92 HJSTOlllE SOCIALISTE geoisie. lis n'ont pas un idéal social déterminé, el tandis qu'en face de l'ancien régime monarchique el féodal, la bourgeoisie, dès lors puissante el consciente, peul dresser son systèllle social el politique, les petits fabricants lyonnais réduits à pousser leur cri de misère el de révolte sont incapables de formuler pour leur propre compte une Révolution ouvrière opposée à la Révolution bourgeoise, ou même distincte de celle:ci. Ainsi s'explique un des phénomènes les plus singuliers et les plus suggestifs que nous o!îre l'histoire de ce temps. Voilà une ville où depuis deux siècles tressaillent les sou!îrances ouvrières, où ra,:tagonisme de la grande fabrique et des petils artisans a été à la fois, si on peut dire, chronique et aigu, el quand commence le grand ébranlement révolutionnaire, quand tout le pays est appelé à parler, à faire la loi, les ouvriers, les petits artisans ne .avent que témoigner contre la grande fabrique, contre le capital, une mauvaise humeur impuissante : mais ils ne proposent rien et ne peuvent rien, Dans les assemblées primaires où étaien l nommés les électeurs chargés de choisir les députés aux Étals-Généraux, le vote, dans les villes, avait lieu par corporation, Or, à Lyon, tandis que pour les autres corporations, comme celles des cordonniers, des tailleurs,-des chapeliers, des faiseurs de bas, Je vole eut lieu sans difficulté aucune, des conflits assez violents s'élevèrent, au contraire, dans celle des passementiers et surtout dans celle des maitres marchands el ouvriers fabricants de soie. Qu'on le remarque bien : les corporations où aucune division ôe se produi,it sont celles où l'ouvrier était vraiment prolétaire : les ouvriers tailleurs, les ouvriers cordonniers, les ouvriers chapeliers, les ouvriers lisseurs de bas étaient, pour la plupart, de simples salariés, n·ayanl d'autre propriété que leurs bras. Ces ouvriers ne se rendirent-ils pas aux réunions électorales? En furent-ils exclus par le cens électoral qui pourtant, à Lyon, ne s'élevait qu'à 3 livres d'imposition par an? ou Lien, dans l'humble sentiment de leur èépenùance, se contentèrent-ils d'opiner comme les maitres? En tout cas, ce qui démontre bien qu'il n'y avait pas à celte époque de mouvement vraiment prolétarien, c'est que, dans la ville la plus agitée, à Lyon, c'est dans les corporations uù le travail est le plus prolétarisé, qu'il n'y a presque pas de débat, eLles orages n'éclatent que dans les corporations de la passemenlel"ie el de la soierie, où de petits producteurs, détenteurs et propriétaires de leur métier, sont en lutte contre la grande fabrique. Aux assemblées électorales, celle-ci fut assez malmenée. Dans les réunions de la passementerie, les grands producteurs ou marchands firent défaut, de peur d'être brutalisés ou débordés. Le prévôt des marchands constate dans son rapport, que l'assemblée des passementiers, qui compta plus de <100membres, aurait été plus nombreuse encore « si les personnes paisibles et jouissant d'un étal honnête n'eussent préféré le parti ùe s"abslenir de paraitre à celui d'être exposées à des désagréments », et
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