Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllHTOII\1,: SOCIAl,ISTE ouvriers marseillais se confond avec l'ambition révolutionnaire de la bourreoisie marseillaise. Au fond, malgré la prodigieuse distance qu i sépare les hauts hourgPois , ingl fois millionnaires de rouvrier du porl o u de la harengère, le Tiers-Etat n'est pas encore coupé en dcu~. Ouvrie rs et bourgeois sont deux éléments encore solidaires du monde nou\'eau e n lutte contre le régime ancien. La vaste cu\'e bouillonnante ne rejette que IP, èléments- d'ancien r égime: toutes les forces populaires et bourgeoises sont animées d'une mê me fermentation. Quel mouvement irrésistible dans une ville comme ~lareille, quand le pauvre ounier des savonneries et l'armateur prodigieusemen t riche qui s'était fait construire par Puget un splendide hqlcl, avaient les mêmes affections cl les mêmes h ,ines ! Quand l'officier municipal Lieu taud, dans les premiers mois de la névolulion, ful nommé cher de la garde nationale, il était, nous dit l'hbtorien Fabre~ l'idole des riches cl du peuple •· El par cc seul rapproc hement de mots, dont il ne semble pas avoir senti toute la force, l'historien marseillais éclaire jusqu'au fond la Ri·volution bourgeoise. C'est la bourgeoisie assistée de la force et de l'enthousiasme populaire, qui marche à la con'luêlc du poumir. On ,·il bien, à Marseille el en Pro1ence cette unanimité ardente du tiers-étal, bourgeois et ouvriers, riches el pauvres, dans les jours orageux et radieu, qui précédèrent la névolution, quand Mirabeau, aux Etals de Provence, entra en lutte contre la noblesse qui l'excluait. Les b ouquetière:; embrassaient le tribun el les banquiers l'acclamaient. Lui-mê me, quand dans son discours magnillque aux Etals de Provence, il opposait à la stérilité privilégiée des nobles la force et le droit des producteur~. il entendait par ce mol aussi bien les grands chefs de négoce et d'industrie que les simples salariés. C'est dans ce discours que Mirabeau a donné la plus puis~ante el la plus éblouissante formule de ce que nous appelons aujourd'hui la grèv e générale • Prenez garde, dis-ait-il aux priviligiés, à tous les gentilshommes e l bo!Jereau, qui voulaient tenir en tutelle la classe productive. Prenez garde: ne dédaigne= pas cc pe11plequi produit 10111, ce peuple qui pour être formidab/t; n'aurait qu'à être immobile. • Oui, c'est bien la grève générale, mais non pas seulement des salariés, non pa, seulement des prolétaires: c·esl la grè1·e générale des bourgeois comme des ouvriers; c·esl l'arrêt de la production Lourgeoise non par le refus de travail des ou\'ricrs, mais par la décision révolutionnaire de la bourgeoisie elle-même. Voilà la formidable menace de Mirabeau : c'est l'unité du monde du travail qu'il oppose à la minorité improductive, mals comme on senl bien, en même temps, dans c elle rapide parole, que c·esl la croissance économique de la bourgeoisie qui prépare la Révolution! C'est la force de production du tiers-étal que Mirabea u invoque comme le grand litre révolutionnaire.

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