Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOIHJ\ SOCIALIS'l'J·: sepl an, pl'Oduil ::;.ooo pièces; la faùriquc de cordages de ~m. Brée el Dodichon s'étend, elle comprenait deux corderies, dix-sept magasins el occupait t~'O0OU\riers el ouvrières. Les négociants armateurs, au.début du règne de Louis XVI élaienl au nombre de deux cents, puissante cohorte qui a de continuels conflits d'amour-propre el a·autorité avec l'arrogante noblesse bretonne. Ces négociants créditaicnl ou comrnanditaienl les colons de SaintDomingue. Aux approches de la Révolution ils étaienl à découvert, pour l'ensemble des Antilles, de 50 millions el on devine avec quelle Aprnté la bourgeoisie nantaise défendra le régime colonial fondé sur l'esclavage pour sauver les colons débiteurs d'un désastre qui etil entrainé sa propre ruine. Je nole dans une des premières séances du club des Jacobins une dépulalion des armateurs nantais venant protester contre tonte réforme du système colonial. ~lai, cf-l égoïsme esclavagiste n·empêchail nullement la bourgeoisie nantaise, consciente de sa force croissante, de réclamer en ~'rance des garanties de liberté et de s'insurger avec l'orgueil de la fortune et la fierté du grand esprit d'entreprise contre les privilèges des hobereaux bretons. De nomùreux ouvriers étaient groupés aulour d'elle, prêts à entrer, sous sa direction, dans la lutte révolutionnaire contre l'insolence nobiliaire el l'arùitraire royal. Les clouteries occupaient 1,00 ouvriers; 2.400 métiers à toile battaient dans la région, donl 500 à Nantes même. La îabricalion du coton dans ce p1)'S el les premiers méliers mécaniques commençaient à apparaltre. Dans les lahriques de toiles peintes lravaillaienl 4.500 ouvriers. Toul ce prolétariat était entrainé dans le mouvement économique el politique de la bourgeoisie, el comme emporté dans son sillage. Comme les bourgeois du Dauphiné, ce sonl les bourgeois de Nantes et de Bretagne qui, avanl même la convocation des Etals-Généraux el l'ouverture onlcielle de la Révolution engagent les hostilités contre l'ancien régime el ils paient bravement de leurs personnes. Le i" novembre i788, il étail p~océdé à Nantes à l'élection des députés du Tiers-Etal qui devaient se rendre à Rennes aux Etals de Bretagne. C'est le bureau municipal qui était chargé de l'élection. La bourgeoi;ie nantaise voulul atfirmer son droit. Elle ne voulait plus que les Etals de Bretagne fussent une parade aristocratique où le Tiers-Elal ne figurait que pour voler des subsides. Elle demande au bureau municipal: i• que le 'l'iers-Elat ail un député, avec voix délibératives par dix mille habitants; que ce député ne puisse être ni noble, ni anobli, ni délégué, sénécbal, procureur fiscal ou fermier du ~rigneur; 2• que l'élection de ces députés soil à deux degrés; 3' que les députés du Tiers-Étal soient égaux en nombre à ceux ·des deux autres ordres. dans toute; les délibérations el que les voix soient comptées par tôle; 4• que les corvées personnelles soient abolies el lïmpôt également réparli sur toutes les possessions. Mais le bureau muni ci pal résistait, plusieurs notables étaient

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