i4 HISTOIRE SOCIALISTE l'étreinte immédiate de la justice srîgneuri~tlrlanguh~sailcomme une moisson paune sous les nœuùs multipliés d'une plante vorace. C'rst la main de la Rérolulion qui arrachera les dernières racines de la ju;Lice féodale. Les nobles jouissaient en outre du plus précieux privilrge en matière d'impôt : ils ne payaient pas la taille, impôt direct qui frappait la terre, ou du moins ils n'en payaient qu'une partie, la taille d'exploitation qui pesait c11 réalilé sur leurs fermiers, el la capilalion les frappait à peine. L'impôt n'était pas seulement une charge; il était considéré comme un signe de roture et tous les nobles, tous les anoblis, mettaient leur orgueil it ne pas payer. lis étaient soumis ,1 un seul impôt, l'impôt du vingtième sur le revenu qui s'appliquait à tous les sujets du roi sans distinction. ~lais on sait par les témoignages les plus précis que les grands nobles el les princes du sang éludaient en fail cet impôt sur le rcYenu par des déclarations menteuses qu'aucun collecteur d'impôt ni aucun contrôleur généra: des finances n·osüit contester. Ainsi, l'Église étant exemptée aussi, c'est sur le peuple des campagnes, c'est sur les petits propriétaires pay,ans, c'est sur les bourgeob non anoblis, c·est sur les fermiers petits et grands, c·esl rnr les métayers obligés, au témoignage d'Arthur Young, de pa) er pour le compte du propriétaire ou la moitié ou sou\'cnl le tout de Iïmpôl, que pesait toute la fiscalité royale, plus lourde tous les jours. Enfin les nohles, dominant le paysm1 par la justice seigneuriale, l'exploitant par l ·ur pri,ilt•ge fiscal, l'assujetlissüient el le ruinaient encore par d'innombrables droits féodaux. Düns le système féodal, les terres des n<>bles, les terres possédées à fief ne pouYaienl être vendues ü de non nobles. Elk!s ne pouvaient élre aliénées. Quand les seignems, pour peupler la contrée dominée el protégée par eux, ou pour développer la cultu:·e, cédaient des terres à des roturiers, ils gardaient sur ces terres mêmes leur droit ùe suzeraineté et de propriété. Le cessionnaire n'était pas propriétaire du sol; il Je tenait à cens: il él,1it obligé de payer au seigneur tous les ans, une rente fixe el perpétuelle, dont jümais il ne pouyail s'~fTranchir. Ou s'il la cédait à son tour, c'est le nouyeau tenancier, accepté par le seigneur, qui devait payer le cens. Ainsi le cens étüit à la fois un revenu permanent, éternel pour le seigneur el un signe toujours rcnou1·clé ùe sa propriété inaliénable. Cette rente perpétuelle était indivisible; la terre ainsi cédée ne pouvait être morcelée. te vius cette rente était imprescriptible. ~·lême si pendant vingt, trente, cinquante ans ou pendant des siècles, elle n'avait pas été payée, le seigneur élilil toujours en droit de la réclamer et de réclamer tout !'arrérage. Ainsi, beaucoup de cultivateurs, beaucoup de trarnilleurs du sol ne pouvaient arriver à la pleine propriété el à la pleine indépendance. Le droit féodül pesüit sur.leur terre comme l'ombre d'un nuage immobile el éternel qu'aucun vent jumais ne balaie. OuJ plutôt, c'est le vent de la Révolution qui balaiera le nuage.
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