Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

111S1'011lE SOCIALISTE 131 . Fersen, le Suédois mébrnculique el réfléchi, le corre,poll(] ,nl et le conseiller de llarie-Anloi1wlle de iî!J0 à 1i92, bien qu'il blamàt l'émigration, exprime lui-mème cet espoir. A plusieurs reprbes, il écrit : « Cc sera pour l'hiver prochain•· Le dornmage causé à Paris par le départ des nobles n'était certes point négligeable, mais pour que le coup fùl décisif el produbtl un effet contre-révolutionnaire, il aurait fallu à la riche noblesse une puissance économique qu'elle n'avait plus rn!alivemcnl à l'ensCllll.Jledes forces sociales. La uourgcobie Ioule seule arnil dès !or, une suf,isanle puissance d'achat pour maintenir, pendant le passage dangereux, l'équilil.Jre du sy,ltlme. La grève <les acheteurs organbée par la conlre-réwlution pouvait l,lesser el irriter Paris, mais elle ne pouvait l'aballre et ne servait dès lors qu'à le pousser plus avanl dans la voie ré1olulio11nai.e. En contribuant par leur déparl, connue l'in,Jique :'iecker, ù la sortie du numéraire, les émigrés ne firent que hâler le r(gime des assignats el l'expropriation générale des biens ecclésia,liqm s. En p1ivanl de leur clientèle accoutumée une I artie des a, tisans de Paris, ils le, c,citèrenl jusqu'à la fureur; mais comme ces lacunes de travail, soudainement creusées, n'étaient point suffisantes à entrainer une rnsle ruine el un tl1uulement du ,yslèn,e économique de Paris, les émigrés ne réussirent ici enrnre qu'à accélérer le mouvement de la Révolution. Mercier constate, dans son tableau de Paris en f ,97 que les motions les plus furieuses furent faites dans les sections par les ouvriers cordonniers, tapis.-iers et autres que l'émigration des nobles arail privés d'une partie au moins ile leur travail. Et que désiraient-ils·? Qu'une guerre d'extermination leur fùl laite; que tous les biens labsés par eux en France fussent confisqués par la nation el remis dans le mou,emenl pour ranimer les affaires. En attendant ils servaient le riche bourgeois; el comment mème les arts les plus factices, ctux même que Rousseau condamnait le plus auraient-ils sombré par la seule abstention des nobles, quand pendant toul le dix-huitième siècle c'est la riche bourgeoi,ie qui avait, si je peux dire, mené le train? JI semble même que la surexcitation révolutionnaire, la confiance el l'élan de labourgeoi,ie ,ictorieuse, l'affermissemenl de la delle publique el le mouvement d'alîaircs auquel donna lieu la ,·ente commencée des biens du clergé aienl, au moins dans les trois premières années de la Révolution, e1cité la production el les échanges. On peul lrès logiquement conclure de ce qui se passait à Lyon pour l'induslrill de la soierie, qui esl l'industrie de luxe par excellence, à tous les arts de luxe de Paris. Or le voyageur allemand Reichardl, musicien de talent, observateur pénétrant el exact, constate ù Lyon, en mars 1792, c'est-à-dire huit mois après la secousse de Varennes, el quand les premiers grondements de la guerre prochaine commençaient à inquiéler l'horizon, une vie de société extrêmement brillante et active. La haute bourgeoGie lyonnaise multiplie les

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