Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

84 lll~TOllli': SOCl.lLIS'l'E aussi 11cllcmcnl, aus,i brulalemcnl qu'à Lyon. Ici le lien de toute fortune au ira\'ail industriel ou au négo~c est direct, visible. L"hôtel splendide esl l'épa• nouisscmcnl de la fabri<Jue obscure, le côté lumineux du sombre travail ob,tiné. De plus. loutc la vie de Lyon portanl sur l'induslric el sur certaines !ormes dïnduslries, les moindres vicissitudes économiques, la mode qui varie, un débouché qui se resserre, les oscillations de prix de la malière première el du produil fabriqué, tout retentit d'un coup direct et parfois violent au cœur étroit et profond de la cité. De là, enlre les divers intérêls en prés~ncc de pcrpéluels froissements. Les travailleurs lyonnais ne peuvent pas comme ceux de Paris s"évader aux heures de crise, se sauver par la diversité possible de, métiers. Ici, c·esl ci,rns l"rnceinlc c1·une ou deux grandes industries que ;onl resserrées les exi,tences cl concentrées les Jlassions. De lit l'inquiélude sourtlc, les heurts et les conflits .. \lcrcier, dans son tableau de Paris, dit qu,, Paris les grève, el les séditions ou1•rièrcs sont inconnues, grùce à la douceur des maitres, cl qu·on n'y peut noter, pendant tout le xnn• siècle, des soulèremcnls comparables à ceux de •rours, de Roanne et de Lyon. r:e,plication est superficielle. Les maîtres lyonnai,; n'élaicnl pas nalurcllcmenl plus durs que les maitres pari,iens, mais landi, qu'à Paris le, passions, les forces, les conflits s'éparpillaient en un champ d'action presque indéterminé, à Lyon, c"était dans une sorte de champ clos que se rencontraicnl cl se heurtaient les inlérôts. Rudes ful'enl souvent les chocs, dans chacune des deux ou trois grandes industries lyonnaises. Dès le début du xn< siècle avail éclaté à Lyon, parmi les compagnons imprimeurs, une vaste grève comparable aux i:;rèrcs les plus puissantes de notre siècle. ~I. Hauser, dans son livre sur les Oiœriers d11 temps passé, en a lracé le dramaliguc tableau. Au i" mai 1530, les compagnons imprimeurs ont, comme clil l'ordonnance royale qui les condamne, « tous ensemble laissé leur besogne.» lisse plaignent que leurs salaires soient insuflisants, surtoul que la nourrilure CJuileur est donnée chez les mallres soil mauvaise. Ils se plaignent aussi que des habitudes nouvelles cle discipline mécanique et stricte leur soient imposées el que les portes de l'atelier ne soient pas toujours ouvertes pour qu'il, puissent prendre le travail c1uand il leur plait, selon la coutume du passé. Les typographes ayanl donc proclamé le tric, c·est-11-Jirc la grève, s'organisent militairement, en compagnies d'ateliers, pour inlimider les ma!lres el empôcher la reprise partielle du travail. Les mallres, les patrons allèguent pour se défendre (c'est le thème d'aujour• d"hui) que la grève n'est voulue et organisée que par une minorité violente: les autres « voudraient faire leur devoir el besogner•• mais ils n'osent pas de peur d"être mis à lïndex par la confrérie (c'est le syndicat des compagnons). La lutte se prolon 0 ea pendant trois mois, el un arrM du sénéchal, gui repous,e presque Loule, les prétenti(lns des ouvriers y met fin, du moins pour un tc111ps.

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