Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE i01 n'a point encore arqt1is les lumières et la hardiesse de pensée que la riche;se et le progrès des arts fJit p énélrer dans lot1les les classes de la société ; hahi• tuelleme11l seul, ahsorbé par un travail continuel et uniforme, il offre l'exem• pie du dernier degré d'abaissement auquel la nature puisse tomber, toutes les superatilions ont alors le droit de l'asservir. • Dans cet étal de choses, et ccrnme il n'existe point de commerce, les parties ne sont point unies entre elles par Jeurs besoins el leurscommunica• Lions réciproques; el comme il n·existe presqu ·aucun moyen de lever des tributs dans un pays où il n'y a aucune accumulation de capitaux, la puissance du centre ne peul entretenir une force assez considérable pour maintenir l'unité el l'obéissance; la force reste dans les parties du territoire où les ricltrsses se recueillent et se consomment, et le règne de l'aristocratie dure auttmt que le peuple agricole continue à ignorer ott à négliger les arts, et que la propriété drs terres continue d'être la seule richesse. • Comme la marc/te naturelle des sociétés est de croitre sans cesse enpopu• lation et en industrie jusqu'à ce qu'elles soient parvenues au dernier degré de la civilisation, l'établissement des manufactures el dtt commerce doit né• cessairement succéder à la culture. » Ici Barnave constate que les institutions politiques façonnées par l'aristocratie terrien ne, peuvent contrarier et retarder l'avènement de la période man ufacturiêre et marchande. Mais • à la longue, les institutions politiques ado µtenl, si l'on peul s'exprimer ainsi, le génie de la Jocalilé » c·esl•à•dire qu'elles s·adai,lenl nécessairement aux conditions économiques nouvelles d'une région déterminée, el Barnave formule avec une force admirable la conclusion de celle sorte de déduction historique : « Dès que les arts et le commerce parvi ennenl à pénétrer dans le peuple et créent un nouYeau moyen de richesse au secours de la classe laborieuse, il se prépare une 1·évo• lution dans les lois poliliques; GNE NOGl'ELI,E 01sTnIBuT10N oE LA RICHESSE PRO·· DUIT UNE NOUVELLE DISTHIBLTION ou POGVOIR. De même que la possession des terres a élevé l'aristocratie, la propriété i11d11strie//eélève le pouvoir du peuple; il acquiert la liberté, il se multiplie, il commence à influer sur les affaires. » «Delà, une deuxième espèce de démocratie: la première avait l'indépen• dance, celle-ci a la force; la première résullaiL du néant des pouvoirs pour opprimer les hommes, celle-ci d'un pouvoir qui lui est propre; la première est celle de~ peuples barbares, celle-ci des peuples policés." «Dans les petits étals, la force de ce nouveau pouvoir populaire sera telle qu'il y deviendra quelquefois maitre du gouvernement, el une nouvelle aris• tocralie, une sorte d'aristocratie bourgeoise el marchande, s'élùvera par ce nouveau genre de richesse. » Dans les grands étals, toutes les parties se lient par une communication réciproque : il se forme une classe nombreuse de citoyens qui, avec les

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