Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOr:l,\LISTE 3l pliqucr cc mou, cmenl énorme, cc ~rossb~~rmPnl$Ouclani . Oui, ih ont manquf· de d6cision cl de clairvoyance en n'ofTranl pas ù'rmhlé e lrs 8acrifices pécuniaires qui aurai('nl rétabli le hudgel dr la monarrhir. ~lais il raut bien le dire: ils :;cnlaienl très bien que par 1.., rnnres,i1Jn, finaneièrcs ils ne dé,ar,ncraient pas la R6volulion naissante : di•s IPSpr,·111irrs jour, clic ioulait autre chose, cl une fcrmcnlalion dranf:c était en s1Juùme: une lueur de rêve cl d'audace étail en ,,,, y,•u,. Encore une fois d'où vcnail celle clfrrvc:;rcncc r,traor<linair,, N qncll-, forrr nou1cllc é111anant de la terre soulevail les r-prih ·> Cr 11•,,,1pas 11011 plus la ,oulfrancc des paysans t.1,és par les droils féocl aux on (lt'•pouilks par I,· fi,c qui créait cc déchainement inconnu. Après tout, si humiliés, si accablés qu'ils fu«cnt ils avaient hicn 11<•f,oi,, au cours de 1'11istoire monarchique, soufTcrl plu, crucllrmcnt enr1Jre : <'t ,Jurant les terribles famines du rôgne de Louis XIV ils arnienl eu à 1l('ine la force d'cs,ayr r quelques courtes émeutes et de jeter de loin qurlqurs pi1•1rc:; illlpui>santes; 1,ub les squelelles Jes pendus ,étaient dessérh('s au, branche,; des rhèncs, oublié-, raillés peul-ètre des paysan,; en haillons <1ui pa;- ,aicnl le long du chemin. Lïn,tincl de révolte paysanne avec ses brusques Pl courtes détentes ne rnffil pas à soulcl'er un monde. D'où Yient donc que cette foi,, comme si un 0ui,lc mag,v-liquc avait soudain lraYer,é leurs chaines et électrisé leur àmr, les paysans ~e drcs,aienl en une sublime commolion? El d'où vient au;si qu'après qu<'iq uc•s làlonnem,'nts el quelques compromis la Révolulion n'a pas lonrn6 court? où les Élats-Générau, ont-ils troul'é la rorcc de durer el de vouloir? Après loul, l'aventure pouvait lrès bien se dénouer par quelque arrangement bâtard, par quelques sacrifices provisoires des pril'ilégiés, et par un peu de banqueroute. Soumises à ce régime d'arbilraire, d'irrégularité, de dé-onlrc, les nations qui ont de grandes réserves vitales ne meurent pas en un jour ni en un sit\t•le; el la France pon\'ail drscC'ndre lcntrmenlau rang d'une fü,pngnt:'-ans que ,le trop violents soubresauts d'agonie avertissent la royaulé et les peuples. Quel bl le mer,·eilleu, aiguillon qui l'a sauvée de celte abdication I aresseuse et quelle puissance de vie a soudain tout dramatisé, les é1éncmcnts el les hommes? Deux grandes forces à la fin ùu xvm• siècle, deu, forces révolutionnaire, onl pa5sionné les esprits cl les choses el multiplié par un cocfficicnl formi- !lablc lïnten-ilé des événements. \'oici ces den, forct'S: D'une parl la nation française étail arrivée à la maturité intellectuelle. D'autre parl la bourgeoi;ic française élail arrin\e à la malurito sociale. La pensée française amil pris conscience àc sa grandeur et clic YOulail appli(Jucr à la r6alilé toute entière, à la société comme à la nature, ses m61hod('s d'analyse el de déduclion. La bourgeoisie française aYail pris conscience de 5a force, de sa richesse, de son droil, de ses chances presque indéfinies de ùoveloppe~

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