Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

58 UISTOIRE SOCTALISTE Dans le commerce, les I\cmuzal, les Bruny, les ~laurelcl, les Navel, les Cathelin, les Fabrou, les Magy, les Lalil, les Guiliermy. les Luc ~larlin, les Chavignol, les Gral'ier, les David, les Borrély, dans l'induslrie el nolammenl dans la raffinerie, Bègue, veuve Bon el !ils, Bressan el fils, Comle, Féraud, Fremenditi, Garric père el fib, Giraud, Jouve cl Sibon, ~lichel, Pons el C'', Reinier, Rougier, Sangry, bien d'autres encore bil.lissaienl de haute, fortunes el ouvraient à leur classe le chemin du pouvoir. L'arm~teur George Roux alleignail à une puissance quasi royale. Pour se venger de prises faites par les Anglais, il armait une flotte conlre la flotte anglaise. C'est lui qui vers le milieu du dix-huitième siècle avait donné à nolre colonie de la Martinique un magnifique essor: il y avait envoyé des milliers d'hommes el de femmes; il y avait accumulé des espèces espagnoles pour fournir à la colonie l'instrument monétaire dont elle avait besoin. El, lui-m(,me, pour exporter ses propres produits, il avait créé au village de Brue, en Provence, un puissant ensemble de manufactures. C'était une individualité aussi haute que celle de Jacques Cœur, mais, landis que Jacques-Cœur étail encore isolé, les hommes comme Bonnafé, comme George Roux s·appuyaienl sur ldute une grande classe bourgeoise. Bien mieux, au dix-huitième siècle, à la veille de la Rérnlution, ils s·appuyaienl sur les ouvriers eux-mêmes: ce que nous appelons la question ouvrière n'i·tail pas née. Il n'y avai l pas plus d'agilalion prolétarienne ü Marseille qu'à Bordeaux. Certes, en 1789, dan; les 38 fabriques de savon où brûlaient lîO chau lières el où lravaillaienl mille ouvriers; dans les 40 fabriques de chapeaux, dans les 12 raffineries de sucre, dans les 10 f&briques de faïence, dans les 12 fabriques d'indiennes peintes, dans les 20 fabriques de bas de ,oie, dans les 12 fabriques à ,oilc~, dans les manufactures d'élo[cs d'or el d'aqenl, de tapisseries, dans les 20 fabriques de li11ueur; les i0 fabriques d'amidon; dan, les 8 verreries·, dans les 10 tanneries, dans les fabriques de maroquins, d'eaux-de-vie, de chandelles, de corail ouvré, de gants, de bouéies, de bonnets de laine, de vilriol, de soufre en canons, dans toules les manufactures el ateliers si variés, les ouvriers de Marseille aspiraie,.l à l'indépendance cl au Lien-èlre. Quand la crise révolutionnaire, exa,pérée par le péril el par la guerre, aboutira à des mesures exlrèmes cl que la bourgeoisie prendra peur, les ouvriers marseillais lui arracheront la direction du mouvcmenl. Mais à la veille de la Révolulion, el jusqu'à la fin de iîO;l ce n'esl pas contre la bourgeoisie, même la plus riche, que les ouvriers mar- ~eillais sonl animés; c'esl contre l'arbilraire des ministres; c'est conlre l'insolence des nobles de Provence el le despotisme des prêtres; c·esl aussi conlre celle arislocralie municipale, composée de nobles ou de bourgeois anoblis, qui gaspille les ressources de la Commune el charge le peuple de lourds impôls sur la farine, sur la viande el sur le vin. El comme la classe bourgeoise réclame la libcrlé politique, l'humiliation des privilégiés, el une g'eslion mieux contrôlée des ressources publiques, l'ardeur réroluli3nnaire de;

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