10.\ l!IS'l'OIRE SOClALIS'l'E pensée de toute la bourgeoisie du Dauphiné, la Révolution n'est ni un fait accidentel, ni un fail local. Elle esl comme préparée par le mouvement qui vient du fond des siècles, par l'immense é1olulion sociale qui, peu à peti, a donné force directrice à la propriété el qui a, par conséquent, subordonné les formes du pouvoir polilique aux formes changeantes de la propriété ellemême. )laintenanl, la propriété industrielle et mobilière, c'est-à-dire la propriété bourgeoise esl en pleine force: l'avènement de la démocratie bourgeoise esl clone inévitable el la llé1olulio11 csl une nécessité hbtorique. Liée au mouvement de la propriété industrielle, la Révolu lion esl va,te comme cc mouvement. Scion Ilarnavc, il n'y a pas, à proprement parler, une Révolulion françiise: il y a une llévolution européenne qui a en France son sommet. La bourgeoisie révolulio nnaire a donc un sens admirablement réaliste el pénétrant de sa force. du mouvement économique el historique qu'elle représente. li ne s'agit pas là de la vague hypothèse d'un conlral primitif d'égalité qui aurait été rompu ou obscurci dans la suite des Lemps, el que rétablirait, en son inté 0 rité, une révolution idéale. Dans les sociétés primitives, où les rapports économiques des hommes errants étaient très faibles, très lâches, c'est la force du bras qui domine, la force du glaive. Puis. à mesure que la population esl plus dense el plus fixe, ce sont les rapports économiques des hommes entre eux qui déterminent la forme des sociétés el des insliluttons. C'esl la force de la propriété qui esl dominante, el, à la longue, souveraine, el la propriété rnlratne dans ses évolutions lentes, marquées de crises révolutionnaires, Loul le système humain. Il ne s'agit pas non plus d'un idylli11ue appel aux vertus champêtres, à l'innocence el à l'égalilé prétendue de la vie rurale. La propriété foncière esl mère dïnégalilé cl de brula lilé. Quàncl ,on action est sans contrepoids, elle prod.uil le système féodal qui isole el asservit les hommes, qui morcelle les Sociétés el abètil les paysans. Et bien loin que la propriété foncière puisse être impiralrice d'égalité ; bien, loin qu'elle puisse propager parmi les ho111mes l,t douceur de vivre el l'innocence des mœurs, c·esl du dehors seulement cl sous l'action de la pr opriélé industrielle qu'elle se transforme el s'humanise. Il a fallu que des artisans, des hommes d'industrie et de négoce, enfermés dans les communes urbaines, arrivent à la richesse el achètent de la terre pour que le lourd monopole féodal cessât de peser sur le sol el sur les hommes, el la propriété foncière ne pourra entrer dans le mouvement démocratique que si elle est comme assouplie el pénétrée d'égalité par la propriété industrielle elle-même. La bourgeoisie du Dauphiné, dont Barnave a merveilleusement dc1gagé el interprNé la pensée, a proclamé nettement l'antagonisme de la c,lasse industrielle et de la classe foncière : cet antagonisme est si profond, il e;l si
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==