Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIJSTOlllF. SOCIALISTE 70 rel, les Hoco1Torl,les Degrais, le:. Passavant, les Lagier, les ~luguet, les Van llisamburq. En 1780, quand l'Assemblée nationale eut O,é à un quart du revenu net la contribution patriotique, Louis Toloun de ~lonlfort s'inscrit pour 20,000 livres, Antoine llégny pour 1;:;,000, lrois memhres de la famille Finguerlin pour 30,000, Etienne Delessert pour 3(),000, Paul-Benjamin Delessert pour 10,000. De la lettre des maHres marchands au directeur général des finances cl du mémoire relalir aux opérations électorales, il ré,ulle que les 400 mallres marchands de la Grande Fabrique r{unissenL en propriétés mobilières ou roncières plus de 60 millions. Une ville d'une au~si puissante activité industrielle el marchande devait rejeter tout naturellement les p rivilrgrs surannés el les charges de l'ancien régime. Comment admettre des prh ili'zes ùe noblesse dans cette cité active el orgueilleuse qui créait tant de riche•ses et commandait à tant d'intérôls? Comment $Ou1Trirqu'arbilrairrmenl cl sans l'assentiment de la nation et des intéressés, la monarchie prélève sur la ville de Lyon de lourds impôts pour assurer des pensions splendides à des courtisans comme Villeroy? Comment admettre que celle classe productive et industrielle soit exclue de toute direction des alfaires publiques? Evidemment, Lyon, par son extraordinaire puissance bourgeoise, était orientée dans le sens de la llérnlulion, el les ouvriers des fabriques, dési• raient, comme la bourgeoi,ic, qu'une aristocratie stérile tombât et qu'un système d'impôt plus intelligent à la fois et plus humain remplaçât cet octroi si pesant qui s'élevait à 2,;:;oo,000 livres, qui renchérissait le vin, la ,iande, le pain même et qui, en aggraYanl le prix de la ,ie ouvrière, nuisait aux manufactures comme aux ouvriers. Aussi c'est avec une passion ardente et grave que Lyon entrera dans le moul'ement révolutionnaire. Mais à raison m~me de son extrôme déycloppemenl industriel et de h structure comple,e de son industrie, l'étal de Lyon est trouble el instable,. et on ne comprendra jamais son rôle énigmatique el étrange pendant la llévolution si on n·approfondit pas sa condition éronomique. D"abord, il y a eu à Lyon, plus je crois qu·en toute aulre ville, pénétration de l'ancien régime el du nouveau régime bourgeois. La haute bourgeoisie, quand elle avait rempli les fonctions municipales, quand elle avait passé il !"échevinage ou au Consulat, était anoblie: elle formait ainsi une sorte de patriciat bourgeois encadré dans le privilège nobiliaire. El inversement, la noblesse, elle-même, recrutée ainsi en partie dans la grande bourgeoisie industrielle et marchande, séduite d'ailleurs el fascinée par l'incomparable éclat du moUl'C• ment industriel, avait l'esprit assez hardi et ouvert aux conceptions modernes. li faut lire avec beaucoup de soin les cahiers de la noblesse de la sénéchaussée de Lyon el ceux du Tiers-Etal pour discerner quelque dilférence. Non seulement l'ordre de la noblesse demande des Etats généraux périodiques el

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