Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOlllE SOC1ALIST8 !'Echiquier, d'Enghien, sur les terrains des Filles-Dieu (1781); la rue Martel, la rue Butraull (1777); la rue Richer. élargissemenl de la rue de l'EgoOl (1782 el 1784); les rues Montholon. Papillon, Riboutté (1786). La vente au domaine roJ al el au domaine de la Ville des terrains qui dépendaient de l'hOtel Choiseuil permit, et d'établir la Comédie italienne et de tracer les rues Neuves Saint-Marc, de la Terrasse, Toornade, d' Amhroise. Au nord-est, après la rue de Lancry (1777), les rues d~ Breteuil, de Boynes, et de Crosne furent prises sur le Lerrain de l'hôlel de Boynes (1787 : le duc d'Angoulême, grand prieur de France, obtint de percer de nouvelles rues dans les terrains des Marais du Temple, entre autres celle d'Angoulême. Enfin à re,t de la Bastille, les abbe,ses, prieuses el religieuses de l'abba1'e royale de Sainl-,\ntoine-desChamps, obtenaienl d'ouvrir sur leurs terres de nouvelles rues, d'élablir un marché et des fontaines (i777-1789). » Qu'on me pardonne celle énumération bien insuffisante d'ailleurs. Mais il n'esl pas de signe plus déci:;if de la merveilleuse activité économique de Paris dans la période qui a précédé la Révolulion que celte multiplication des rue,, celle soudaine croissance de quartiers neufs. Le faux réalisle Taine qui s'est attardé à noter des genlillesses de salon sous l'ancien régime n'a même pas pris garde à cet énorme remuemenl de pierres qui attestait un énorme remuement des intérêts. Or, tout ce mouvemenl de rl•novalion urbaine était conduit depuis deux siècles, et de plus en plus, par la bourgeoisie parisienne. C'est elle qui en avail à la fois la direction, l'Pxéculion et le profit. c·est elle qui par ses prévôts des marchands, ses échevins, ses architectes, ses entrepreneurs, avail conçu les plans ,impies el larges qui s'accomplissaient. Elle avait élé secondée par les Rois qui arnirnt le sens de la grandeur el de l'uniformité, et Louis XVI, en 1783, annonça tout un ensemble de mesures destinées à« donner au, voies une largeur proporlionnée aux besoins et à en redress~r les sinuosités ». La monarchie qui avait donné à Versailles une si claire et si majestueuse ordonnance ne pouvait s'accommorlrr, quand elle 1<>ucbail à Paris, de la complicalion, de l'enchevêlrement el du désordre que le moyen âge y avait laissés; el le goOl de la bourgeoisie orgueilleuse et active qui voulait assurer la circulation facile des marchandises el des hommes et étaler à la lumière des larges rues les façades de ses hôtels neufs concordait à merveille avec la grandeur du goOt royal. Au contraire, nobles et moines, liés par les souvenirs du passé, intéressés à garder, à l'ombre de leurs puissantes demeures, l1rnmble clientèle des pauvres maisons, résistaient aux transformations nécessaires : ils senlaient confusément que ces percées hardies de rues neuves, de lumière et de mou1·ement, menaçaienl leurs antiques privilèges. Qu'on ne se laisse point tromper par la longue liste des nobles qui obtiennent lellres patentes pour l'ouverture de nouvelles rues et la construction de nouveaux quartiers. C'était, pour la plupart d'entre eux, une forme

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