108 IIISTOII\E SOCIALISTE innocence de pensée que les révolulionnairrs du Dauphiné n'admirent à participer au, élections que les citoyens qui payaient 6 livres dïmposilion directe N exigèrent, pour !"éligibilité, la qualité de propriélaiM. Ainsi, dans le Dau- ' phiné, comme partout alors en l'r:,ncc, c'est bien une !\évolution bourgeoise qui se pr~parc. Le mouvement polilique y est d'autant plus vif que la force économique de la bourgeoisie y est plus grande el plus dense: el dans celle région industrielle, la pensée bourgeoise arrive à un lei degré de netteté que, pnr son jeune interprète, la bourgeoisie dauphinoise prélude à l'intcrp1·élation marxiste de l'histoire par lïntcrprétalion économique de la Révolution. Une classe est bien forte, quand elle a à ce point conscience de sa force, ri la croissance de la bourgeoisie française est telle, dans les régions industrielles, comme dans les centres marchands, que m6me si Paris, ou trop mêlé ou lro(> frivole, avait mal saisi ou mal secondé le mouvement, il e,t infiniment probable que, malgré tout, l,t !\évolution cùl éclaté el triomphé. ~ais Paris aussi élail prM à devenir la capitale de la !\évolution hourgroisc, le centre du grand mouvement. On peul même dire que c'est la n.:volulion qui a manifesté el consacré l'unité définitive de Paris et de la France. Tr0s souvent, dans sa longue el tragique histoire, l'Jris n·avait pu ôtre qu·un élément, une exprPssion partielle el confuse de la vie nationale. Tantôt il avait devancé le mouvement général de la France, tantôt il !"avait contrarié et embarrassé: rarement il y avait eu une concor,lance entière entre la vie de Paris et toute la vie française. Au quatorzième siècle, quand éclate avec Étienne Marcel l'admirable mouvement de la Commune bourgeoise parisienne, quand Paris organise et dresse en bataille toutes ses corporations pour sauver )a France de l'Anglais el imposer à la royauté un contrôle permanent, Pari•, pnr une sublime, mais t,:méraire anlicipalion, se porte en avant de plusieurs siècles d'histoire. Si la fameuse ordonnance de 1337, rédigée par les délégués parisiens aux Étals-Généraux, avait été applicable, si les autres communes de France avaient eu la malurilé bourgeoise de celle de Paris, et si toutes réunies avaient eu sur l'ensemble de la nation, sur les nobles et les paysans, les prises que supposait celle sorte d'organisation conslilulionnelle el parlementaire, la !\évolution de 1780 aurait été accomplie au quatorzième siècle. Mais Paris s'était trompé. Paris avait pri~ pour le battement régulier et profond de la vie nationale la fiévreuse prccipit,llion de son cœur. La preuve, c'est qu'Elienne Ilarcel lui-môme, se senlanL i-olé, se livra dès le début au maU1ais prince de Navarre. La preuve encore, c'est que Paris ne s'unit qu'avec méfiance et en désespoir de cau,e aux Jacques, aux paysans soulevés à la fois contre le noble el contre !'Anglais et gui seuls poU1aienl sauver la Commune bourgeoise. Puis, pendant tous les troubles de la minorité el de la folie de Charles VI, péndant les lullcs sanglantes des Bourguignons el des Armagnacs, Paris n'est pour la France ni une clarté, ni une force; il n'arrive pas à démêler l'inlérêL
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