Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOlfiE SOCIALISTE Quand il ful élu, un corLège splendide de Lrois cenls voÙures l'accompagna de Marseille à Aix, cl ces riches voilures de la haute bourgeoisie marseillai,e élaienl dra:•ées de guirlandes de fleurs que le peuple avait tressées. Le peuple ouvrier de )larseille, en son généreux instinct ré\'olulionnaire ne se lrompail pas. Cerles, nul alors ne pouvait prévoir l"avenir pourtant prochain. Nul ne prévoyaiL l'irr6ductiule antagonisme du prolélarial el du capilal dans la sociélé bourg,·oi,e triomphanle. ~lais il fallait que la sociélé bourgeoise se subslitu:l.l à l'ordre monarchique el féodal pour que le prolétariat pùl grandir à son tour. Pauvres ouvriers enlhousiasles de 1789, bien des déceptions vous allendenl, el bien des soulîrances: mais malgré tout, el en fin de compte, ce n'esl pas vous qui èles les dupes. Femmes de Marseille, ne regrellez pas les 0eurs dont vous orniez, en l"honneur de Mirabeau les splendides équipages bourgeois, car ces équipages, un moment, ont porté la Révolution. El, heureusement pour la Révolution, elle n'a pas arrêté, pendant les premières années, la force de production el d'échange. S'il y avait eu une crise commerciale el industrielle im111édiale, si le chômage el la ruine s'étaienl produits avant que l'œuvre révolutionnaire fùl fondée, peut-être la contre-Révolution, exploitant l'universelle soulîrance, aurait-elle ressaisi le pays. Mais, tout au contraire, l'essor économique dont la RéYolution esl née, s'est continué pendant les trois premières années de la Révolution, les années décisives. A Marseille notamment, il y a eu encore progrès el les tableaux de douane publiés par Julliany montrent qu'en 1792 les échanges alleignaienl un chilfre supérieur à celui des années ·précédentes. Marseille continuait à. se répandre sur le monde, tout en travaillant à !'rouvre révolutionnaire, el celle double aclion de la gl'ande cité est symbolisée d'une manière charmante par le capitaine marchand de la Ciotat qui allant faire le commerce ùes pelleteries sur la côte Nord-Ouest de I'Amé ri que découvrit, au mois de juin 1791, au norrl-oucsl des Marquises de i\Iendore un ar~hipel qu'il nomma Iles de la Révolution. Nous voici maintenant au cœur de l'Ouest. AN antes comme à Bordeaux el à Marseille la bourgeoisie marchande et industrielle a alleiot au xvm• siècle un si haul degré de puissance économique qu'elle est prêle pour le gouvernement politique. Le docteur Guépin, dans sa belle histoire de Nantes, animée d'une pensée si républicaine el 1,resque socialiste, a tracé .un rapide el vivant tableau de l'activité de Nantes au commencement du xv111• siècle. • Le principal commerce se faisait avec les Iles de l'Amérique où l'on expédiait annuellement 50 navires de 80 à 300 tonneaux, savoir: 25 à 30 à la Martinique, 8 ou 10 à la Guarleloupc, 1 ou 2 à Cayenne, 1 ou 2 à la Tortue, 8 ou J6 à Saint-Domingue. Les cargaisons ponr le voyilge étaient du bœur salé d'Irlande en tonneaux de 200 livres, des toiles pour le ménage, pour emballage et pour l'haliillement des nègres, des moulins à sucre, des chau-

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