Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

46 IIJSTOIRE SOCIALISTE dans la sphère ùc la petite industrie urbaine cl du petit et moyen commerce que le r(•gime corporatif fonctionnait sérieusement, et avec plus d'élasticité encore que la lellre des règlements ne semble le comporter. D"ailleurs, même en celle région moyenne, paisible cl régléc,l'csprilenlreprenanlducapitalisme pénétrait : Savary des llruslons écrit dans la première moitié du xvrn• siècle : " Le premier principe du commerce esl la concurrence. « JI n'est aucune exception à celle règle, pas même dans les communautés où il se présente de grandes entreprises. Dans ces circonstances, les pclilcs fortunes se réunissent pour former un capital considérable». Les marchands ou les maitres de métiers inscrits dans une corporation déterminée s'as,ociaienl, à l'occasion, el en dehors de leurs opérations accoutumées, pour des enlrepri:;es plus vastes; el rien ne démontre que !"objet de ces entreprises ne différait que par !"étendue do leur nlgocc familier ou de leur fabrication ordinaire. Ainsi le souple ri'gime des société~, au sens moderne du mol, pénétrait dans la 1ic m~mc des corporations pour la diversifier el l"élcnclre. Ce régime sur lequel il esl statué déjà dans le Code de commerce de i6i5 est trè, varié dès le x,·n• siècle. JI comprend qualre types principaux de sociétés commerciales : cl il en e,t ùéjà deux, la société en commandite el la société anonyme, qui ounenl lrs voies au cnpitalisme. • La société en commandite, diL le Dklionnairc de !Savary, est très utile à !"Etal cl au public, d'autant que Ioules sortes de personne, même les nobles el gens de rube, peuvenl la contracter pour faire valoir kur argrnl à l'avanlagr du puhlic el que ceux qui n·onl pas de fonds pour entreprendre un négoce rencontrent dans celles-ci les moyens de s'établir dans le monde el faire valoir leur industrie. » Comme on voit, la commandite abaisse si bien Ioules les barrières que même des personnes entièrement élrangères au commerce cl à l'industrie peuvent, par ces procédés, parlièipcr à la vie économique. C'est rantipo<le du système corporatif. Savary ajoute : • La société anonyme est celle qui se fait sans aucun nom mais dont tous les associés travaillenl chacun en leur particulier sans que le public soit informé de leur société; el ils se rendent ensuite comple les uns aux autres des profils el des perles qu'ils ont faits dans leur négociation •· Combinez la société anonyme avec la société par actions, el vous ,1urez la société anonyme par actions, le grand instrument du capilaliôme mockr.,r. Or, la société anonyme par actions appelant n'importe qui à la participation de l'entreprise, esl la négation absolue du système corporalif qui ne permel qu'à des personnes déterminées, sous des conditions déterminées, une acli vilé déterminée. Au xv111• siècle de puissantes sociétés par actions commençaient à se fonder. Dans les années mêmes qui précédèrent la Révolution, la grande C ,mpagnic des Eaux de Paris provoqua des mouvements de spéculation très , ifs autour de ses actions. Elle s"étail chargée de conduire l'eau de la Seine

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