i1, la bourgeoisie de Grenoble entra il en lulle avec la noblesse, si dès 1i88 le Dauphiné se soulevait contre l'arbitraire des décisions royales, qui avaient frappé d"exil le Parlement, si le mouvement de liberté fut dès lors assez vif pour réconcilier un moment el soulever à la fois les trois ordres, si nobles, prêtres, bourgeois de Grenoble, à la date du 14 juin 1788, convoquèr enl révolutionnairement, sans l'autorisation ministérielle, les Etats du Dauphiné, si dans ces Etats le doublement du Tiers fut pratiqué el si le Tiers-Elal eut à lui seul autant de représentants que la noblesse et le clergé réunis, si, dans les Etals dauphinois, le vote eut lieu par têle el non par ordre, et si, par dessus les limiles de la provi11ce, ils saluèrent l'unilé nationale el appelèrent à la liberté commune la grande France régénérée, ce n'est point parce que quelq(!es communautés de village, éparpillées sur de froides cimes, pratiquaient une sorte de liberté primitive et rudimentaire, ou parce que la haute noblesse avait été particulièrement décimée par des guerres ancien nes. 11 restera assez de nobles Dauphinois pour protester devant les Etals-

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