Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

i20 IIISTOlllE SOCIALISTE 1ère soil entre eu, un ,igne de discorde ou même un souvenir importun. Tant il e,l vrai que l'humanité ne retient que les colères el les haines qui la peuvenLaider dans sa marche! M,tis en dehors de ces deu, grands q uarliers industriels la bourgeoisie parisienne a une acL,vilé diverse et multiple. L'alimentation donne liru à un commerce immense: il entre dans Paris Lous le, ans quinze cent mille muids de blé, quatre cent-cinquante mille muids de vin, cent mille bœufs, quatre cenl vingt mille moulons, lrenle mille veaux, cenl quarante mille porcs. Les caves des marchands de vin occupent en sous-sol les trois quarts de Paris. De vastes sociétés financières jouissant de pri\'ilèges plus ou moins étendus s'organisent pour l'approvisionncmrnt de la Capitale: l'art de préparer les comestibles se raffina, et nos soldais retrouvèrent dans les magasins de Moscou les produits expédiés par les marchands parisiens. La boulangerie fait dans la dernière moitié du siècle des progrès extraordinaires. Une école de boulangerie gratuite el où enseignent des saYanls remarquables est fondée pour substituer à la routine les procédés scientifiques. « Le pain, dit Mercier, se fait mieux à Paris que partout ailleurs, parce que d'abord quelques boulangers ont su raisonner avec leur arl. Ensuite les chimistes ont su nous instruire à amalgamer le blé, el suivre cel art depuis la préparation des levains jus11u'à la cuisson; et grâce à ces professeurs, le pain qu'on mange dans les hôpitaux est meilleur que celui qni est servi sur la table la plus opulente de la Suisse. » Lïnclustrie du \'Memenl et de la chaussure se raffine aussi. « En lî5 . j'ai pai é trois lh rrs quinze sous la môme paire de souliers que je paye aujourd'hui en 1ï88 six livres di\ sous. Le cuir est moins bon, mais la chaussure est plus élégante: le cordonnier qui sert le noble et le riche bourgeois, porle un hal,it noir, une perruque bien poudrée; sa "este est de soie, il a l'air d'un greffier. » Mais c'est surtout dans l'industrie du bàtimrnl qu'il y a une acth ilé merveilleuse et des progrès surprenants. Voici d'auorcl à ce sujet quelques indications el un tableau sommaire de Mercier, en i78;;. « La maçonnerie a reconstruit un tiers de la capitale depuis vini;:t-cinq années. On a spéculé sur les terrains. On a appelé des régiments de Limousins. Le parvenu veut avoir des appartements spacieux, el le marchand prélenù se loger comme le prince. Le milieu de la ville a subi les métamorphoses de l'infaligable marteau du tailleur de pierre; les Quinze Vingt onl disparu, et leur terrain portç une enfilade d'édifices neufs el réguliers; les Invalides qui semblaient devoir reposer au milieu de la campagne sont environnés de maisons nou,·elles; la vieille }lonnaie a fait place à deux rues; la Chaussée d'Anlin esl un quartier notl\'rau et considérable. Plus de porte Saint-Antoine. La Ba1ti/lc srulc a l'air de tenir bon, de vouloir épou- ,anler sans cesse nos regards de sa hideuse figure. Les grues qui font monter en l'air des pierres énormes environnent Sainte-Geneviève et la paroisse de la Madeleine.

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