Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

88 111ST OIn E SOC 1.\ LIS 1' E marchands a cfüpnrn ~ous les prohibilion,, le débat porte seulemenl sur les tarifs. » (\'oir ~lauricc Wahl.) Les ouvriers allègucnl que la cherlé de la vie esl croissante, el ils r6clanlf'nl un relèvement des salaires, des prix de façon. lis conslalenl que la loi de l'offre el de la demande qui seule, dès lors, déterminail les salaires, esl l'écra,ement des faibles. Ils disent très nettcmenl, dans le « ~Jémoire des électeurs fabricants de soie », • qu'entre des hommes égaux en moyens et en pouYoirs qui, par cette raison, ne peuvent ôlrc soumis à la discrétion des uns ni des autres, la liberté ne peul que leur êlre avantageuse; mais à l't'gard des oul'riers en soie, deslilués de tous moyens, donl la subsistance journalière dépend tout entière de leur travail journalier, celle liberté les livre Lolalement à la merci du fabricant qui peul, rnns se nuire, suspendre sa fabrication, el pur là réduire l'ouvrier au salaire qu'il lui plall de fixer, bien instruit que celui-ci, forcé par la loi supérieure du besoin, sera bientôt obligé de se soumettre à celle qu'il veut lui imposer». A plusieurs reprises, les maitres-ouvriers el ouvriMes essayèrent par de vaste, coalitions de faire échec à ce pouvoir abusif des grands marchands. M~lgr6 l'intervention violente de l'oligarchie consulaire et bourgeoise, qui prohibail les associations de compagnons, « les Sans-Gêne, les Dons-Enfants, les Dé,oranls, • el qui interdisait tout rassemblement ouvrier, il y eut un granrl muuverncnl en 1744, dans Loule la région du Lyonnais cl du Forez. D'Argenson nole, dans ses Mémoires, qu'à celle date 40,000 ouvriers avaient cessé le travail dans les manufactures de Sainl-Elienne. A Lyon, môme soulèvemenl: désespérés, menacés de répressions bru• tales el sanglantes, les ouvriers tenlaienl de fuir vers la Suisse ou vers l'Jlalie. hlais des cordons de troupes les cernaient : l'èmi;;ralion ouvrière élail refoulée par la force, et les paul'res ouvriers étaient ramenés par les soldals à la manufacture ou au métier comme des forçats fugiti,s ramenés au bagne. L'arislocralie marchande ne se dèl'end pas seulemenl par la force brutale, par des règlements despotiques el que sanctionne l'autorité royale, elle exproprie les mallres-ouvriers de leUl's faibles droits. Il leur esl interdit de travailler pour d'autres que les mallres marchands: el ils sont à peu près exclus du bureau de la fabrique, sorle de conseil des prudhomme, qui jugeait des ùi0érend:; professionnels. Avanl la grève, les mallres-ouvriers avaienl dans ce bureau 4 délégués sur 8. Après la grève, ils n;en onl plus que 2. lis sont livr6s sans défense à l'arbitraire de la grande fabrique. Celle sorle de coup d'Elal capitaliste conrnmmo a,·ec la complicité du pouvoir royal surexcita les ouvriers de Lyon. li, ~c soule,•èrent contre le consulal, s'emparèrent de la ville. Pendant plusieurs jours ils en furenl les mallres el, de maison patronale en maison patronale, obligèrent les marchands à signer un r~glemenl nouveau, et à donner de l'argen l pour les ouvriers malades.

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