{ li IS'J'O IRE SOClA LISTE conjeclurcr quïls ('Il po:;sédaienl au moins un Liers. Sïl n·y avail c!, qu'un quart de propriétés roturières bourgeoises ou paysannes on se demande commenl celle base si élroite aurait pu porler loul le poids des impôts. Si les trois quarls des terres avaient été privilégiées el exemptées de lïmpôl, l'infime minorité paysanne sur qui aurail pesé toul le fardeau n'aurail pas seulement été accablée; clic aurait été anéanlic. El comment s'exµliquer aussi le produit élevé de la dime perçue par l'Église? Où se scrail trouvée la matière imposable? Lavoisier calcule que la dime sur le blé seulement donnail 70 millions. Le Comilé des finances de la Coasliluanle évalue à 123 millions le 1>roduil ,rnnuel de la dime. Or, la noblesse ne payant qu'une catégorie spéciale de dimes, les dimes inféodées (cl clics ne s"élel'aienl guère qu'à iO millions), c'esl 113 millions que fournissaienl tous les ans, par la dime, les terres non privilégiées. Or, il esl certain (et sur cc point les affirmations d'Arthur Young ne peuvent laisser aucun doul~) que la dîme ne représentait pas le cfüième de la récolte, mais seulement, dans !"ensemble le vingt-cinquième ou le trentième. Donc ce produit clc 113 millions représente, pour les terres non privilégiées, un produil agricole total de 2 milliards el demi à 3 milliards : c·esl-à-dire, plus de la moitié du produit agricole brut de toute la Fra11ce. El par celle Yoic encore nous aboutissons ü celle conclusion très naisemblable que la noblesse cl le clergé possédaient environ un gros tiers, peut- ,,.trc la moitié clc la tene de France. J"ajoute que si la puissance territoriale des ordres pri\'ilégiés s"étail étendue au delà de celle limite, elle aurait olé ,i écrasante, si absorbante qu'elle aurait rendu sans doute la Révolution impo,sible. Pour qu'une rholulio11 éclate, il faul que les classes inférieures souffrent ll'un terrible malaise ou d"une grande oppression. )lais il faut aussi qu·cnes aient un commencement de force el par conséquent d"espoir. Or tel élail exactemenl l'étal de la soriélé française il la fin du xv111•siècle. La noblesse et le clergé détenant plus ùu Liers du territoire, affranchis de toute charge el de tout impôt, rcjcla11t loul le fardeau sur le peuple des campagnes el labourg,·oisic austère des villes, accaparant Loutcsles ressources d'un budget alimenté par les plus pauvres, blcssaicnl el endommageaient au plus haul degré la classe paysanne et la classe bourgeoise. ~lais, en même temps, il y avail assez de petite propriétés paysannes, il y avait aussi, malgré les ri!(uc11rs du fisc, assez d'épargnes cachées dans les ,·ampagnes pour que tous les petits possédants ruraux eussent l'espoir de ,afTranchir el même un jour cl'aclwter des lambeaux du grand domaine ecclésiastique. El la bourgoisie exaltée pai· deux siècles de puissance industrielle, commerciale cl financière avait pénétré assez, par des achats, dans le monde rural,
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